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Sainte Gertrude d'Helfta



Le Héraut de l'Amour Divin –










LES RÉVÉLATIONS DE SAINTE GERTRUDE
VIERGE DE L'ORDRE DE  SAINT-BENOIT AU MONASTÈRE D’HELFTA PRÈS D’EISLEBEN EN SAXE



Le livre (Prologue)

. Seigneur, qui dans son extrême Bonté lui fit cette réponse : «Personne n'a le pouvoir d'éloigner de moi le mémorial de 1'abondance de ma divine suavité. »



(Prière avant toute lecture) (Prologue)



Le Seigneur ajouta : « Si quelqu'un cherche dans ces pages les biens spirituels de son âme, je l’attirerai tout près de moi, je prendrai part à sa lecture, paraissant tenir ce livre dans mes mains. Lorsque deux personnes lisent ensemble dans le même livre, l'une semble respirer le souffle de l'autre. De même j'aspirerai le souffle des désirs de cette âme et ils viendront émouvoir en sa faveur les entrailles de ma miséricorde ; de mon côté, je lui ferai respirer le souffle de ma divinité, et elle sera toute renouvelée intérieurement. »



« Ne sais-tu pas que l'ordre de ma volonté surpasse toute autre obédience ?


Ce livre, qui est mien


«Ce livre qui est mien s’appellera le Héraut de l’Amour Divin, parce qu’il donnera un certain avant-gout de mon surabondant Amour. »


Le Seigneur répondit : « Par la vertu de ma Divinité, celui qui pour ma gloire lira ce livre avec une foi droite, une humble dévotion, une amoureuse reconnaissance et pour y trouver le bien de son âme obtiendra la rémission de ses péchés véniels, la grâce des consolations spirituelles, et de plus une disposition à recevoir un accroissement des biens célestes. »



La présence de NS à sainte Gertrude :

(Prologue)

Il est très évident par les récits de ce livre, que celle-ci fut toujours favorisée de la divine présence; cependant on rencontrera parfois ces expressions : Le Seigneur lui apparut, ou encore : se tint près d'elle. En effet bien que, par un privilège spécial il lui fût presque toujours présent il se montra quelquefois à elle sous des images plus sensibles, lorsqu'il y avait un motif ou une occasion d'instruire par-là d’autres âmes, à la faiblesse desquelles Dieu voulait condescendre.



LE HÉRAUT DU MEMORIAL DE L'ABONDANCE DE MON DIVIN AMOUR


Aussi dans les manifestations diverses que nous allons décrire), verra-t-on que Dieu aime tous les hommes et cherche le salut de tous, même en ne visitant qu'une seule âme.







Livre Premier.



CHAPITRE II.

TÉMOIGNAGES DE LA GRACE.



(1)Qu'il soit glorifié pour avoir conduit les flots de sa tendresse dans cette vallée de la fragilité humaine, et pour avoir daigné jeter ses regards sur cette âme qui l'attirait entre toutes par les faveurs dont lui-même l'avait comblée !




Lutte contre tentations==


(2)…l’effet de la prière, à délivrer de la tentation ceux qui, avec un cœur contrit et humilié, avaient prié Dieu par son entremise




Le système du pardon aux pécheurs :::::::::::::::::

(6) L'ardeur de son amour liquéfie en quelque sorte l'intime de mon être, et comme la graisse se fond sous l'action du feu, de même la douceur de mon divin Cœur fondue par le feu de son amour, tombe goutte à goutte et perpétuellement dans son âme. » Le Seigneur ajouta : « Mon âme se complait tellement en elle que souvent, lorsque les hommes m'offensent, je viens chercher dans son cœur un doux repos, en permettant qu'elle endure quelque souffrance de corps ou d'esprit. Elle les reçoit avec tant de gratitude et les supporte avec tant de patience et d'humilité en s'unissant aux douleurs de ma Passion, qu'aussitôt apaisé par son amour, je pardonne à d'innombrables pécheurs. »



Nous sommes très fragiles==


(7) par suite de la fragilité humaine, elle pourrait à peine se garantir du souffle pernicieux de la vaine gloire,




Le Seigneur ajouta: « Pour chacun de ses défauts, je l'ai enrichie d’un don qui les rachète pleinement à mes yeux. Mais avec le temps je les changerai complètement en vertus, et son âme brillera alors comme une lumière éclatante. »



CHAPITRE V.

CARACTÈRES ET BEAUTÈS D'UN CIEL SPIRITUEL.



  1. puisque sa vie et conversation est dans les cieux.

« Le ciel est ma demeure. » (Isaïe, xvi, 1.)



(1) …nous savons que l'âme est grande en proportion de sa charité.





CHAPITRE VII. DE SON ZÈLE POUR LE SALUT DES ÂMES.

(3)Bède nous exprime d'une manière admirable la grandeur de ce travail lorsqu'il dit : « Quelle grâce plus sublime et quelle occupation plus agréable à Dieu que de diriger le prochain vers l'Auteur de tout bien, et d'accroître sans cesse les joies de la céleste patrie en augmentant le nombre des élus ! »



(3)…comme le dit saint Grégoire, aucun sacrifice n'est plus agréable à Dieu que le zèle du salut des âmes,



(4)Il dit : « Vois au prix de quel labeur je soutiens cette maison bien-aimée, c'est-à-dire l'état religieux! Cette maison menace ruine dans tout l’univers parce que peu d'âmes veulent travailler fidèlement ou souffrir quelque chose pour sa défense et son extension. Regarde donc, ô ma Bien-Aimée, et compatis à mes fatigues. »


(5)Elle accepta avec joie cette invitation et s'adonna tout entière au repos de la contemplation, recherchant au fond de son cœur celui qui, de son côté, se communiquait à elle par une effusion toute spéciale de la grâce.



(6)…ainsi, avec la grâce de Dieu, vous offrez vous même au Bien-Aimé des fruits très suaves par toutes vos pensées, paroles et actions



(6)En ne recherchant en toutes vos œuvres que la gloire de Dieu et non la vôtre, vous offrez au Bien-Aimé le centuple, par tout le bien que vous souhaiteriez accomplir vous-même ou promouvoir chez les autres.





CHAPITRE VIII.

DE SA COMPATISSANTE CHARITE.



Celle-ci avait encore un sentiment profond de tendre et compatissante charité.


Sa tendre compassion ne s'exerçait pas seulement envers les êtres raisonnables, mais elle atteignait toute créature.

Lorsqu'elle voyait les petits oiseaux ou d'autres animaux souffrir de la faim, de la soif ou du froid, elle était émue de pitié pour les œuvres de son Seigneur. Alors, en raison de la souveraine noblesse et perfection que revêt toute créature considérée en son Auteur, elle offrait à Dieu, comme un tribut de louange, les incommodités de ces êtres dénués de raison, et le suppliait d'avoir pitié des œuvres de ses mains et de les soulager dans leurs nécessités.



CHAPITRE IX.

DE SON ADMIRABLE CHASTETÉ.



(1)Cette admirable réserve ne se traduisait pas seulement par la modestie des regards, mais elle l'observait en toute circonstance, soit qu'elle parlât ou écoutât, et tous les mouvements de son corps en portaient l'empreinte.



CHAPITRE X.

DU DON DE CONFIANCE QUI BRILLA EN GERTRUDE .


(1)le don de confiance.

elle sentait à toute heure une telle sécurité dans sa conscience, que ni les tribulations, ni les blâmes, ni les obstacles, ni même ses propres fautes, ne pouvaient altérer cette ferme confiance dans la miséricorde infinie.

croyait fermement que tout coopère au bien des âmes, qu'il s'agisse d'événements extérieurs ou d'opérations intimes.





(1)Elle entrevoyait avec joie l'abondance des consolations divines dont l'adversité du moment lui semblait être la préparation et le gage certain.



(2)Lors même qu'elle se voyait aussi privée de lumière qu'un charbon éteint 1, elle s'efforçait encore de chercher le Seigneur,



(3)Elle avait pris l'habitude de se prosterner souvent aux pieds du Seigneur, pour obtenir le pardon de ces fautes légères qui sont inévitables ici-bas.



(4)Cette confiance lui inspirait aussi une manière très surnaturelle de considérer la sainte Communion, car elle ne lisait ou n'entendait rien dire concernant le danger de recevoir indignement le Corps du Seigneur, sans s'approcher du sacrement avec une espérance plus ferme encore dans la bonté de Dieu.


Bien qu'elle ne vit aucune manière de se préparer dignement, cependant, après avoir mis sa confiance dans l'infinie bonté de Dieu, elle s'efforçait par-dessus tout de recevoir le sacrement avec un cœur pur et un fervent amour.




Important ::


(5)…Elle attribuait à sa seule confiance en Dieu tout le bien spirituel qu'elle recevait, ….

et trouvait que ce bien était d'autant plus gratuit que ce don de confiance lui avait été accordé par l'Auteur de toute grâce, sans aucun mérite de sa part.

(6)…qu'il lui était toujours indifférent de vivre ou de mourir

mais la volonté et l'ordre de mon Dieu seront pour moi la meilleure et la plus salutaire préparation. J'irai donc avec joie vers lui, que la mort soit subite ou prévue, sachant que de toute façon la miséricorde divine ne pourra me manquer, et que sans elle nous ne serions pas sauvés, quel que soit le genre de notre mort. »



(7) Tous les événements la trouvaient dans une égale disposition de joie, parce que son esprit restait fixé inébranlablement en Dieu, dans une constance pleine de vigueur.

(8) Notre-Seigneur daigna rendre lui-même à la confiance de son Élue le témoignage suivant : Une personne, après avoir prié Dieu, s'étonnait de ne pas recevoir de réponse ; il lui dit enfin : « J'ai tardé à te répondre, parce que tu n’as pas confiance en ce que ma bonté toute gratuite daigne opérer en toi. Ma bien-aimée au contraire est si fortement enracinée dans la confiance qu'elle s'abandonne toujours à ma bonté ; c'est pourquoi je ne lui refuserai jamais ce qu'elle désire. »





CHAPITRE XI.

DE LA VERTU D'HUMILITÉ ET DE PLUSIEURS AUTRES VERTUS QUI BRILLÈRENT EN ELLE COMME AUTANT D'ÉTOILES.



(1)« Quand même je devrais subir plus tard les tourments de l'enfer, comme je l'ai mérité,

(2)…tout le ciel dans sa grandeur attend avec des tressaillements d'allégresse l'heure bienheureuse où il aura l'honneur de te posséder. »

(5) Le dégoût absolu qu'elle ressentait pour tous les plaisirs passagers de ce monde

(5) Et le bienheureux Bernard ajoute : « Tout est à charge à celui qui aime Dieu tant qu'il ne jouit pas de l'unique objet de ses désirs. » Un jour donc qu'elle éprouvait du dégoût en face des joies humaines, elle s'écria : « Rien ne peut me plaire ici-bas, si ce n'est vous, ô mon très doux Seigneur ! » Le Seigneur répondit : « Et moi je ne vois rien au ciel et sur la terre qui puisse me plaire sans toi, car mon amour t'unit à toutes mes joies. Si je prends mes délices dans des choses diverses, c'est avec toi que je les trouve ; et plus ces délices sont abondantes, plus grande est la part que tu en reçois. » C'est ce que saint Bernard atteste lorsqu'il dit : « Que l’honneur du Roi aime la justice, soit ; mais l'amour de l'Époux ne demande qu'un retour de tendresse et de fidélité »



(6)Elle était assidue aux veilles



(7)Sa liberté d'esprit était si grande qu'elle ne pouvait supporter, même un instant, quelque chose de contraire à sa conscience. Le Seigneur en rendit lui-même témoignage car une personne lui ayant demandé ce qui lui plaisait davantage dans cette Élue, il répondit : « La liberté de son Cœur. »

Ce bien est si grand qu'il conduit à la plus haute perfection : à toute heure je trouve ma bien-aimée prête à recevoir mes dons, car elle ne supporte dans son âme absolument rien qui puisse entraver mon action. »



(8) Comme conséquence de cette liberté d'esprit, elle ne gardait à son usage que ce qui lui était indispensable, et si elle recevait quelques présents, elle les distribuait aussitôt au prochain, ayant soin de favoriser les indigents et de préférer ses ennemis à ses amis. Si elle avait quelque chose à faire ou à dire, elle s'exécutait sur-le-champ, dans la crainte que la moindre préoccupation l'éloignât du service de Dieu et de l'assiduité à la contemplation.

« Mais, reprit M., si sa vie est admirable, d'où vient qu'elle juge parfois avec tant de sévérité les fautes et les négligences d'autrui ? » Le Seigneur répondit avec bonté: « Comme elle ne souffre jamais la moindre tache sur son âme, elle ne peut tolérer avec indifférence les défauts du prochain. »

(9)En ce qui concernait les vêtements ou les objets à son usage, elle se contentait du nécessaire, n'apportant aucune recherche ou délicatesse. Ces objets lui plaisaient, en proportion de ce qu'ils l'aidaient à servir Dieu,

Ce n'était pas pour elle-même qu'elle faisait usage des choses créées par Dieu, mais uniquement pour la gloire de son Seigneur.

C'était donc avec joie qu'elle usait du sommeil, de la nourriture et de toute autre chose, car elle pensait donner ces biens au Seigneur qu'elle voyait en elle comme elle se voyait en lui, selon cette parole de l'Évangile : « Quod uni ex minimis meis fecistis, mihi fecistis : Ce que vous avez fait à l'un de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait » (Matth., xxv, 40) ; et s'estimant la dernière et la plus vile des créatures à cause de son indignité, tout ce qu'elle s'accordait à elle-même, elle le regardait comme donné au plus petit des serviteurs de Dieu.

Toutefois elle éprouvait encore plus de joie à donner quelque chose au prochain : c'était alors l'allégresse d'un avare qui, au lieu d'une pièce de monnaie, reçoit cent marcs.

(10) Elle voulait que tous les biens lui vinssent du Seigneur lui-même : aussi, s'agissait-il de faire un choix, soit pour les vêtements ou la nourriture, elle prenait au hasard la part qui lui tombait sous la main, croyant s'attribuer ainsi ce que Dieu lui destinait. Elle recevait alors cette part avec autant de reconnaissance que si le Sauveur la lui eût offerte de sa propre main; et que ce fût bon ou mauvais, elle était également satisfaite. Elle trouvait une si grande satisfaction à exécuter ainsi tous ses actes, que parfois elle exprimait sa vive compassion pour les païens et les juifs, qui, dans le choix qu'ils font des choses, ne peuvent agir de la sorte, ni entrer en part avec Dieu.

(11)…elle cherchait, par une humble discrétion, l'avis de ses inférieurs eux-mêmes et les écoutait avec tant de déférence, que presque toujours elle abandonnait ses idées personnelles pour adopter celles d'autrui.

(12) Elle avait aussi cette admirable confiance, fondement de toutes les vertus, et à laquelle Dieu ne refuse rien, surtout lorsqu'il s'agit de biens spirituels; et la noble humilité, fidèle gardienne des vertus,

En parlant de sa charité envers Dieu et le prochain,… se traduisait à l'extérieur par les témoignages d'une compatissante bonté





CHAPITRE XII.

TÉMOIGNAGES PLUS ÉVIDENTS ENCORE DE CE QU'ELLE FUT UN CIEL SPIRITUEL.

(1)JHS : « Lorsque j'étais sur la terre, j'ai éprouvé aussi des sentiments et des affections très ardentes ; j'avais une haine profonde pour toute injustice, et cette Élue me ressemble par là. » -- « Mais, Seigneur, reprit la sœur, vous ne parliez durement qu'aux pécheurs, tandis que celle-ci blesse même parfois des personnes réputées vertueuses. » Et le Seigneur répondit: « Les Juifs, au temps de mon avènement, semblaient les plus saints des hommes, ils furent cependant scandalisés les premiers à mon sujet. »



(3)Ce fut non seulement par ses conseils, mais aussi par ses prières, que plusieurs ressentirent les effets de la grâce : comme ils s'étaient recommandés à elle, ils se trouvèrent si complètement délivrés de grandes et interminables peines,





CHAPITRE XIII.

DE QUELQUES MIRACLES.



(4)C'est ainsi qu'en toute circonstance elle appelait à son secours ce Bien-Aimé qui régnait sur son âme et qu'elle trouvait toujours en lui un allié très fidèle et rempli de bonté.



(5)« II est inutile que dans mes rapports avec toi je me serve du motif qui m'engage parfois à exaucer les prières de mes autres élus, car ma grâce a tellement uni ta volonté à la mienne que tu ne peux vouloir que ce que je veux.





CHAPITRE XIV.

DES PRIVILÈGES PARTICULIERS QUE DIEU LUI AVAIT ACCORDÉS.



(2)…elle les engageait et parfois les forçait, pour ainsi dire, à s'approcher du Sacrement du Seigneur, en se confiant à la grâce et à la miséricorde de Dieu.

: tous ceux qui, avec dévotion et humilité, viendront chercher ma lumière auprès de toi obtiendront une réponse en quelque sorte infaillible…. parce que par amour et par égard pour toi je ne leur fermerai pas mon sein paternel, mais je les serrerai dans les bras de ma tendresse pour leur donner le doux baiser de paix.



(2)..« Je donnerai toujours à chacun ce qu'il aura espéré obtenir par ton intercession.



(3)…et je l'exciterai à la componction afin qu'elle ne mérite plus ma vengeance. » Elle fit encore cette question : « Seigneur, si vous parlez vraiment par ma bouche, comme votre bonté daigne l'assurer, comment se fait-il que parfois mes conseils produisent si peu d'effet, bien que je ne sois inspirée que par le désir de votre gloire et du salut des âmes ? » Le Seigneur répondit : « Ne sois pas étonnée si tes paroles sont quelquefois prononcées en vain, puisque moi-même j'ai souvent prêché sur la terre avec toute l'ardeur de mon divin Esprit sans qu'il en résultât aucun bien : toutes choses sont réglées par ma divine Providence, et arrivent en leur temps. »



(6)celui qui implorera avec confiance le secours de tes prières recevra la grâce du salut.

(6)Elle comprit que le Seigneur disait : « Ceux qui voudront venir à moi par ce pont ne pourront tomber ni dévier du droit chemin » , c'est-à-dire qu'en recherchant ses conseils et en les suivant avec humilité, ils ne s'égareront jamais.





CHAPITRE XV.

COMMENT DIEU L'OBLIGEA A PUBLIER CES FAVEURS.

(1)Le Seigneur lui dit : « Lorsque sainte Catherine était en prison, je l'ai visitée et consolée par ces paroles : « Sois contente, ma fille, parce que je suis avec toi. » J'ai appelé Jean mon apôtre préféré par ces mots : « Viens à moi, mon bien-aimé. » Et la vie des saints montre encore beaucoup de traits semblables. A quoi servent-ils, si ce n'est à augmenter la dévotion, et à rappeler ma tendresse et ma bonté pour les hommes ? » Le Seigneur ajouta : « En apprenant ces faveurs, plusieurs pourront être portés à les désirer pour eux-mêmes, et dans cette pensée ils ne manqueront pas de travailler quelque peu à l'amendement de leur vie. »

(3) (Important, j’ai divisé en 2 parties la citation d’Hugues de saint Victor)



(3)Ces paroles lui firent comprendre que parfois Dieu engage ses élus à accomplir des actions qui seront pour d'autres un sujet de scandale ; les élus cependant ne doivent pas omettre ces actes dans l'espérance d'avoir la paix avec les méchants, parce que la véritable paix consiste dans la victoire des bons sur les mauvais.]

(3) L'âme fidèle remporte cette victoire lorsque, ne négligeant rien de ce qui regarde la gloire de Dieu, elle s'efforce d'adoucir les hommes pervers par sa bienveillance et ses bons services et parvient ainsi à gagner leurs âmes. Que s'il lui arrivait de n'obtenir aucun succès, la récompense ne lui serait cependant pas refusée.]





(3) Hugues (de Saint-Victor) a dit : « Les fidèles peuvent toujours trouver des motifs de doute, les infidèles ont toujours, s'ils le veulent, des raisons de croire: aussi c'est avec justice que les fidèles reçoivent la récompense de leur foi, et les infidèles la punition de leur incrédulité 2. »



CHAPITRE XVI.

RÉVÉLATIONS REÇUES PAR PLUSIEURS PERSONNES ET FOURNISSANT DES TÉMOIGNAGES ENCORE PLUS CONVAINCANTS DE LA RÉALITE DES SIENNES.



(1)…en sorte que le cœur de cette vierge semblait attaché à la blessure d'amour du Cœur du Seigneur

l'opération de ma Divinité qui germe et fleurit dans l'amour. »

(1) « Je lui ai accordé des privilèges spéciaux, en sorte que chacun obtiendra vraiment par son entremise tout ce qu'il désire,



(2)…qu'à chaque heure elle s'empressait d'accomplir tout ce qui se présentait à son esprit, comme si pour elle c'eût été une même chose de prier, de lire, d'écrire, d'instruire le prochain, de le corriger ou de le consoler. Le Seigneur répondit : « J'ai tellement uni son âme à mon Cœur sacré, qu'étant devenue un même esprit avec moi, sa volonté s'harmonise avec la mienne, comme les membres d'un homme s'harmonisent avec son vouloir.



(2)Je l'ai choisie pour ma demeure,

(2)Il importe donc qu'elle se hâte toujours, poussée par le souffle de l'Esprit, et qu'une œuvre étant achevée, je la trouve prête à suivre une autre inspiration. Si elle commet quelque négligence, sa conscience n'en sera pas chargée, puisqu'elle y suppléera en accomplissant par ailleurs ma volonté. »

(3) « Elle parviendra à une si grande union avec Dieu, que ses yeux ne verront que ce que Dieu daignera voir par eux ; sa bouche ne dira que ce qu'il plaira à Dieu de dire par elle;



(4)…qu'au début de son discours, elle invoque mon nom, ensuite elle pourra dire avec confiance tout ce que la grâce lui suggérera.



(4)Qu'elle s'exerce donc à la patience avec tant de soin, qu'en supportant l'adversité elle ne perde pas la paix du cœur, mais se souvienne pourquoi elle souffre, c'est-à-dire pour me prouver son amour et sa fidélité. »



(6)« Si je ne lui parais jamais irrité, c'est qu'elle trouve toujours bon et juste tout ce que je permets et ne se trouble d'aucun événement. Lorsqu'elle a une affliction à supporter, elle tempère sa douleur par cette pensée que ma Providence divine ordonne toutes choses.



(7) …que votre indulgence daigne à ce point dissimuler tout le mal qui est en moi, puisque, si votre volonté m'est toujours agréable, il ne faut pas l'attribuer à ma vertu, mais bien à cette divine largesse qui me donne la grâce. »





CHAPITRE XVII.

DE L'INTIMITÉ CROISSANTE DE SES RAPPORTS AVEC DIEU.



(1)Le Seigneur lui répondit : « Une trop grande proximité empêche quelquefois les amis de se bien voir : par exemple s'ils se serrent dans les bras l'un de l'autre et se donnent un baiser, ils ne peuvent goûter en même temps le plaisir de se regarder. » Par ces paroles elle comprit que la soustraction momentanée de la grâce augmente beaucoup les mérites, pourvu que l'homme durant cette épreuve accomplisse son devoir avec autant de courage, malgré les efforts qu'il doit faire.



(3)…la Sagesse divine est si impénétrable, et si inséparablement jointe à l'Amour, que le meilleur parti est de lui abandonner toute chose. Cet abandon avait alors pour elle plus de charmes que la connaissance profonde des secrets mystères de Dieu.






FIN DU LIVRE PREMIER













Livre 2



PRÉFACE d'après LANSPERG



C'est un livre pieux et utile à tous. Il fournit à l'âme dévote et la lumière et un exemple vivant pour se conduire selon l'homme intérieur, pour apprendre à connaître ses imperfections et ses défauts et à les pleurer devant Dieu, pour concevoir ensuite un vrai mépris de soi-même et travailler chaque jour à rendre sa vie meilleure. Ce livre enseigne encore à proclamer les bienfaits de Dieu, à lui en rendre grâces et à reporter tous ces biens vers leur source



CHAPITRE I.

COMMENT LE SEIGNEUR, oriens ex alto, LA VISITA POUR LA PREMIÈRE FOIS.



je commençai à marcher à l'odeur de vos parfums, et bientôt je goûtai la douceur et la suavité du joug de votre amour, que j'avais estimé auparavant dur et insupportable.



CHAPITRE II.

DE L'ILLUMINATION DU CŒUR.



(1)Cependant, ni ce désordre ni mon indignité ne vous ont tenu éloigné, ô Jésus mon bien-aimé



(1)Par cette douce condescendance, vous engagiez mon âme à faire effort pour s'unir plus familièrement à vous, pour vous contempler d'un œil plus clair et pour jouir de vous en toute liberté.



(2)…la sainte Vierge Marie, dont le sein très pur fut l'asile béni où vous avez daigné en ce jour épouser la nature humaine



(3)…je me trouvais plus touchée par la douce tendresse de votre familiarité que je ne l'aurais été par les châtiments.



CHAPITRE III.

 DES CHARMES DE L'HABITATION DU SEIGNEUR EN L’AME.



Comment faire de son cœur une demeure pleine de charmes ?==

(1)+++Si par une continuelle gratitude je faisais remonter vers vous, comme l'eau d'un fleuve qui retournerait vers sa source, les grâces dont je suis comblée ;

+++ si je m'efforçais de croître en vertus comme un arbre vigoureux pour produire les fleurs des bonnes œuvres ;

+++ si encore, méprisant tout ce qui est terrestre, je prenais comme les colombes un libre essor vers les choses du ciel, étrangère aux passions et aux tumultes d'ici-bas pour ne m'attacher qu'à vous seul ;

===alors, ô mon Dieu, mon cœur deviendrait pour vous une demeure pleine de charmes.

Résumé :==

Gratitude continuelle

Effort continu pour croître en vertu et en œuvres de charité

Mépriser tout ce qui est terrestre, n’avoir plus d’attaches et regarder que le Ciel



(3)Dans votre condescendance infinie, vous avez paru plus contristé qu'irrité de mes fautes, et je vous vis supporter mes nombreux défauts avec une patience toute divine, qui surpasse celle que vous avez montrée ici-bas envers le traître Judas.



(4)Votre douce humilité et l'admirable bonté de votre amour voyaient que j'en étais venue à cet excès de folie de ne pas m'apercevoir de la perte d'un tel trésor, car je ne me souviens pas avoir ressenti ni douleur, ni désir de le retrouver. Je m'étonne qu'un tel excès de folie ait pu s'emparer de mon esprit



(5) Si par nécessité je dois me livrer aux œuvres extérieures, puissé-je ne faire que m'y prêter ! et lorsque pour votre gloire je les aurai accomplies avec soin, je reviendrai aussitôt jouir de vous au plus intime de mon être,





CHAPITRE VII.

D'UNE UNION PLUS EXCELLENTE DE SON ÂME AVEC DIEU.



(2)et c'est afin qu'il soit reçu  dignement que ton âme a été fortifiée par ces souffrances corporelles. »



(3)Vous l'avez ensuite dégagée de cet attachement à sa propre volonté, attachement que le temps n'avait fait que fortifier





CHAPITRE VIII.

D'UNE UNION PLUS INTIME ENCORE.



(5)II semblait évident que l'amour, dont le propre est de se répandre, avait enfermé sa force victorieuse dans les profondeurs de ce Cœur sacré





CHAPITRE IX.

DE L'INSÉPARABLE UNION DE SON ÂME AVEC DIEU.



(1)….le Seigneur, qui n'abandonne pas ceux qui sont privés des consolations humaines

(1) « La maladie qui te fait souffrir a sanctifié ton âme



CHAPITRE X.

DE L'INSPIRATION DIVINE.



(1)Je jugeais si hors de propos de publier ces écrits que je ne voulais pas me prêter à écouter sur ce point la voix de ma conscience. Je différai donc jusqu'à l'Exaltation de la sainte Croix, et, ce jour même. Pendant la messe, j'avais décidé de m'appliquer à un autre travail, lorsque le Seigneur triompha de ma résolution : « Sois assurée, dit-il, que tu ne sortiras pas de la prison de ton corps avant d'avoir acquitté tes dettes jusqu'à la dernière obole. »

(2) « Je n'accepte aucune objection, et je veux que tes écrits soient, pour les derniers temps où j'ai résolu de répandre mes grâces sur beaucoup d'âmes, un témoignage irrécusable de ma divine tendresse. »







CHAPITRE XI.

D'UNE AUDACIEUSE ATTAQUE DU TENTATEUR.



(1)…vous acquittez pleinement, de vous-même, par vous-même et en vous-même, toutes nos dettes.



(2), je vous vis semblable à une personne haletante de soif qui me demandait à boire.



(3)Si vous voyez que nous nous appuyons avec confiance sur votre secours, vous faites vôtre le litige, en sorte que, par un excès de générosité, vous réservant le combat, vous nous abandonnez la victoire, pourvu que nous adhérions à vous par le mouvement de notre volonté



(4)…qu'en cédant facilement aux suggestions de l'ennemi, on laisse croître son audace…… Plus nous nous hâtons de résister au mal, plus utile, plus fructueuse et plus heureuse est notre résistance.






CHAPITRE XII.

AVEC QUELLE PATIENCE DIEU SUPPORTE NOS DÉFAUTS,



(1)…avec quelle patience vous supportez nos défauts, afin .que nous arrivions à les corriger pour obtenir la béatitude.



(2)et je gémis d'avoir troublé, par les mouvements impétueux de mon caractère, l'auteur de la paix et de la pureté parfaites. Il me semblait même que j'aurais préféré vous voir absent de mon âme à cette heure, mais à celle-là seulement, où j'avais négligé de repousser l'ennemi qui m'entraînait à des sentiments si contraires à votre sainteté.

(3) Voici la réponse que vous me fîtes alors : « Comment un pauvre malade, qui a obtenu à grand-peine de se faire porter à la douce chaleur du soleil, se consolera-t-il d'un violent orage qui survient tout à coup, sinon par l'espoir de voir bientôt un temps plus serein ? De même, vaincu par ton amour, j'ai choisi de demeurer avec toi, au plus fort des tempêtes soulevées par tes passions, et d'attendre le repentir qui amènera le calme et te dirigera vers le port de l'humilité. »







CHAPITRE XIII.

DE LA VIGILANCE SUR NOS SENTIMENTS.



(2)…)si je désirais véritablement vous trouver, il me fallait veiller sur mes sens comme les bergers veillaient sur leurs troupeaux.



(3) la vivacité de mon caractère,

Après cela vous me regardiez encore avec autant de douceur et de bonté que si, n'ayant même pas soupçonné ma faute, vous l'eussiez prise pour une marque de tendresse.





CHAPITRE XIV.

DE L'UTILITÉ DE LA COMPASSION.



(2)Pour vous soulager durant ces trois jours, je ne trouvais rien de mieux que de me livrer pour votre amour à la prière, au silence et à la mortification, afin d'obtenir la conversion des personnes entraînées par l'esprit du monde.




CHAPITRE XV.

DE LA RECONNAISSANCE POUR LA GRÂCE DE DIEU.



(1)Plus la souffrance est intense et universelle, plus l'âme reçoit de lumière purifiante



(2)Mais, entre toutes les autres souffrances, les douleurs et les épreuves du cœur, supportées avec patience et humilité, augmentent d'autant plus la pureté de l'âme qu'elles l'atteignent de plus près et plus profondément. Toutefois, la pratique de la charité lui donne encore plus d'éclat et de lumière.



(4)Votre bonté m'apprenait que c’est une grande perfection d'abandonner les jouissances du cœur afin de s'appliquer au gouvernement de ses sens extérieurs, ou à la pratique des œuvres de charité pour le salut du prochain





CHAPITRE XVI.

DIVERSES MANIFESTATIONS AUX FÊTES DE LA NATIVITÉ ET DE LA PURIFICATION



(1)…ô Dieu qu’à une grâce, faites succéder une autre grâce plus précieuse encore,

(3)…il me sembla que je réussissais peu, jusqu'au moment où la pensée me vint de prier pour les pécheurs, les âmes du purgatoire, et tous ceux qui à cette heure étaient dans l'affliction. Je constatai alors l'effet de ma prière



(4)Je vous les confesse dans l'amertume de la Passion de votre très innocent Fils Jésus-Christ, lui qui selon votre témoignage est l'unique objet de vos complaisances



(5)(La Vierge) Elle avait un visage sévère comme si je ne vous avais pas soigné selon son bon plaisir



(5)…je m'écriai: «  O Mère de bonté, la source de la miséricorde ne nous a-t-elle pas été donnée dans votre divin Fils, afin que vous obteniez grâce pour ceux qui en ont besoin, et que votre surabondante charité couvre la multitude de nos péchés et de nos défauts? » 



(5) Que votre Mère soit donc, par son immense tendresse, la médiatrice accréditée auprès de votre Cœur pour obtenir le pardon de mes fautes.



(7)…que, de ses mains très pures, votre Mère Immaculée me montra le fruit virginal sorti de son sein, aimable petit enfant qui faisait tous ses efforts pour m'embrasser



(8)…Pour obtenir d'être enveloppée et serrée avec vous, je devais rechercher davantage la pureté du cœur et les œuvres de charité.



(9)de nous apprendre que la Charité est vraiment ce manteau royal, sans lequel nul ne peut entrer dans le royaume des cieux.



CHAPITRE XVII

DE LA CONDESCENDANCE DIVINE.



Car dès le commencement de la création du ciel et de 1a terre et dans toute l’œuvre de la Rédemption, j'ai manifesté la sagesse de mon amour plus que la force de ma puissance, et cette sagesse éclate particulièrement lorsque je supporte les imparfaits pour les attirer ensuite dans le chemin de la perfection, sans porter aucune atteinte à leur liberté. »







CHAPITRE XVIII.

D'UNE LEÇON PATERNELLE.



(1)…Vous ajoutiez que si je m'estimais plus imparfaite que les autres, avec une entière conviction, le torrent des consolations divines ne cesserait jamais de se répandre dans mon âme.

Prière==

(2)J'unis mes regrets à l'amertume de la Passion du Seigneur, et je vous offre les souffrances et les larmes de ce même Jésus-Christ, pour toutes les négligences que j'ai commises et qui ont si souvent étouffé dans mon âme les aspirations de votre Esprit. Je m’unis à la prière très efficace de ce Fils bien-aimé, et je demande par la vertu du Saint-Esprit le pardon de mes péchés et la réparation de mes fautes. Daignez m'accorder ces grâces, par le puissant amour qui retint votre colère, lorsqu'on mit au rang des scélérats ce Fils unique et très aimé, dans lequel votre divine Paternité trouve tous ses délices.



CHAPITRE XIX.

LOUANGE DE LA DIVINE CONDESCENDANCE.



car plus est indigne celui vers qui je m'incline, plus grand est l'honneur que je reçois de toute créature. »





CHAPITRE XX

DES PRIVILÈGES SPÉCIAUX QUE DIEU LUI CONFÉRA.



(8-13)…lorsque, après ma mort, une âme se recommandera à mes indignes prières…..

1°Le premier est cet amour par lequel votre bonté a daigné me choisir gratuitement de toute éternité ;

le second bienfait vous m'avez attirée vers vous ;

3°(11) Le troisième bienfait consiste en cette union familière ;

4° Par un quatrième bienfait, vous avez daigné prendre vos délices dans mon cœur…..Et dans la suite vous avez affirmé que vous trouviez votre bonheur à unir d'une manière ineffable votre puissante sagesse à un être qui lui était si dissemblable, à un être absolument impropre à une telle union

5°(13) Enfin, par en cinquième bienfait, vous voulez me consommer toute en vous.







CHAPITRE XXIII.

ACTION DE GRACES, ET ÉNUMÉRATION DE DIVERS BIENFAITS, QUELLE AVAIT COUTUME DE RELIRE A ÉPOQUES FIXES, Y JOIGNANT LES PRIÈRES QUI PRÉCÈDENT ET CELLES QUI SUIVENT.



(4)Ensuite, comme il est juste, ô Père très saint, que le cœur de vos amis répare les injures faites à votre gloire, je vous prie par votre Fils unique, dans la vertu du Saint-Esprit, d'appliquer les mérites de la Passion et de la vie de ce Fils bien-aimé, pour la rémission et la satisfaction de toutes ses fautes, à celui qui s'efforcera, pendant ma vie ou après ma mort, de suppléer quelque peu à ce qui me manque. Afin que ce désir soit exaucé, je vous prie de le garder en vous à tout jamais, même lorsque, par votre miséricorde, je régnerai près de vous dans les cieux



(10)Souvent vous m'avez amenée à la connaissance salutaire de mes défauts : et vous m'avez alors tellement épargné la confusion, que vous paraissiez pour ainsi dire considérer comme moins grave de perdre la moitié de votre royaume, que d'effrayer ma timidité enfantine. Prenant un détour plein d'adresse, vous me montriez votre aversion pour les défauts des personnes qui m'entouraient, et quand je jetais les yeux sur moi-même, je me voyais aussitôt bien plus coupable : votre douce lumière avait donc éclairé ma conscience, sans qu'un signe de votre part ait pu me faire supposer que vous aviez même remarqué en moi un défaut capable de vous contrister.



(11)…Mais l'océan sans bornes de votre tendresse



(11)…j’hésitais à redire vos bienfaits à mes amis les plus intimes.



(14)…vous savez aimer gratuitement et en vérité, vos indignes créatures.



(17)Vous répandiez vos dons sur mon âme en proportion de votre divine et royale libéralité ; et je les recevais avec la rusticité de mon naturel, comme une vile esclave qui gâte tout ce qu'elle touche.

(18) J'ai étouffé en moi les fruits de l'espérance en me défiant de vos promesses



(20)Ma plus grande faute cependant, c'est qu'après une union aussi incompréhensible avec vous, union connue de vous seul, je n'ai pas craint de souiller encore mon âme par les mêmes défaillances.



Réparer ses insuffisances====

(21)Puisque je suis incapable de produire de dignes fruits de pénitence, j'implore votre bonté, ô mon très doux Amant, pour que vous inspiriez le désir de me venir en aide à des personnes tellement unies à vous par une amoureuse fidélité, qu'elles apaisent votre justice en lui offrant l'holocauste de propitiation. Par leurs soupirs, leurs prières et leurs bonnes œuvres, puissent-elles réparer mon infidélité à répondre à vos bienfaits, et vous rendre, ô mon Dieu, la gloire qui n'est due qu'à vous.



Extrêmement important=

(22)Ne m'avez-vous pas assuré que tout homme, même pécheur, recevrait une récompense spéciale s'il voulait, en mémoire de moi, pour votre gloire et selon l'intention indiquée plus haut, prier pour les pécheurs, rendre grâces pour les élus ou accomplir quelque bonne œuvre avec dévotion ? Cette récompense consisterait à ne sortir de ce monde qu'après vous être devenu agréable, et vous avoir offert en son cœur les délices de l'intimité ? Pour un tel bien, soit à vous, ô mon Dieu, cette louange éternelle qui, procédant de l'Amour incréé, reflue perpétuellement en vous-même !





Fin Livre II






Livre III




CHAPITRE I.

D'UNE SPÉCIALE PROTECTION DE LA MÈRE DE DIEU.



(1)Une révélation lui avait appris que pour croître en mérite elle souffrirait l’adversité. Cette annonce l'avait remplie de crainte à cause de sa fragilité ; mais le Seigneur en eut pitié et lui donna sa Mère, l'auguste Reine des cieux, pour dispensatrice de la grâce nécessaire, pendant cette adversité : il voulait que si le fardeau de la souffrance dépassait ses forces, elle invoquât cette Mère de miséricorde qui lui accorderait un puissant secours.



(2)…Cette réponse : « Donne largement tout ce que tu as, car mon Fils est assez riche pour te rendre avec surabondance ce que tu auras dépensé pour sa gloire. » Mais elle avait dissimulé son secret avec tant d'adresse et de précautions, qu'il lui semblait pénible et difficile de le dévoiler. Elle se prosterna aux pieds du Seigneur, le suppliant de lui manifester sa volonté et de lui donner la force de l'accomplir. La divine Bonté daigna l'éclairer par ces paroles: « Place mes richesses à la banque, afin qu'à mon retour j'en obtienne les intérêts. »



CHAPITRE II.

DES ANNEAUX DE L'ALLIANCE SPIRITUELLE.

(hyper important)



L'acte du Seigneur lui fit comprendre que l'anneau est le signe des noces, comme les souffrances corporelles et spirituelles sont le signe infaillible de l'élection divine et des fiançailles de l'âme avec Dieu. En vérité celui qui souffre peut dire avec confiance :  « Annulo suo subarrhavit me1 : Il m'a donné son anneau comme gage. » Si l'âme affligée sait de plus offrir à Dieu ses louanges et lui rendre grâces, elle peut encore avec une joie toute spirituelle ajouter ces autres paroles : « Et tamquam sponsam decoravit me corona 2 : Et il m'a couronnée comme une épouse », parce que la reconnaissance envers Dieu au milieu des peines procure une glorieuse couronne plus précieuse que l'or et la topaze.





CHAPITRE III.

DU MÉRITE DE LA SOUFFRANCE.



Il fut un jour prouvé que la répugnance naturelle que nous sentons pour la souffrance peut nous donner un accroissement de gloire, …. Le divin Consolateur et Amant des âmes….. Mais si les attentions et les soins se multipliaient autour d'elle, le Seigneur se retirait, et les souffrances augmentaient. Elle comprit par là que, plus nous sommes abandonnés des hommes, plus Dieu nous regarde dans sa miséricorde.



(Le Nom de Jésus est : divin Consolateur et Amant des âmes.)



Elle fut alors attaquée d'une peste assez bénigne, pendant laquelle elle souffrit beaucoup plus de l'absence de toute consolation que de la maladie elle-même.





CHAPITRE IV.

DU MEPRIS DES SATISFACTIONS TEMPORELLES.



(2)Délivrez-moi, Seigneur, et placez-moi près de vous, et que la main de qui que ce soit s'élève contre moi » (Job, xvii, 3). Le Seigneur qui désirait la consoler et l'instruire, lui montra alors un petit jardin planté de fleurs variés, entouré d'épines et arrosé par un ruisseau de miel. Il lui dit : « Veux-tu me préférer le plaisir que tu trouverais dans la beauté de ces fleurs? -Oh! Jamais, Seigneur Dieu! » S’écria-t-elle. Et le Seigneur, lui indiquant un jardin fangeux, où poussait une maigre verdure et quelques fleurs sans parfum ni éclat, dit encore : « C'est peut-être ce jardin que tu préférerais? » Elle s'en détourna avec indignation: « Comment pourrais-je jamais fixer mon choix sur ce qui est méprisable et mauvais, quand je possède en vous, ô mon Dieu, le seul bien vrai, durable et éternel? » Le Seigneur ajouta : « Les dons par lesquels j'enrichis ton âme sont une preuve assurée que tu possèdes la charité, pourquoi donc alors tomber dans le trouble et le désespoir à la vue de tes péchés? N'est-il pas écrit : « Caritas operit multitudinem peccatorum : La charité couvre la multitude des péchés »? (I Pet., iv 8.) Par ce jardin fangeux et aride que tu méprises j'ai voulu représenter 1a vie charnelle. Par le jardin fleuri, la vie douce, agréable et exempte d'adversités, dans laquelle tu aurais pu jouir de la faveur des hommes et d'une réputation de sainteté si, à ta volonté propre, tu n'avais préféré ma divine volonté. - O mon Bien-Aimé, dit-elle, plût à Dieu mille fois que j'eusse renoncé à ma volonté propre en délaissant le jardin fleuri, mais je crois n’avoir si facilement méprisé ce jardin qu'à cause de son exiguïté. - En effet, reprit le Seigneur, lorsque je vois les âmes de mes élus plongées dans les joies d'ici-bas, la délicatesse de ma bonté infinie me porte à exciter en eux le remords de la conscience, afin que cet aiguillon puissant restreigne pour eux les agréments de la vie, et qu'ils soient ainsi amenés à les rejeter. »



(3)Celle-ci, renonçant alors constamment aux joies de ce monde, et même aux célestes consolations, s'abandonna tout entière à la volonté du Seigneur.



CHAPITRE V.

COMMENT LE SEIGNEUR S'INCLINA VERS ELLE APRÈS QUELLE SE FUT HUMILIÉE DEVANT LUI,



puisque j'ai établi et affermi mon amour dans ton âme, je ne pourrai jamais souffrir que nous soyons séparés. »





CHAPITRE VII.

DE LA COMPASSION DU SEIGNEUR A NOTRE ÉGARD.



comme elle désirait se préparer à recevoir la sainte communion, et s'en trouvait empêchée par de nombreuses distractions, elle implora le secours divin et reçut du Seigneur cette miséricordieuse réponse : « Si une âme éprouvée par la tentation se réfugie près de moi, c'est bien d'elle que je puis dire : « Una est columba mea, tanquam electa ex millibus, qui in uno oculorum suorum transvulnerat Cor meum divinum : Ma colombe est unique, choisie entre mille ; par un seul de ses regards elle a transpercé mon divin Cœur. » Si je croyais ne pouvoir la secourir dans ce péril, mon âme en éprouverait une si profonde douleur que toutes les joies du ciel ne suffiraient pas à adoucir ma peine. Dans mon humanité unie à la divinité, mes bien-aimés trouvent sans cesse un avocat qui me force à prendre pitié de leurs diverses misères. - Mais, mon Seigneur, reprit-elle, comment votre corps immaculé qui ne fut en proie à aucune contradiction, pourra-t-il vous incliner à la compassion pour nos misères si diverses? » Le Seigneur répondit: « On s'en convaincra aisément, pour peu que l'on comprenne cette parole que I’ Apôtre a dite de moi : « Debuit per omnia fratribus assimilari, ut misericors fieret (Heb., II, 17): II a dû être en tout semblable à ses frères, pour devenir miséricordieux. » Puis il ajouta : « Le regard unique par lequel ma bien-aimée me perce le cœur est cette espérance tranquille et assurée, qui l'oblige à reconnaître que je peux et que je veux l'aider fidèlement en toutes choses. Cette confiance fait pour ainsi dire violence à ma tendresse, et je deviens impuissant à lui résister.- Seigneur, reprit celle-ci, si l'espérance est un si grand bien et que nul ne la possède sans un don spécial de votre part, en quoi donc peut démériter celui qui ne l'a pas? » Le Seigneur répondit : « II est au moins possible à tous de vaincre la pusillanimité en méditant les nombreux passages des Écritures qui inspirent la confiance, et chacun peut s'efforcer de dire de bouche, sinon de tout son cœur, ces paroles de Job : « Etsi in profundum inferni demersus fuero, inde me liberabis », et cette autre : « Etiamsi occideris me, in te sperabo : Quand même je serais plongé dans les profondeurs de l'enfer, vous m'en délivreriez », et  « Quand même vous me tueriez, j'espérerais en vous » (Job, xiii, 15.)





CHAPITRE VIII.

DES CINQ PARTIES DE LA MESSE.

Un jour que, retenue au lit elle ne pouvait assister à la messe où elle aurait dû communier, son cœur en éprouva un vif regret: « Voici, ô mon très aimé Seigneur, dit-elle, que par la disposition de votre divine providence je ne puis aller à la messe ! Comment donc pourrai-je recevoir dignement votre chair sacrée et votre précieux sang, puisque ma meilleure préparation est de m'unir d'intention au ministre qui célèbre, en suivant les différentes parties du sacrifice ? »

Le Seigneur répondit : « Puisque tu sembles m'adresser un reproche, écoute, ô ma bien-aimée, je vais te chanter un épithalame plein de douceur et d'amour :

Apprends de moi que je t'ai rachetée de mon sang, et considère que les trente-trois années où j'ai travaillé sur la terre ont été consacrées à préparer mes noces avec toi ; que cela te serve pour la première partie de la messe.

Apprends de moi que tu as été dotée par mon esprit, et comme mon corps a travaillé trente-trois ans â la préparation de tes noces, mon âme aussi a célébré les noces si joyeuses qu'elle désirait contracter avec toi ; que cela te serve pour la deuxième partie de la messe.

Apprends de moi que tu as été remplie de ma divinité, et que cette divinité pourra te procurer, au milieu des souffrances corporelles, les délices spirituels les plus enivrantes ; que cela te serve pour la troisième partie de la messe.

Apprends encore de moi que tu as été sanctifiée par mon amour, et reconnais que tu n'as rien par toi-même, mais que tu tiens de moi tout ce qui peut te rendre agréable à mes yeux ; que cela te serve pour la quatrième partie de la messe.

Apprends enfin à quelle hauteur tu es élevée par cette union avec moi, et reconnais que, toute puissance m'ayant été donnée au ciel et sur la terre, rien ne peut m'empêcher de te faire partager ma gloire, et de vouloir que celle qui est vraiment l'épouse du Roi soit appelée Reine et reçoive les honneurs dus à son rang. Prends tes délices à méditer ces faveurs, et ne te plains plus de n'avoir pas assisté à la messe. »





CHAPITRE IX.

DE LA DISPENSATION DE LA GRÂCE DIVINE.

(1), elle lui dit : « O Dieu plein de bonté, à la dernière fête de sainte Madeleine, vous avez daigné révéler à votre indigne servante que vous accordiez avec une bonté spéciale des grâces de miséricorde aux personnes qui en ce jour venaient se prosterner à vos pieds, pour imiter cette bienheureuse pécheresse, votre véritable amante. Daignez donc aujourd'hui encore me révéler l'action que vous accomplissez en ce moment. » Le Seigneur répondit : « Je distribue mes dons. » Elle comprit à ces mots qu'il appliquait aux âmes des défunts les prières du couvent, et, bien que ces âmes fussent présentes, celle-ci ne pouvait les voir. Le Seigneur ajouta : « Ne veux-tu pas aussi m'offrir tes mérites pour que je puisse augmenter mes libéralités ? » Son âme fut attendrie par l'onction de ces douces paroles, et comme elle ignorait que toute la communauté fût en union de prières,

Le Seigneur répondit : « Souviens-toi que souvent mes dons ne servent qu'à t'humilier, car tu t'en juges indigne, tu-sembles les recevoir comme un mercenaire dont on paie les services.

Tandis quelle écoulait ces ineffables paroles, elle fut ravie hors d'elle-même par la contemplation de cette bonté divine, qui tantôt déverse sur nos âmes le fleuve impétueux de ses grâces, tantôt refuse de moindres faveurs pour garder plus sûrement ces mêmes grâces. La vue de cette admirable conduite de Dieu qui faisait tout concourir au bien de son âme excita en elle une si grande admiration et une si profonde reconnaissance, que, ravie en extase et défaillante sous l'action divine, elle se jeta sur le sein du Seigneur en disant : « O Dieu, ma faiblesse ne peut supporter la vue de tant de merveilles ! »



II avançait en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes » (Luc., II, 52) ; de même cette personne, par un progrès journalier, changera bientôt ses défauts en vertus, et je lui pardonnerai tout ce qui provient de la faiblesse humaine, afin de pouvoir lui donner au ciel les récompenses que j'ai destinées à l'homme en me proposant de l'exalter au-dessus des anges ».



(2)Mais le Seigneur lui reprocha cette timidité : « Par la présence réelle et adorable de mon corps immaculé et de mon précieux sang que tu vas bientôt posséder en toi, lui dit-il, ne pourrais-tu pas obtenir que les pécheurs en voie de damnation soient ramenés à une bonne vie? »



Le Seigneur lui répondit avec un visage plein de douceur : « La seule confiance peut aisément tout obtenir; cependant si ton zèle désire m'offrir un surcroît d'hommages, récite trois cent soixante-cinq fois le psaume: Laudate Dominion omnes gentes, etc., et j'y trouverai un supplément aux louanges que les Créatures ont négligé de me rendre.







CHAPITRE X.

DE TROIS OFFRANDES.

Le Seigneur lui témoigna alors, par de nombreuses marques de tendresse, l'affection la plus vraie qu’un ami puisse avoir pour son ami, mais elle ne s'en montra guère satisfaite, habituée qu'elle était à recevoir des faveurs plus élevées par un mode supérieur.





CHAPITRE XI.

D'UNE INDULGENCE ET DU DESIR DE LA DIVINE VOLONTÉ.



(1)Elle apprit une fois qu'on prêchait une indulgence de plusieurs années, selon l'usage pour attirer les offrandes, et dit au Seigneur avec dévotion : « O mon Dieu, si je possédais de grandes richesses, je donnerais cet or et cet argent afin de recevoir l'indulgence et le pardon de tous mes péchés, pour la gloire de Dieu et l'honneur de votre nom. » Le Seigneur, répondit avec bonté : « De par l'autorité et la puissance de ma divinité, reçois la rémission de tes fautes et de tes imperfections. » Aussitôt son âme lui parut entièrement purifiée et blanche comme la neige.

(2) « Penses-tu que je me réserve un pouvoir inférieur à celui que j'ai donné aux créatures? Si j'ai communiqué au soleil la vertu d'effacer en un instant, par la chaleur de ses rayons, les taches qui paraissent sur une étoffe blanche, et même de rendre la partie souillée plus nette et plus éclatante, à combien plus forte raison, moi qui suis le Créateur du soleil, puis-je diriger le regard de ma miséricorde sur l'âme que je désire voir pure de toute faute et de toute négligence, et la garder sans tache par la force indomptable de mon amour. »

(3)…qu'elle ne pouvait comme de coutume célébrer les louanges de Dieu,

(4): « II me plaît de reconnaître par un don spécial ce zèle plein d'amour avec lequel tu as souhaité l'accomplissement de mon divin vouloir; aussi dès ce moment tu seras agréable à mes yeux, comme si tu n'avais jamais transgressé ma volonté sainte.





CHAPITRE XII.

DE LA TRANSFIGURATION ACCOMPLIE PAR LA GRÂCE.



(1)elle comprit que l'âme fidèle peut chercher Dieu de quatre manières différentes. Par ces paroles: « In lectulo meo per noctem quaesivi quem diligit anima mea : sur ma couche, pendant la nuit, j'ai cherché celui qu'aime mon âme » (Cantic , III), elle connut la première voie par laquelle on cherche Dieu, et qui est de lui offrir des louanges dans le repos sacré de la contemplation. L'antienne continue: « Quaesivi illum et non inveni : Je l'ai cherché et je ne l'ai pas trouvé », parce que l'âme, captive dans cette chair mortelle, ne peut arrivera louer Dieu parfaitement. La seconde manière de chercher Dieu lui fut montrée dans ce verset : « Surgam et circuibo civitatem per vicos et plateas, quaerens quem diligit anima mea : Je me lèverai, je ferai le tour de la ville, par les rues, sur les places publiques, je chercherai celui qu'aime mon âme », parce que l'âme parcourt les rues et les places, c'est-à-dire s'exerce dans l'action de grâces à reconnaître les divers bienfaits de Dieu envers ses créatures, et là, encore, la reconnaissance ne pouvant égaler les bienfaits du Créateur, c'est avec raison qu'elle ajoute : quaesivi illum et non inveni Par le troisième verset : « Invenerunt me vigiles qui custodiunt civitatem : Ceux qui veillent pour garder la ville m'ont rencontrée », il lui fut donné de comprendre que les avertissements de la justice et de la tendresse de Dieu font rentrer l'âme en elle-même. C'est après avoir comparé les bontés de Dieu avec sa propre indignité quelle commence à gémir, à faire pénitence de ses péchés, et à rechercher la miséricorde divine en disant : « Num quem diligit anima mea vidistis ? N'avez-vous pas vu celui qu'aime mon âme ? » N'ayant aucun secours dans ses propres mérites, elle se tourne vers le Seigneur par une humble confiance, et trouve sans tarder le Bien-Aimé de son âme, soit dans une fervente prière, soit par une illumination de la grâce.



(2)…tant que tu vis dans une chair mortelle tu ne peux comprendre combien la tendresse de Dieu s'est déversée en toi. Il importe que tu saches cependant que, par la force de cette grâce, tu as reçu une gloire analogue à celle qui resplendit au mont Thabor sur mon corps transfiguré en présence des disciples. Dans la douceur de mon amour, je puis dire désormais de toi : « Hic est filius meus dilectus in quo mihi bene complacui (Matth., xvii, 5) : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me suis complu », car c’est le propre de cette grâce de communiquer au corps et à l'âme par un mode admirable une éclatante gloire.





CHAPITRE XIII.

DE LA RÉPARATION.

(1)Elle comprit que le Seigneur accepterait volontiers qu'en union de cet amour par lequel Dieu s'est fait homme pour nous, on récitât deux cent vingt-cinq fois le Pater noster pour honorer ses membres sacrés, et qu'on rendit service autant de fois au prochain à cause de Celui qui a dit: Quod uni ex minimis meis fecistis, mihi fecistis : Ce que vous avez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l’avez fait a (Matth., xxv, 40). Le Seigneur demandait encore qu'on renonçât pour son amour aux plaisirs vains et inutiles.





CHAPITRE XIV.

L’AME EST PURIFIÉE PAR DEUX MOYENS : L'AMERTUME DE 1A PÉNITENCE ET LA SUAVITÉ DE L'AMOUR.



(1)Le Seigneur, désireux d'augmenter le mérite des âmes qui lui sont chères et d'assurer leur salut, permet quelquefois qu'elles trouvent d'énormes difficultés dans l’accomplissement d'un devoir très facile en lui-même.



(2): « Veux-tu, dit-il, remettre avec une entière confiance entre mes mains le soin de cette confession et ne t'en faire aucun souci ? »



(3): « Seigneur, dit-elle, votre cœur si tendre et si miséricordieux n'ignore pas combien cette confession m'est à charge; pourquoi permettez-vous que je sois en outre accablée par de pénibles pensées? » Le Seigneur répondit: « Les personnes qui se baignent se font donner des frictions énergiques dans le but de fortifier leur corps; de même ton âme prendra son essor au milieu des contradictions. »



(4)Elle comprit que ce beau jardin figurait la suavité intérieure de la grâce divine. La grâce portée par le souffle doux et léger de l'amour, répand sur l'âme fidèle une rosée parfumée des larmes de la dévotion, la rend blanche comme la neige et lui donne une sécurité parfaite, non seulement au sujet de la rémission de ses péchés, mais aussi en ce qui concerne l'abondance des mérites.

(5)II est bon de savoir que l'âme est purifiée de tous ses péchés par deux moyens principaux : par l'amertume de 1a pénitence et tous les sentiments dont elle est la source, c'est ce que signifie le bain ; par le doux embrasement du divin amour avec ses conséquences, et c'est là ce que symbolise le jardin délicieux.

(6)…le sein du Père de Bonté infinie.



CHAPITRE XV.

DE L'ARBRE DE L'AMOUR.



(1) Cet arbre symbolisait donc la charité qui produit non seulement les fruits des bonnes œuvres, mais aussi les fleurs des bons désirs et les feuilles rayonnantes des saintes pensées ; c'est pourquoi les habitants du ciel se réjouissent quand ils voient un mortel prendre pitié de ses frères et secourir leur misère.

(3)II donnait ainsi à entendre combien sont répréhensibles ceux qui disent: Si Dieu voulait ce que je veux, et qu'il me donnât sa grâce, je ferais telle et telle chose. Comme s'il n’était pas juste que l'homme brise en tout sa volonté propre pour accomplir celle de Dieu et s'assure par là une magnifique récompense.

(3)II voulait ainsi lui apprendre que l'on ne doit pas seulement vaincre ses ressentiments pour faire du bien à son ennemi, mais qu'il faut encore chercher à le faire le plus parfaitement possible. …le Seigneur lui enseignait la bienfaisance envers ceux qui la persécutaient

La Charité envers les ennemis doit se pratiquer au milieu des douceurs de l'amour de Dieu, amour qui rend l'homme prêt à souffrir la mort elle-même pour le nom de Jésus-Christ.




CHAPITRE XVI.

DES AVANTAGES DE LA PERSÉCUTION. COMMUNION SPIRITUELLE.





(3): « Ma bonté naturelle m'incline toujours à regarder de préférence ce qu'il y a de meilleur dans une âme ; ma divinité tout entière embrasse alors cette meilleure partie et dissimule 1e moins parfait pour remarquer ce qui l'est davantage.

(3)…comment accordez-vous les douceurs de vos consolations à une âme aussi indigne que la mienne, et aussi peu préparée à les recevoir ? - J'y suis forcé par mon amour. - Mais où sont donc, Seigneur, les souillures que j'ai contractées il y a peu de temps par cette irritation qui remplissait mon cœur et que j'ai même un peu manifestée par mes paroles ? - Le feu de ma divinité les a consumées, et c'est ainsi que je fais disparaître les difformités de toute âme vers laquelle ma bonté s'incline.

(4)Elle dit : « Comment, ô Seigneur, votre grâce peut-elle habiter dans l'âme de ceux qui nous font tant souffrir par cet interdit? » Et il lui fut répondu : « Ne t'occupe pas d'eux, je me réserve leur jugement ».



CHAPITRE XVII.

DE LA CONDESCENDANCE DU SEIGNEUR ET DE LA DISTRIBUTION DE SA GRACE.



(1)…et le Fils de Dieu lui-même qui se tenait debout avec grande révérence en présence du Père céleste.

(2)II lui fut répondu que nul ne pouvait monter par cette échelle mystique de la foi, s'il n'était porté par les ailes de 1a confiance,



(4) De même lorsqu'une grâce spéciale est donnée aux fidèles, elle produit aussitôt une augmentation de mérites chez ceux qui leur sont unis et surtout dans les membres de la même Congrégation, en exceptant ceux dont le cœur renferme de la haine ou de la mauvaise volonté.

(5), le Seigneur Jésus, Pontife souverain, exhala vers le ciel pour glorifier son Père un souffle divin semblable à une flamme ardente





CHAPITRE XVIII.

DU DON DE PRÉPARATION POUR RECEVOIR LE CORPS DE JÉSUS-CHRIST, ET DE PLUSIEURS AUTRES CHOSES.



(2)Je te revêts ensuite de moi pour que toutes les âmes dont tu te souviens devant moi dans la prière, et tous ceux que la nature a faits tes semblables deviennent dignes de recevoir mes bienfaits sans nombre. »

(3)…et louer Celui qui daignait resplendir à travers sa créature et procurer ainsi â tous les saints une nouvelle jouissance.

(IV.) -- Des avantages de l'assistance à la messe.



Dieu le Père la voyait pure de tout péché et immaculée à travers la très innocente Humanité de Jésus-Christ, et par sa très parfaite Divinité, il la trouvait parée et enrichie de toutes les vertus dont la glorieuse Divinité orna sa très sainte Humanité.



Toutes les fois qu'une personne assiste à la messe avec dévotion, s'unissant à Jésus-Christ qui s'immole lui-même pour le rachat du monde, Dieu le Père la regarde avec la même complaisance que l'hostie sainte.



Non, répondit le Seigneur ; car si celui qui pèche, met pour ainsi dire l'ombre d'un nuage entre lui et ma miséricorde, ma bonté, lui conserve cependant pour la vie éternelle un reste de cette bénédiction qu'il verra croître et se multiplier, chaque fois qu'il s'approchera avec dévotion des saints mystères. »



(V.) -- Combien les péchés de la langue rendent indignes de la communion.



Cette comparaison l'instruisit : Si quelqu'un n'interdit pas à sa bouche les paroles vaines, mensongères, honteuses et médisantes, et s'approche sans regret de la sainte communion, il reçoit le Christ comme on recevrait un hôte en lui jetant des pierres amassées par hasard à l'entrée de la maison, ou en lui assenant un coup de bâton sur la tête.

Que celui qui lira ces lignes considère en versant des larmes de compassion, d'un côté la dureté du cœur humain, de l'autre la bonté d'un Dieu venant avec une si grande bonté sauver les hommes qui le persécutent si cruellement.



(VI.) -- Comment l'âme doit se revêtir pour recevoir dignement la sainte communion.

quand j'y emploierais mille années, je ne serais pas encore suffisamment disposée, puisque rien en moi n'a la valeur voulue pour enrichir ma préparation. J'irai au-devant du Seigneur avec humilité et confiance, et lorsqu'il m'apercevra de loin, son puissant amour l'excitera à m'envoyer les biens nécessaires à une âme qui désire le recevoir dignement. » C'est avec de tels sentiments qu'elle s'avança vers Dieu, tenant les yeux toujours fixés sur sa bassesse et sa pauvreté.





(VIII.) -- Excès de la bonté divine dans ce sacrement.

« Si tu ne veux plus voir avec les yeux de l'âme les bontés infinies dont je t'entoure, regarde au moins des yeux du corps dans quel vase étroit je me laisse enfermer pour arriver à nourrir vos âmes ; tu comprendras alors que la rigueur de ma justice est contenue par la douceur de ma miséricorde, miséricorde dont ce sacrement offre au genre humain une preuve si évidente. »

En vérité je regarde avec bonté ce qui se fait pour ma gloire comme les prières, les jeûnes et autres œuvres semblables ; cependant (quoique ceux qui ont moins l'intelligence des choses spirituelles ne puissent le comprendre) j'entoure mes élus d'un amour plus compatissant lorsque, convaincus de leur faiblesse, ils se jugent incapables de m'honorer dignement, et se réfugient dans le sein de ma miséricorde, C'est ce que tu vois figuré par les mains nues et découvertes du prêtre qui me touchent de plus près que ses ornements. »


(IX.) -- L'humilité est parfois plus agréable à Dieu que la dévotion.

Le Seigneur répondit : « L'affection que l'on ressent pour un ami fait trouver du charme dans toutes ses paroles ; ainsi mon amour me fait trouver chez mes élus des douceurs qu'ils ne ressentent pas toujours eux-mêmes. »



(X.) -- C'est pour être goûté et non pour être vu que Dieu se donne à l’âme en ce Sacrement.



(XI.) Il  ne faut pas blâmer ceux qui par respect s'abstiennent de !a communion.



Le Seigneur lui en fit une miséricordieuse réprimande : « Ne vois-tu pas, lui dit-il, que le respect et l'honneur ne me sont pas moins dus que la tendresse et l'amour ? Puisque la fragilité humaine est incapable de remplir ce double devoir par un seul et même sentiment, et que vous êtes les membres d'un même corps, il convient que la disposition qui manque à I’un soit compensée par celle de l'autre. Ainsi, par exemple, celui qui est plus touché du sentiment de l'amour s'occupera moins de la révérence qui m'est due ; qu'il se réjouisse donc d'en voir un autre s'attacher au respect, et qu'il désire voir celui-ci obtenir à son tour les consolations de la divine douceur.»



(XII.) -- Le Seigneur veut être servi à nos propres dépens



Une autre fois elle vit une sœur s'effrayer pour la même raison et pria pour elle. Le Seigneur répondit : « Je voudrais que mes élus ne me jugeassent pas si cruel, mais qu'ils fussent persuadés que je tiens pour bon et très bon qu'ils me servent à leurs dépens. Celui-là, par exemple, sert Dieu à ses dépens qui, privé de la douceur de la dévotion, acquitte cependant les prières, les génuflexions et le reste, en espérant que la Bonté divine acceptera ces offrandes.»



(XIII.) -- Pourquoi est-on souvent privé de la grâce de la dévotion au moment de la communion.



Elle exposait au Seigneur dans l'oraison les plaintes d'une personne qui sentait moins la grâce de la dévotion quand elle devait communier qu'à certains autres jours : « Ce n'est pas un effet du hasard, répondit le Seigneur, mais une disposition providentielle, car si j'accorde la grâce de la dévotion aux jours ordinaires et à des moments imprévus, je force le cœur de l'homme à s'élever vers moi lorsqu'il resterait peut-être plongé dans sa torpeur. Tandis qu'en soustrayant ma grâce aux jours de fête et à l'heure de la communion, mes élus conçoivent de saints désirs ou s'exercent à l'humilité, et leur ardeur et leur contrition avancent plus l’œuvre de leur salut que la grâce de la dévotion. »



(XIV.) -- Il ne faut pas omettre la communion lorsqu'on a commis des fautes légères.

C'est ce qui arrive parfois à mes élus : je permets qu'ils tombent dans des fautes légères afin que leur repentir et leur humilité les rendent plus agréables à mes yeux. Mais il y en a qui contrarient ce dessein de mon amour, en n'estimant pas la beauté intérieure qui s'acquiert par la pénitence et rend agréable à mes yeux, et en recherchant une rectitude tout extérieure uniquement basée sur le jugement des hommes. Ceci a lieu lorsqu'ils se privent de l'immense grâce qu'apporte la réception de la sainte Eucharistie dans la crainte d'être blâmés par ceux qui ont été témoins de leurs légères fautes et n'ont pas vu le repentir qui les a lavées. »

(XV.) -- Il faut croire que le Seigneur supplée à notre pauvreté, lorsque nous le lui avons demandé.

Elle comprit que ceux qui marchent comme des insensés en portant les ornements du Seigneur sont ceux qui, après avoir considéré leur imperfection, demandent au Fils de Dieu de secourir leur misère; mais lorsqu'ils ont reçu ce bienfait, ils demeurent aussi craintifs qu'auparavant, parce qu'ils n'ont pas une confiance absolue dans les parfaites satisfactions que le Seigneur a offertes pour eux.



(XVI.) -- Grâces accordées comme conséquence de la digne réception du corps de Jésus-Christ.

Seigneur répondit: « Un roi dans son palais n'est pas accessible à tous ; mais lorsque, attiré par son amour pour la reine, il descend dans la cité pour visiter son épouse, tous les habitants de la ville jouissent alors largement de la magnificence et de la libéralité royales et reçoivent avec joie ses bienfaits. De même, lorsque je cède à la douce bonté de mon Cœur, et que je m’abaisse dans le Sacrement de vie vers une âme exempte de faute mortelle, tous ceux qui habitent le ciel, la terre et le purgatoire en reçoivent d'inestimables bienfaits. »



(XVII.) -- Que par la sainte communion nous pouvons obtenir le soulagement des âmes du purgatoire.

Le Seigneur lui dit : « Afin de te faire comprendre que mes miséricordes surpassent toutes mes œuvres,et que nulle créature ne peut épuiser l'abîme de ma bonté, voici que, par le mérite de ce Sacrement de vie, je suis disposé à t'accorder beaucoup plus que ne demandait ta prière.





CHAPITRE XIX.

CE QUI LUI EST MONTRÉ SUR LA MANIÈRE DE PRIER ET DE SALUER LA MÈRE DE DIEU.





(1)…et il répondit : « Tiens-toi près de ma Mère qui est assise à côté de moi et exalte-la par tes louanges. »



(3)A ces mots, le Fils de Dieu se leva, fléchit le genou devant sa Mère et, par une inclination de tête, la salua avec tant de respect et de tendresse qu'elle dut agréer avec bonté un hommage dont son Fils très aimant réparait ainsi l'imperfection.



(4)Elle comprit par cette vision que la bienheureuse Mère de Dieu est appelée à bon droit « Lis blanc de la Trinité », car elle a participé plus que toute créature aux vertus divines et ne les a jamais souillées par la moindre poussière du péché. La feuille droite représentait la toute-puissance du Père, et les deux feuilles inclinées figuraient la sagesse du Fils et la bonté du Saint-Esprit, vertus que la bienheureuse Vierge possédait à un degré éminent.

(5)La Mère de miséricorde dit encore que celui qui la proclamerait Lis blanc de la Trinité, Rose éclatante qui embellit le ciel, expérimenterait le pouvoir que la toute-puissance du Père lui a communiqué comme Mère de Dieu ; il admirerait les ingénieuses miséricordes que la sagesse du Fils lui a inspirées pour le salut des hommes ; il contemplerait enfin l'ardente charité allumée dans son cœur par l'Esprit-Saint. « A l'heure de sa mort, ajouta la bienheureuse Vierge, je me montrerai à lui dans l'éclat d'une si grande beauté que ma vue le consolera et lui communiquera les joies célestes. »

(6)Depuis ce jour, celle-ci résolut de saluer la Vierge Marie ou les images qui la représentent par ce, mots:

« Salut, ô blanc Lis de la Trinité resplendissante et toujours tranquille ! Salut, ô Rose de beauté céleste ! C'est de vous que le Roi des cieux a voulu naître ; c’est de votre lait qu'il a voulu être nourri ; daignez aussi nourrir nos âmes des divines influences. 1»





CHAPITRE XXI.

REPOS DU SEIGNEUR.



(3)Le Seigneur s'éveilla bientôt, et, cédant enfin à de si douces instances, il enlaça de ses bras cette fidèle épouse, la pressa fortement sur sa poitrine sacrée en disant ces paroles : « Voici que je possède ce que j'ai désiré. Le renard qui guette une proie s'étend par terre pour faire le mort, et si les oiseaux trompés volent autour de lui et tentent de le déchirer, il les saisit d'un bond. De même, tout brûlant d'amour pour toi, j'ai usé d'une ruse semblable afin de te posséder tout entière au moment où tu t'élancerais vers moi. »





CHAPITRE XXII.

COMMENT LA MALADIE PEUT AMENDER LES DÉFAUTS.

(1)…elle dit au Seigneur : « O mon doux Sauveur, ne vous glorifierais-je pas davantage si j'étais maintenant au chœur avec mes sœurs, vaquant à la psalmodie et à la prière, assidue le reste du jour aux exercices de la vie régulière, plutôt que d'être réduite à une pénible inaction à cause de ma faiblesse?

(2)Celle-ci comprit alors que l'âme marche en public, revêtue de ses parures, lorsqu'elle s'adonne aux bonnes œuvres afin de procurer la gloire de Dieu ;

et qu'elle se repose avec l'Époux dans la chambre nuptiale quand les infirmités du corps lui interdisent ces occupations extérieures. Privée des jouissances du dehors, elle s'abandonne entièrement à la divine volonté et le Seigneur met plus ses complaisances dans une âme qui trouve en elle-même moins de satisfaction et de vaine gloire.






CHAPITRE XXIII.

D'UNE TRIPLE BÉNÉDICTION.

(1)Elle assistait un jour à la messe avec toute la dévotion possible. Lorsqu'on arriva au Kyrie eleison, l'ange que Dieu lui avait donné pour gardien la prit entre ses bras comme un petit enfant et la présenta à Dieu le Père afin qu'il la bénît, disant: « O Père tout puissant, bénissez votre petite fille » Dieu le Père tardait à répondre, comme s'il eût trouvé peu digne de lui de bénir une si faible créature ; et celle-ci, toute couverte de confusion, se prit à considérer sa misère et son néant. Mais le Fils de Dieu se leva et la couvrit des mérites de sa très sainte vie. Elle se trouva donc parée de riches vêtements et parvenue à l'âge parfait du Christ (Ephes., iv, 13). Dieu le Père s'inclina alors vers elle avec bonté, et il lui donna une triple bénédiction, en même temps qu’une triple rémission de tous les péchés de pensées, de paroles et d'actions, par lesquels elle avait offensé sa toute-puissance. En action de grâces pour un si grand bienfait, elle présenta à Dieu le Père cette vie toute pure du Christ dont elle avait été revêtue. Aussitôt les pierres précieuses qui ornaient sa robe, s'entrechoquant l'une l'autre, rendirent les sons les plus doux et les plus harmonieux à la gloire éternelle du Père. Nous en pouvons conclure à quel point ce Père plein de bonté a pour agréable l'offrande de la très sainte vie de son Fils.



(2)Ensuite son ange gardien la présenta au Fils de la même manière et il dit : « O Fils du Roi éternel, bénissez celle qui est votre saint. » Après qu’elle eut reçu une triple bénédiction pour la rémission des péchés qu’elle avait commis contre la Sagesse divine, l'ange la présenta en troisième lieu au Saint-Esprit par ces mots : « Bénissez, ô ami des hommes, celle qui est votre épouse. » Elle en reçut aussi une triple bénédiction qui effaça les péchés par lesquels elle avait offensé la Bonté divine. Celui qui le désirera pourra méditer sur ces neuf bénédictions pendant le chant du Kyrie eleison.





CHAPITRE XXIV.

EFFET DE L'ATTENTION A LA PSALMODIE.



(1)Un jour qu'elle s'efforçait de chanter le plus dévotement possible les heures canoniales en l'honneur de Dieu et du saint dont on célébrait la fête, elle vit les paroles de la divine louange s'élancer de son cœur vers le Cœur de Jésus sous la forme d'une lance aiguë qui le pénétrait profondément et lui procurait d'ineffables délices.

(2)De la pointe de la lance s'échappaient des rayons lumineux semblables à de brillantes étoiles. Ces rayons se dirigeaient sur chacun des saints, et les enrichissaient d'un nouveau reflet de gloire; mais le bienheureux dont on célébrait la fête paraissait revêtu d'une splendeur plus merveilleuse. La partie inférieure de la lance laissait couler en abondance une pluie bienfaisante, qui procurait aux hommes une augmentation de grâce et donnait aux âmes du purgatoire un rafraîchissement salutaire





CHAPITRE XXV.

SERVICE RENDU A L’AME PAR LE COEUR DIVIN.

Une autre fois elle s'efforça d'apporter à chaque mot et à chaque note de l'office divin la plus grande attention ; mais, voyant sa bonne volonté contrariée par la faiblesse de la nature, elle se dit avec tristesse: « Quel fruit retirerai-je d'un labeur où je montre tant d'inconstance? » Le Seigneur, ne pouvant souffrir qu'elle se désolât, lui présente de ses propres mains son Cœur divin semblable à une lampe ardente, en lui disant : « Voici que j'offre aux yeux de ton âme mon Cœur sacré, organe de l'adorable Trinité, afin que tu le pries de réparer l'imperfection de ta vie et de te rendre parfaitement agréable à mes yeux. Car de même qu’un fidèle serviteur se tient toujours prêt à exécuter la volonté de son maître, ainsi mon Cœur sera désormais à ta disposition pour réparer à chaque heure tes négligences. » Celle condescendante bonté du Seigneur la remplit d'étonnement et d'admiration. En effet, elle ne pouvait comprendre que le Cœur du Sauveur, trésor sacré de la Divinité, et source de tous les biens, daignât, comme un serviteur aux ordres de son maître, se tenir prêt à réparer les faiblesses d'une aussi chétive créature. Mais le Seigneur plein de bonté eut pitié de sa pusillanimité et l'encouragea par cette comparaison : « Si tu avais, dit-il, une voix sonore et agréable, et si tu aimais à chanter, tandis que près de toi se trouverait une personne ayant la voix lourde et discordante à ce point, qu'après de grands efforts elle arriverait à peine à produire quelque, sons, ne serais-tu pas indignée qu'elle voulût exécuter elle-même une mélodie que tu pourrais rendre avec tant de facilité et de charme ? De même, mon Cœur sacré, qui connaît la fragilité et l'instabilité humaines, attend et désire que tu l'invites, soit par tes paroles, soit même par un signe, à accomplir et à parfaire avec toi les actes de ta vie ; et comme il est doué d'une puissance infinie, que, de plus, son insondable sagesse connaît toutes choses, de même aussi par suite de la douceur et de la bonté qui lui sont naturelles, il désire te rendre ce service avec une joie pleine d'amour. »






CHAPITRE XXIV.

DE L'ABONDANCE DES GRÂCES QUE LE COEUR DIVIN RÉPAND DANS L’ÂME.

(1)…elle eut grand désir de savoir combien de temps le Seigneur le lui conserverait. II daigna répondre : « Aussi longtemps qu'il te plaira de le garder, tu n'auras jamais à en déplorer la perte.



Quand je vois ton âme tant soit peu détournée de moi par les choses extérieures, je dirige vers elle mon Cœur divin tout languissant d'amour. Si tu réponds à mes tendres avances et si tu consens à te recueillir et à me contempler dans l’intime de ton être, alors je te retire à moi avec ce Cœur sacré et je t'offre en lui la jouissance de toutes les perfections. »



(2)Celle-ci fut pénétrée d'amour et de reconnaissance à la vue de cette bonté toute gratuite de Dieu.

. Par ce canal mystérieux, il faisait découler sur elle toute l'affluence admirable de ses grâces: si, par exemple, elle s'humiliait à la vue de ses fautes, le Seigneur, rempli de pitié, versait aussitôt dans son âme la sève féconde, des vertus qui détruisait toutes ses imperfections et n'en laissait plus apparaître les traces aux yeux mêmes de la divine Majesté. D'autres fois, si elle ambitionnait un don particulier ou ces douces et agréables faveurs que le cœur humain peut désirer, au même instant tous ces bienfaits étaient répandus en son âme par ce canal admirable dont nous avons parlé.

(3)…mais bien des vertus de son Seigneur, lors qu'elle entendit, par l'oreille du cœur, une voix harmonieuse qui résonnait comme la suave mélodie d'une harpe touchée par un maître habile, et disait « Veni mea ad me: Toi qui es mienne, viens à moi. Intra meum in me: Toi qui es mienne, viens en moi. – Mane meus mecum : Toi qui es mon bien, reste avec moi. » Son aimable Seigneur daigna lui donner l'explication de ce chant: « Veni mea ad me, parce que je t'aime et désire toujours te voir auprès de moi ainsi qu'une épouse fidèle, c'est pourquoi je t'ai dit: Veni. Intra meum in me, parce que je prends mes délices en ton âme; et comme le fiancé attend avec ardeur le jour des noces qui mettra le comble â la joie de son cœur, ainsi je désire qu'à ton tour tu entres et habites en moi. Mane meus mecum :puisque je t'ai choisie, moi qui suis le Dieu d'amour, je désire demeurer avec toi dans une union indissoluble; union semblable à celle qui existe entre le corps et l'âme, et fait que l’homme ne saurait subsister un instant après que l'âme a quitté son enveloppe mortelle.





CHAPITRE XXVII.

DE LA SÉPULTURE DU SEIGNEUR DANS L’ÂME .



(1)Un Vendredi saint, après la récitation de l'office, on célébrait l'ensevelissement du Seigneur. Celle-ci pria ce divin Sauveur de vouloir bien s'ensevelir en son âme comme dans une perpétuelle demeure. II daigna l'exaucer et lui dire avec bonté: « Moi, qui suis appelé pierre, je serai cette pierre posée à l'entrée de tous tes sens; pour garde je placerai là des soldats, c'est-à-dire mes affections qui désormais préserveront ton cœur de toute affection étrangère, et travailleront à procurer mon éternelle gloire en toi dans la mesure de ma grâce. »

(2)En effet, si tu n’adhérais pas à moi de tout ton cœur, tu n'éprouverais pas tant de regret de m'avoir déplu.






CHAPITRE XXVIII.

LE COEUR DU SEIGNEUR EST LE CLOÎTRE DE L’ÂME .





: « Dirige-toi vers mon Cœur, il sera vraiment ton temple. De plus, choisis dans les diverses parties de mon corps d'autres demeures où tu puisses mener la vie régulière, car je veux désormais que mon corps sacré soit le cloître où tu habites. » Elle répondit: « O Seigneur! quelle demeure chercherais-je ? J'ai trouvé une telle abondance de douceurs dans ce Cœur sacré que vous daignez appeler mon temple, qu'il m'est impossible de quérir hors de lui la nourriture et le repos nécessaires à l'entretien de la vie. » Le Seigneur lui dit : « Si tu le désires, tu trouveras en effet ces deux biens dans mon cœur, car tu as pu lire de certains de mes saints, comme de mon serviteur Dominique1 par exemple, qu'ils ne s'éloignaient pas du temple, mais qu'ils y mangeaient parfois et y dormaient. Empresse-toi cependant de choisir dans mon corps les lieux où tu mèneras ta vie claustrale.

Le Seigneur l'invita à monter après chaque faute vers ce tribunal sacré comme par cinq degrés d'humilité qu'elle trouverait indiqués en ces cinq mots : « Moi, vile, pécheresse, pauvre, mauvaise, indigne, j'accours à cet abîme débordant de la miséricorde infinie afin d'être lavée de toute tache et purifiée de tout péché. Ainsi soit-il. »



CHAPITRE XXIX.

(1)ETREINTE ET SALUT DU SEIGNEUR.



A peine eut-il prononcé ces mots que tous les saints se levèrent devant le trône de Dieu et offrirent leurs mérites au Seigneur, afin que pour sa plus grande gloire il daignât les communiquer à cette âme qui deviendrait ainsi une demeure digne du Très-Haut.

(2): « Moi, petite et vile créature, je vous salue, ô très aimé Seigneur », elle reçut cette ineffable réponse : « A mon tour je te salue, ô ma très aimée ! » Il lui fut donné de comprendre que si une âme dit à Dieu: Mon Bien-Aimé, mon très doux, mon très aimé Seigneur, ou autres paroles de ce genre, à chaque fois elle recevra ici-bas la même réponse, et elle jouira au ciel d'un privilège spécial, analogue à celui de Jean l'Évangéliste, qui obtint sur la terre une gloire particulière parce qu'il était appelé « discipulus quem diligebat Jesus : le disciple que Jésus aimait ». (S. Jean, xxi, 7.)





CHAPITRE XXX.

DU MÉRITE DE LA VOLONTÉ ET DE L'OFFRANDE DU COEUR AVEC D'AUTRES INSTRUCTIONS DONNÉES A SON ENTENDEMENT AU SUJET DES PAROLES DE L'OFFICE DIVIN.



(1)Bonne volonté.

Mais plus elles s'éloignaient du Cœur, plus elles avaient de peine à obtenir ce qu'elles désiraient. Au contraire, si elles s'efforçaient d'aspirer au centre de ce Cœur sacré, elles s'abreuvaient avec facilité, douceur et abondance. Celles qui puisaient directement au Cœur figuraient les âmes qui se soumettent à la volonté de Dieu et souhaitent que cet adorable vouloir s'accomplisse parfaitement à leur égard, dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel. Ces âmes touchent si profondément l'infinie Bonté de Dieu, qu'à l'heure finie, elles reçoivent la grâce divine avec d'autant plus d'abondance qu'elles ont désiré davantage l'accomplissement de cette très aimable volonté. Les autres, qui puisaient la grâce dans les membres du Seigneur, figuraient les âmes qui s'efforcent d'obtenir de Dieu les dons et les vertus, en suivant l'attrait de leurs désirs personnels et de leur volonté propre. Elles obtiennent d'autant plus difficilement ce qu'elles désirent, qu'elles s'abandonnent moins à la divine Providence.





II. -- Parfaite offrande du cœur à Dieu.

Elle adressa un jour cette prière au Seigneur : « O mon Dieu, dans la plénitude de ma volonté, je vous offre mon cœur détaché de toute créature. Je vous prie de le laver dans l'eau très efficace qui s'écoule de votre sacré côté, afin qu'enrichi par le précieux sang de votre très doux Cœur il puisse s'unir entièrement à vous dans les suaves parfums de votre ineffable amour. » Le Fils de Dieu apparut alors offrant à Dieu le Père le cœur de son épouse uni à son Cœur divin sous la figure d'un calice formé de deux parties qui auraient été jointes ensemble par de la cire. A cette vue elle dit au Seigneur avec une humble dévotion : « Faites, ô Dieu très aimant, que mon cœur soit toujours près de vous comme ces flacons portés par les serviteurs pour rafraîchir leurs maîtres ; que de même vous l'ayez toujours à votre portée pour le remplir ou y puiser à l'heure où vous le voudrez et pour telle personne qu'il vous plaira. » Le Fils de Dieu accepta cette offrande avec bonté et dit à son Père : « O Père saint, que pour votre éternelle louange le cœur de cette créature soit l'heureux intermédiaire qui répande sur le monde la source intarissable des bienfaits renfermés dans mon Cœur sacré. » Comme dans la suite celle-ci renouvelait souvent cette offrande, elle voyait son cœur tout rempli des dons célestes, et par les mille louanges et actions de grâces qui en jaillissaient, les élus du ciel recevaient une augmentation de joie. D'autres fois il contribuait davantage à l'avancement de ceux qui étaient encore sur la terre, comme nous le verrons plus tard. Car elle comprit aussi que Dieu aurait pour agréable qu'elle fît écrire tout ceci pour le bien de plusieurs.





(III.)-- Honneur rendu à Dieu. Efficacité de la miséricorde divine.



Au temps de l'Avent, comme on chantait le répons « Ecce venit Dominus protector noster, sanctus Israel 1 : Voici que vient le Seigneur notre protecteur, le saint d'Israël », elle comprit que si une âme abandonne complètement à Dieu la conduite de sa vie, si elle souhaite avec ardeur d'être dirigée, dans la prospérité comme dans l'adversité, par la très aimable et divine volonté, elle rend à Dieu autant d'honneur qu'en procure au prince celui qui pose sur sa tête la couronne royale.




Par ces paroles du prophète Isaïe: « Elevare, elevare, consurge, Jerusalem : Lève-toi, lève-toi, Jérusalem. » (Isaïe, LI, 17),
elle comprit quels bienfaits la sainteté des âmes procure à l'Église militante. En effet, lorsque, remplie d'amour pour le Seigneur, une âme se tourne vers lui avec la volonté sincère de réparer, si elle le pouvait, tous les détriments que souffre la gloire de Dieu, lorsque dans l'ardente charité qui la consume, elle offre les démonstrations de sa tendresse, la Bonté divine se montre tellement apaisée qu'elle daigne parfois pardonner au monde entier. C'est ce qu'expriment les paroles suivantes: « Usque ad fundum calicis bibisti : Vous avez bu jusqu'au fond du calice » (Ibid.), car par ce moyen la douceur de la miséricorde vient se substituer aux rigueurs de la justice. Mais ce qui suit : « Potasti usque ad faeces : Vous avez bu jusqu'à la lie » (Ibid.), donne à comprendre qu'aucune rédemption ne peut être accordée aux damnés, parce qu'ils n'ont droit qu'à la lie de la justice.



(IV.) -- Avantages que l'on trouve à s'abstenir de paroles et  d'actions inutiles.



En lisant ces paroles d'Isaïe : « Glorificaberis dum non facis vias tuas, etc. : Tu seras glorifié si tu ne suis pas tes inclinations » (Isaïe, LVIII, 13), elle comprit que si, après avoir conçu divers projets, on renonce au plaisir de les exécuter parce qu'ils n’ont aucune utilité pour le bien, on obtiendra ce triple avantage :

de trouver en Dieu de plus grandes délices : « DeIectaberis in Domino : Tu te réjouiras dans le Seigneur (Isaïe, LVIII, 14);

de rester moins sous l'empire des pensées dangereuses: « Sustollam te super altitudinem terrae : Je t'élèverai sur les hauteurs de la terre » (Ibid.) ;

enfin, de recevoir du Fils de Dieu, parce qu'on aura noblement résisté à 1a tentation et remporté la victoire, une part spéciale aux mérites de sa très sainte vie, selon cette parole: « Et cibabo te haereditate Jacob patris tui : Et je te donnerai pour nourriture l'héritage de Jacob ton père » (Ibid.) Dans cet autre texte du même prophète : « Ecce merces ejus cum eo : Il porte avec lui sa récompense » (Ibid., XL, 10),

elle vit que le Seigneur, dans son amour pour ses élus, daigne être lui-même leur récompense. II s'unit à eux avec tant de douceur, que la créature, objet d'un si grand amour, peut affirmer en toute vérité qu'elle est récompensée au delà de ses mérites : «Et opus illius coram illo: et son oeuvre est devant lui »(Ibid.). Quand l'âme s'abandonne complètement à la sainte Providence, et cherche en tous ses actes à accomplir la divine volonté, alors, par la grâce du ciel, elle apparaît déjà parfaite aux yeux de Dieu.



(V.)-- Le repentir amène promptement la délivrance.



Pendant qu'elle récitait ce répons de la vigile de Noël : « Sanctificamini, filii Israel 1 : Sanctifiez-vous, fils d'Israël », elle comprit que si une âme déplore sans retard les fautes qu'elle a commises et regrette de n'avoir pas accompli tout le bien qui lui était possible, que si elle est en outre résolue à se soumettre désormais aux préceptes de Dieu, elle paraît aux yeux de la Majesté divine vraiment sanctifiée comme ce lépreux de l'Évangile qui fut purifié de ses fautes par la parole du Seigneur: « Volo, mundare: Je le veux, sois purifié »(Matth.,VIII,3).



(VI.) -- Dieu broie ses élus pour les guérir.

Elle vit que le Fils de Dieu, ayant été envoyé pour, guérir ceux qui ont le cœur brisé, a coutume d'éprouver ses élus par une souffrance, souvent légère ou même extérieure, pour avoir occasion d'y porter remède. Dans ce cas, il s'approche de l'âme et n'enlève pas l'épreuve, car si cette épreuve brise le cœur, elle n'est pas nuisible, mais il s'applique au contraire â guérir dans sa créature tout ce qu'il juge devoir lui être dangereux ou funeste.



(VII.) -- Chacun doit porter sa croix à la suite de Jésus-Christ.



elle comprit que la croix de chacun était sa tentation personnelle

en souffrant volontiers tout ce qui est dur et pénible,



(VIII.) - La correction trop sévère se change en mérites pour celui qui la supporte.



elle comprit que si une personne a commis une faute par suite de la faiblesse humaine et en reçoit une correction trop rigoureuse, cet excès de sévérité provoque la miséricorde de Dieu et procure au coupable une augmentation de mérites.





(IX.) -- C'est par miséricorde que Dieu châtie les fidèles. Le pervers est abandonné à sa perversité.



. Le Seigneur lui dit en souriant : « Ne sais-tu pas que je dirige vers toi les regards les plus miséricordieux, lorsque tu es éprouvée par les souffrances corporelles, ou que tu ressens les angoisses de l'âme?

elle comprit que le sang répandu pour le Christ est loué dans la sainte Écriture, bien que naturellement le sang inspire une certaine horreur. De même il lui sembla que, dans la vie religieuse, certaines dérogations à la règle réclamées par l'obéissance ou la charité fraternelle plaisent tant à Dieu, qu'elles peuvent être louées et appelées glorieuses.





(X.) -- Celui qui vient de tomber doit se confier en Dieu. Il n'y a point de péché sans consentement.

elle comprit que la vertu de la foi préserva Jean du poison mortel, comme la résistance de la volonté conserve l'âme sans tache, malgré le venin mortel qui pourrait s'insinuer dans le cœur, contrairement aux dispositions de la volonté.





(XI.) -- Comment nous devons bénir Dieu. II faut reprendre les délinquants.



Elle comprit alors que l'homme bénit Dieu quand il se repent de l'avoir offensé et lui demande son secours pour ne plus tomber dans le péché ; Dieu voulant montrer que cet acte lui était agréable, s’inclina profondément pour recevoir cette bénédiction, comme si le salut du monde en devait être la conséquence.

Car, devant le Seigneur, chaque homme est tenu à retirer son frère du mauvais chemin et à l'exciter au bien. Toutes les fois qu'il néglige d'écouter sur ce point la voix de sa conscience, il pèche contre Dieu. C'est en vain qu'il prétexte n'avoir pas mission de corriger son frère, car Dieu la lui donne d'après le témoignage de sa conscience.

Malheur à celui qui fait le mal, deux fois malheur à celui qui y consent. » C'est évidemment consentir au mal que de se taire, quand il aurait suffi de quelques paroles pour éviter une atteinte à la gloire de Dieu.



(XII.) -- C'est vêtir Dieu que de défendre la justice.



Celui qui combat légitimement pour la justice, et travaille par ses paroles ou par ses actes à promouvoir la Religion, couvre le Seigneur d'un riche vêtement de gloire et de salut. Dans la vie éternelle, Dieu lui prodiguera les largesses de sa royale munificence et après l'avoir paré d'un vêtement d'allégresse, il le couronnera d'un diadème de gloire. Elle comprit encore que celui qui, dans ce combat soutenu pour le bien de la Religion, aura supporté des adversités et des contradictions deviendra plus agréable à Dieu comme le pauvre se montre doublement satisfait d'être habillé tout à la fois et réchauffé par un seul vêtement. Quand bien même, par suite de l'opposition des méchants, ce travail entrepris pour la gloire de Dieu n'amènerait aucun résultat, la récompense du fidèle serviteur ne serait en rien diminuée.



dont l'assistance suffirait à nous préserver de tout mal, suspend parfois sa protection efficace par ordre de la divine et paternelle Providence. Dieu permet alors que ses élus soient tentés, afin de les récompenser d'autant plus qu'ils ont triomphé par leur propre vertu, la garde des saints anges leur ayant été comme enlevée pendant quelques instants.





(XIII.) -- Des biens que nous procurent l'obéissance  et l'adversité.

elle comprit comment le Père des croyants mérita d'être appelé par un ange au moment où il étendait le bras pour accomplir les ordres du ciel. De même, si le juste, pour l'amour de Dieu; soumet son esprit et montre une bonne volonté parfaite en face d'une œuvre difficile à accomplir, il mérite sur l'heure d'être soutenu par les douceurs de la grâce, et consolé par le bon témoignage de sa conscience. Par cette faveur l'infinie Bonté de Dieu devance le jour de la récompense éternelle, où chacun recevra selon ses œuvres.

Aussi mes élus ne devraient jamais attribuer les maux qu'ils souffrent aux hommes : ils sont les instruments dont je me sers pour exercer leur patience. Mes amis devraient plutôt considérer mon paternel amour qui ne permettrait jamais au moindre souffle de les atteindre, s'il n'avait dessein de leur donner les joies éternelles après leurs souffrances. Que mes élus aient plutôt compassion des hommes qui, en les persécutant, souillent leurs propres âmes. »



(XIV.) -- Nos œuvres offertes à Dieu le Père par son Fils lui sont très agréables.



Comme celle-ci éprouvait un jour de la difficulté pour un travail, elle dit au Père éternel : « Seigneur, je vous offre cette action par votre Fils unique, dans la vertu de votre Esprit-Saint, et pour votre éternelle gloire. » Elle comprit aussitôt que cette offrande donnait à son œuvre une valeur extraordinaire et l'élevait au-dessus d'un acte simplement humain. Et comme les objets paraissent verts ou bleus si on les regarde à travers un verre de ces diverses couleurs, ainsi rien n’est plus agréable à Dieu le Père qu’une offrande faite par son Fils unique.





(XV.) -- Aucune prière fervente ne demeure sans fruit.



Elle demanda un jour au Seigneur à quoi servaient les prières fréquentes qu'elle lui adressait pour ses amis, puisqu'on n’en voyait pas les effets. II daigna l'éclairer par cette comparaison : « Lorsqu' un jeune prince revient du palais de l'empereur, après avoir reçu l'investiture d'un grand-fief et de richesses considérables, ceux qui le rencontrent ne voient pourtant en lui que la faiblesse de l'enfance sans soupçonner ce qui fera de cet enfant un puissant prince. Ne sois donc pas étonnée si tes yeux ne peuvent découvrir l'effet de tes prières : Mon éternelle sagesse en dispose pour un plus grand bien. Plus on prie pour une âme, plus on lui procure de bonheur. La prière persévérante ne demeure pas sans fruit, quoique les hommes ne puissent toujours apercevoir ici-bas la manière dont ils sont exaucés. »





(XVI.) -- Les saintes pensées, leur mérite et leur récompense.



Comme elle désirait savoir quelle récompense recevrait une âme qui aurait élevé toutes ses pensées vers Dieu, elle reçut cette instruction : « L'homme qui dirige ses pensées vers Dieu, soit en méditant, soit en priant, pose un miroir d'une transparence admirable, comme en face même du trône glorieux de la Divinité. Dans ce miroir le Seigneur contemple avec joie sa propre image, car c'est lui qui dirige et inspire tout ce qui est bien. Si, par suite de la fragilité humaine, l’homme éprouve des difficultés dans cet exercice de la prière, qu'il sache que plus le labeur sera rude, plus le miroir qu'il présentera en face de l’adorable Trinité et de tous les Saints sera clair et brillant ; de plus ce miroir resplendira éternellement pour la gloire de Dieu et l'allégresse sans fin de cette âme.

(XVII) -- Obstacles à la dévotion les jours de fête.



Elle objecta : « Mais votre grâce, ô mon Dieu, pourrait me garder de ce danger. - En effet, répondit le Seigneur, mais il y a avantage pour l'âme à ce que les occasions de chutes lui soient plutôt enlevées par l'épreuve et la souffrance, car elle obtient alors le double mérite de la patience et de l'humilité. »



(XVIII.) -- Effet de la bonne volonté.

Entraînée une fois par la ferveur de son amour, elle s'écria : « Combien je voudrais, ô mon Dieu, voir un feu ardent brûler mon âme et la rendre semblable à une substance liquide qui pourrait s'écouler facilement en vous ! » Le Seigneur répondit : « Ta volonté sera ce feu puissant. » Elle comprit alors que, par le seul mouvement de sa volonté, on peut obtenir le plein effet des désirs qui ont Dieu pour objet.




(XIX.) -- Bon résultat de la tentation.

car la difficulté cesse de s'accroître par l’habitude, appelée justement une seconde nature.





(XX.) -- Le Seigneur vient secourir dans leur agonie ceux qui ont pensé à lui.

avec un repentir excité par la crainte de l'enfer plutôt que par l'amour de Dieu. Mais le Seigneur lui dit: « Quand je vois à l'agonie ceux qui ont quelquefois pensé à moi durant leur vie, ou bien ont accompli quelques œuvres méritoires dans leurs derniers jours, je me montre alors à eux avec tant de bonté, de tendresse et d'amabilités, qu'ils se repentent sincèrement de m’avoir offensé, et c'est ce repentir qui les sauve. Aussi je voudrais que mes élus me glorifiassent et me rendissent des actions de grâces spéciales pour ce bienfait.





(XXI.) -- Dieu n'arrête pas ses regards sur les imperfections d'une âme qui l'aime véritablement.



: « C'est par l'amour que l'âme arrive à me plaire. » Elle comprit alors que si l'amour humain est assez impérieux pour faire attribuer des charmes à des êtres difformes, au point de rendre les amis presque jaloux de cette difformité qui a reçu le don de plaire, Dieu, qui est Charité, saura trouver de la beauté dans les créatures qu'il aime.



(XXII.) --  Comment le Seigneur tempéra dans l’âme de celle-ci le désir de la mort.



Le Seigneur daigna lui faire comprendre ce qui suit : chaque fois qu'elle exprimerait le désir d'être affranchie de cette prison de mort, tout en se montrant déterminée à demeurer ici-bas aussi longtemps qu'il plairait au Seigneur, autant de fois le Fils de Dieu lui communiquerait les mérites de sa très sainte vie, pour qu'elle devint parfaite au yeux de Dieu le Père.





(XXIII.) -- Dieu n'exige pas le fruit des œuvres pour chacun de ses dons.

le Seigneur, en répandant ses dons sur les hommes, n'exige pas un fruit spécial produit par chaque don, car il connaît la faiblesse de ses créatures ; mais Dieu ne pouvant contenir sa bonté et sa libéralité, répand sans cesse sur l’homme l'abondance de ses grâces pour le préparer à la surabondance de la félicité éternelle. C'est ce qui arrive à l'enfant auquel on remet des titres de propriété : il n'en voit pas l'utilité, mais, parvenu à l'âge d'homme, il jouira de tous ses biens. De même le Seigneur, en accordant dès ici-bas les grâces célestes à ses élus, leur donne déjà ces biens dont ils n'auront la pleine jouissance que dans les cieux.





(XXIV.) -- La volonté d'avoir de bons désirs supplée à leur absence.



Une fois son cœur souffrait de ne pas se sentir un désir assez grand de louer Dieu. Une lumière surnaturelle lui apprit que Dieu se contente de la volonté d'éprouver un grand désir si l'on ne peut faire davantage; dans ce cas le désir est aussi grand aux yeux de Dieu que les souhaits de l’âme. Quand le cœur contient un tel désir, c'est-à-dire la volonté d'avoir un désir, Dieu trouve plus de délices à habiter en lui que nous ne pouvons goûter de joie à la vue des fleurs qui naissent au printemps.

mais à l'instant même elle sentit la bonté divine s'incliner vers elle et lui dire dans un embrassement plein d'amour : « Ma fille, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi 1. » Ces paroles lui firent comprendre que si l’homme, par suite de sa fragilité, néglige de diriger son intention vers Dieu, la tendre miséricorde du Seigneur ne laisse pas de juger toutes ses actions dignes d'une récompense éternelle, pourvu que la volonté ne se détourne pas de Dieu, et que l'on se repente fréquemment de ses fautes.



(XXV.) +++-- Il faut craindre que l'usage des sens nuise en nous à la grâce.



De même si le cœur qui renferme les délices spirituels les perd par les sens extérieurs, soit en regardant ou écoutant ce qui lui plaît, soit en suivant ses convoitises, il peut arriver qu'il laisse évaporer pour ainsi dire ces douceurs célestes et demeure tellement vide qu'il devienne incapable de trouver sa joie en Dieu. C'est ce que chacun peut expérimenter par soi-même :

Lorsqu'il plaît à l'homme de regarder quelque chose ou de dire une parole dont le profit sera nul ou presque nul, s'il suit aussitôt son mouvement naturel, c'est qu'il n'apprécie pas les divins délices : il les laisse donc s'échapper comme l'eau.

Si au contraire il résiste, pour plaire à Dieu, à l'impulsion des attraits sensibles, aussitôt les délices spirituels croissent en lui à tel point qu'il peut à peine les contenir. C'est pourquoi celui qui a appris à se vaincre en ces occasions prend l'habitude de se délecter en Dieu, et ses délices sont d'autant plus grands, qu'il les a acquises au prix d'un plus rude labeur.



Elle ressentit un jour une tristesse profonde pour une chose de peu d'importance, et pendant que le prêtre présentait l'Hostie sainte à l'adoration du peuple, elle offrit sa désolation à Dieu, en louange éternelle. Le Seigneur parut alors l'attirer à lui par cette Hostie très sainte, comme par une ouverture mystérieuse. Il la fit doucement reposer sur son sein et lui dit avec bonté : « Dans ce lieu de repos tu seras exempte de toute peine ; mais chaque fois que tu t'en éloigneras, ton cœur éprouvera aussitôt cette profonde amertume qui te servira d'antidote salutaire et te ramènera vers ton Dieu. »





(XXVI.) -- Le Seigneur la console comme une mère console son petit enfant.



Un jour qu'elle sentait ses forces épuisées, elle dit au Seigneur : « Que deviendrai-je, ô mon Dieu ? Que voulez-vous faire de moi? » Le Seigneur répondit : « Comme une mère console ses enfants, moi aussi je te consolerai. » Il ajouta : « As-tu vu quelquefois une mère consoler son petit enfant? » Elle se tut parce qu'elle n'avait pas ce souvenir présent à la mémoire. Le Seigneur lui rappela que, six mois auparavant, elle avait vu une mère caresser son petit enfant, et il lui fit remarquer trois choses qui n'avaient pas alors attiré son attention : Premièrement la mère demandait souvent à son petit enfant de l'embrasser, et ce petit être aux membres encore faibles et délicats, était obligé de faire effort pour s'élancer vers sa mère. Le Seigneur ajouta que l'âme devait aussi, avec un labeur continu et par le moyen de la contemplation s’élever à la très suave jouissance de l'objet de son amour.



En second lieu, la mère mettait à l'épreuve la volonté de l'enfant en lui disant : « Veux-tu ceci ? Veux-tu cela ? » et ne lui accordait ni une chose ni l'autre. Dieu aussi tente l'homme en lui faisant appréhender de grandes afflictions qui ne surviennent jamais. Cependant, parce que la créature s'est soumise, Dieu se montre satisfait et la juge digne d'une récompense éternelle. Troisièmement, aucune des personnes présentes, si ce n'est la mère, ne comprenait le langage de cet enfant, trop petit encore pour formuler des mots. De même Dieu seul connaît l'intention de chacun et il juge d'après cette intention, à l'inverse des hommes qui souvent ne jugent que d'après les dehors.





(XXVII) -- Estime de la patience.

le Seigneur répondit : « Je désire que tu apprennes la patience. » Comme elle se trouvait alors, non sans motif, dans un grand trouble, elle répondit : « Comment et par quel moyen pourrai-je l'apprendre ? » Le Seigneur, la prenant dans ses bras comme un bon maître prend son jeune élève, lui enseigna par trois lettres les moyens qui devaient l'aider à pratiquer la patience. A la première lettre il lui dit : « Remarque combien le roi honore de son amitié celui qui partage ses triomphes et ses humiliations. Par conséquent, ma tendresse pour toi s'accroît lorsque tu souffres pour mon amour des mépris qui ressemblent à ceux que j'ai supportés. » A la deuxième lettre : « Admire quel respect tous les sujets témoignent à celui que le roi honore de son estime spéciale et associe à ses travaux ; comprends alors quelle gloire le ciel réserve à ta patience. » A la troisième lettre : « Songe enfin à quel point l'on peut être consolé par la tendre et délicate compassion d'un ami fidèle ; et tu pourras entrevoir avec quelle suave bonté je te consolerai dans les cieux, pour les moindres pensées qui t'affligent en cette vie. »




CHAPITRE XXXI.

PROCESSION AVEC L’IMAGE DE LA CROIX.

(1)…elle comprit que le Fils de Dieu disait à son Père du haut de la croix : « Me voici, ô mon Père, revêtu de cette nature humaine que j'ai prise pour sauver la créature, et je viens, avec mon armée de fidèles, vous offrir des supplications. » Elle comprit que le Père céleste avait été aussi apaisé par ces paroles, que si on lui eût offert une satisfaction dépassant plus de cent fois tous les péchés des hommes. II lui sembla aussi que le Père éternel élevait la croix dans les airs en disant : « Hoc erit signum foederis inter me et terram : Ce sera le signe de l'alliance entre moi et la terre. » (Genèse, ix, 13.)

(2)Ne soyez donc pas surpris si je diffère en cette circonstance d'exaucer vos prières, car chaque fois que vous m'invoquez, par une courte parole ou la moindre pensée, je vous prépare dans l'éternité des biens qui surpassent infiniment la valeur de cent marcs. »


CHAPITRE XXXII.

DU FRÉQUENT DÉSIR DU BIEN. -- DES RÊVES PÉNIBLES.



(5)Elle comprit alors que si cet ennemi rusé avait compté si exactement et par le menu, les lettres et les syllabes omises dans la psalmodie, il pourrait, au moment de la mort, porter une terrible accusation contre ceux qui réciteraient habituellement les heures avec négligence et précipitation.







CHAPITRE XXXIII.

COMMENT NOTRE-SEIGNEUR EST FIDÈLE A NOUS SERVIR.

tandis que souvent mes prières restent sans effet. »



De même, moi qui suis la Sagesse insondable, si je n'exauce pas ta prière dans le sens désiré, c’est que j'en dispose d'une manière plus utile, sans égard à la fragilité humaine qui t'empêche souvent de discerner ce qui est le meilleur. »
 



CHAPITRE XXXIV.

DU PROFIT QUE LES HOMMES PEUVENT RETIRER DE L’OFFRANDE FAITE PAR LE SEIGNEUR ET LES SAINTS.



(1)Celle-ci devait, un matin, recevoir le corps du Christ et gémissait de se trouver si peu préparée. Elle pria la sainte Vierge et tous les saints d'offrir pour elle au Seigneur les ferventes dispositions qu'ils apportaient durant leur vie à la réception de la grâce. De plus, elle supplia Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même d'offrir cette perfection dont il était revêtu au jour de son Ascension lorsqu'il se présenta à Dieu le Père pour être glorifié.

(3)Elle reçut cette réponse : « Je leur donne la grâce réclamée, mais elles garderont la liberté de s'en servir à leur gré. »



CHAPITRE XXXV.

EFFETS PRODUITS PAR LA SAINTE COMMUNION



à l’heure de la mort et après la réception du corps du Christ, tous les actes accomplis dans une intention pure seront-ils méritoires! Souffrir avec patience, manger ou boire, tout cela mettra le comble aux mérites éternels de l'âme, en vertu de cette union incomparable contractée avec Dieu dans le Sacrement de vie.




CHAPITRE XXXVI.

DES AVANTAGES DE LA COMMUNION FRÉQUENTE,



Seigneur répondit : « Chez les anciens, tu sais que le second consulat honorait un homme plus que le premier ; comment alors l'âme plus souvent unie à moi sur la terre n'obtiendrait-elle pas au ciel une gloire supérieure? » Elle se prit à soupirer : « Ah! dit-elle, les prêtres jouiront d’une gloire bien plus grande que la nôtre, eux qui, en raison de leur ministère, communient tous les jours ! - Certainement, reprit le Seigneur, une gloire éclatante est réservée à ceux qui me reçoivent dignement. Mais il ne faut pas confondre l'amour d'une âme qui communie avec la gloire dont est revêtu celui qui célèbre les mystères. Aussi les récompenses sont diverses : autre pour le cœur brûlant d'amour et de désirs ; autre pour celui qui me reçoit avec crainte et révérence; autre encore pour ceux qu'une longue et fervente préparation dispose à se nourrir de ma chair sacrée; mais aucune de ces trois n'est réservée au prêtre qui célébrerait les divins mystères avec froideur et par routine.





CHAPITRE XXXVII.

COMMENT LE SEIGNEUR CORRIGE LES FAUTES DE L’ÂME AIMANTE.



C'est pourquoi je vous prie, ô le meilleur des maîtres, de m’enseigner à effacer sans retard les souillures que j'aurai contractées. - Ne souffre pas, répondit le Seigneur, qu'elles demeurent un instant sur ton âme ; mais dès que ta auras commis une imperfection, invoque-moi par ce verset : Miserere mei Deus ou cette prière : O Christ Jésus, ô mon unique salut, donnez-moi, par votre mort très salutaire, le pardon de tous mes péchés.

(2)Celle-ci expérimenta alors la vérité de cette parole : que tout ce qui a été perdu spirituellement peut se recouvrer par une digne réception du corps du Christ





CHAPITRE  XXXVIII.

DE L’EFFET DU REGARD DIVIN.



(2)…elle comprit le triple effet qu’à l'instar des rayons du soleil 1e regard divin peut opérer dans une âme, et 1e triple moyen de se préparer à le recevoir :
-
Premièrement, le regard divin purifie l'âme, lui enlève toute tache et la rend plus blanche que la neige ; c'est l’humble connaissance des défauts qui produit ce résultat.
-
Secondement, Ie regard de la divine Bonté assouplit l’âme et la dispose à recevoir les dons spirituels, à la façon de la cire qui s’amollit sous les rayons du soleil et devient propre à recevoir une empreinte : cet effet s'obtient par une parfaite bonne volonté.
-
Troisièmement, le regard le Dieu féconde l'âme, qui produit alors les fleurs des vertus, comme 1a terre nous donne ses fruits variés et savoureux, lorsqu'elle a été réchauffée par les rayons vivifiants de l'astre du jour : on atteint ce but par un abandon complet à la miséricorde du Seigneur, une foi très ferme en la bonté divine qui fait tout concourir à notre bien, l'adversité comme la prospérité.





CHAPITRE XXXIX.

COMBIEN EST UTILE LE SOUVENIR DE LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST.



(1)En considérant un jour sa propre indignité, celle-ci perdit si bien confiance en ses propres mérites, qu'elle s'arrêta dans sa voie spirituelle vers Dieu. Alors le Seigneur s'inclina vers elle dans sa bonté miséricordieuse et lui dit : « D'après l'étiquette qui règle les devoirs des époux, il convient que le roi se hâte d'aller rendre visite à la reine dans les stations où elle se repose. » Par ces paroles, elle comprit que Dieu se regarde comme obligé envers l'âme qui médite avec amour sa douloureuse Passion, comme le roi qui a des devoirs à remplir à l'égard de la reine en vertu du mariage qui les unit.





CHAPITRE XL.

COMMENT LE FILS DE DIEU APAISE SON PÈRE.



pour leur profit spirituel…

lui dit : « Les hommes trouveront un grand avantage à se souvenir que moi, le Fils de la Vierge, je me tiens sans cesse devant Dieu le Père afin de plaider la cause du genre humain. S'ils viennent à souiller leur cœur par suite de la fragilité humaine, j'offre mon Cœur sacré en réparation à Dieu le Père. S'ils pèchent par la bouche, j'offre ma bouche très innocente. S'ils offensent Dieu par leurs œuvres, je présente mes mains transpercées pour eux. Ainsi, quelle que soit leur faute, toujours par mon innocence j'apaise le Père tout-puissant afin que les cœurs touchés de repentir obtiennent facilement miséricorde. Aussi je voudrais que les âmes, après avoir reçu si aisément le pardon désiré, m'en rendissent de vives actions de grâces.




CHAPITRE XLI.

D'UN REGARD PIEUX PORTÉ SUR LE CRUCIFIX.



(1)Reconnaissons ici l'amour de Dieu pour les hommes: aussitôt que l'âme négligente a formulé une seule pensée de regret, il offre satisfaction pour elle à Dieu le Père, et, avec une plénitude que nous ne pouvons comprendre, il répare tous ses manquements. Aussi est-ce à bon droit que les hommes bénissent cette infinie miséricorde.

(2)Une autre fois comme elle contemplait avec dévotion l'image du Christ en croix, elle comprit que l'âme, en regardant avec amour le Seigneur crucifié, mérite que Dieu tourne ses yeux vers elle avec une grande bonté. Sous l'influence de ce regard, elle devient comparable à un brillant miroir; par un effet de l'amour divin elle reflète l'image admirable qu'elle a contemple, cette vue réjouit grandement la cour céleste. De plus, chaque fois qu'une personne accomplit cet acte avec amour et respect, elle en recueille pour le ciel une gloire éternelle.



(3) « Voici que par amour pour toi j'ai été attaché à la croix, nu et méprisé, après avoir supporté une dure flagellation et la dislocation de mes membres. Mon cœur est tellement épris d'amour, que si cela était indispensable pour ton salut, je voudrais supporter pour toi seul les inexprimables douleurs que j'ai souffertes pour le monde entier. » Que de telles pensées excitent les cœurs à la reconnaissance, car il n'arrive jamais sans une grâce de Dieu qu'un crucifix se présente à nos regards. La contemplation du signe auguste de notre salut apporte toujours un grand profit ; aussi, bien coupable serait le chrétien ingrat s'il négligeait de vénérer Celui qui s'est offert comme le prix inestimable de son rachat.

(4)Une autre fois, elle avait l'esprit occupé de la Passion du Seigneur et elle comprit que les prières ou méditations ayant trait à ce mystère rapportent beaucoup plus de fruits que les autres exercices. En effet, s'il est impossible de toucher la farine sans en garder quelque trace, ainsi l'âme ne peut méditer la Passion du Seigneur, même avec très peu de dévotion, sans en retirer un certain profit. Et même si une personne se contente de lire quelque chose ayant trait à la Passion, elle procure au moins à son âme une aptitude à recevoir le fruit de cette même Passion. Car l'intention d'une personne qui pense souvent à la Passion du Christ est plus fructueuse que les plus nombreuses intentions d'une autre qui ne s'en occupe jamais. Efforçons-nous donc d'entretenir dans notre esprit ce souvenir sacré, afin qu'il nous devienne un rayon de miel à la bouche, une mélodie à l'oreille, une allégresse au cœur.




CHAPITRE XLII.

DU FAISCEAU OU BOUQUET DL MYRRHE.



(I)1l lui enseignait en ce moment que l'homme doit envelopper dans la très sainte Passion du Seigneur toutes ses peines et ses adversités, comme on introduirait une petite branche de fleurs au milieu d'un faisceau de myrrhe : si le nombre et l'intensité de ses maux le portent à l'impatience, il doit se rappeler la douceur admirable du Fils de Dieu qui, semblable à un doux agneau, se laissa prendre et immoler pour notre salut sans proférer une seule plainte. Si l'homme trouve l'occasion de se venger du mal qu'on lui a fait, qu'il se souvienne avec quelle douceur le Dieu très aimant ne rendit jamais le mal pour le mal, et ne se vengea par aucune parole. Au contraire, en retour des maux qu'il a endurés, il racheta par ses souffrances et par sa mort ceux qui l'avaient persécuté jusqu'à le faire mourir. Enfin, si l'homme ressent de la haine contre ses ennemis, qu'il se souvienne de l'excessive mansuétude avec laquelle le très aimant Fils de Dieu, au milieu même des douleurs indicibles de sa Passion et des angoisses de sa mort a prié pour ceux qui le crucifiaient, disant : « Pater, ignosce illis, etc. Père, pardonnez leur ». S'unissant à cet amour, qu'il prie à son tour pour ses ennemis.

(2)Le Seigneur ajouta : « Si quelqu'un enveloppe et cache pour ainsi dire toutes ses peines dans le faisceau de myrrhe de mes douleurs, et se fortifie par les exemples de ma Passion en cherchant à les imiter, c'est celui-là qui vraiment inter ubera mea commorabitur. Je lui donnerai par un amour spécial, pour augmenter ses richesses, tout ce que j'ai mérité par ma patience et par mes autres vertus. »

(3) cependant ceux qui vénèrent mon image sans imiter les exemples de ma Passion

(3)De même tous les témoignages d'amour, d'honneur et de respect rendus à l'image de ma croix, ne peuvent me donner une satisfaction complète, si l'on ne cherche en même temps à imiter les exemples de ma Passion. »






CHAPITRE XLIII.

D'UNE IMAGE DU CRUCIFIX.



J'avoue de plus qu'il m'est très agréable de voir l'image de mon supplice entourée d'amour et de respect. Un roi qui ne peut demeurer toujours auprès de son épouse tendrement chérie, laisse parfois en sa place celui de ses parents qu'il aime le plus. Cependant il tient pour fait à lui-même l'amitié et la tendresse que son épouse peut témoigner à cet ami parce qu'il sait qu'elle n'agit point par une affection illicite pour un étranger, mais bien par un chaste amour pour son époux. De même je trouve mes délices dans les honneurs rendus à ma croix, parce qu'ils sont une preuve d'amour pour moi. Toutefois il ne faut pas se contenter de posséder une croix : cette croix doit rendre plus vif le souvenir de l'amour et de la fidélité qui m'ont fait supporter les amertumes de ma Passion ; car il ne faut pas songer plus à la satisfaction d'un attrait personnel qu'à l'imitation des exemples de ma Passion.





CHAPITRE XLIV.

COMMENT LA SUAVITÉ DIVINE ATTIRE L’ÂME.



(1) Le Seigneur répondit : « Qui donc, à moins d'être insensé, ignore que la douceur infiniment puissante de ma divinité surpasse d'une manière incompréhensible toute délectation humaine et charnelle ? Toutes les consolations terrestres auprès des consolations célestes sont comme une goutte de rosée comparée à l'immense étendue des mers. Les hommes se laissent tellement entraîner par l'attrait des plaisirs sensibles, qu'ils mettent parfois en péril non seulement la santé de leur corps, mais aussi le salut éternel de leur âme. A plus forte raison, un cœur tout pénétré de la suavité divine se trouve dans l'impossibilité de réprimer la ferveur d'un amour qu'il sait devoir lui procurer une félicité éternelle. »



(2)De même, il serait déplorable qu'une âme appelée gratuitement aux délices de la contemplation voulût s'y soustraire pour suivre en toute sa rigueur la règle de son Ordre. Je suis le créateur et le réformateur de l'univers et je me complais infiniment plus dans une âme aimante que dans n'importe quel exercice ou travail corporel qui peut être accompli parfois sans amour ni pureté d'intention. » Le Seigneur ajouta encore : « Si quelqu'un n'est pas en toute certitude attiré par mon Esprit au repos de la contemplation, et que dans l'effort qu'il fait pour y atteindre il néglige la règle, il ressemble au serviteur qui veut s'asseoir à la table du roi, tandis qu'il n'est appelé qu'à se tenir debout, prêt à accomplir ses ordres. Et comme un chambellan qui s'assied à la table du maître sans y être invité, ne reçoit aucun honneur, mais s'attire le mépris ; de même celui qui néglige la règle de son Ordre, et veut arriver par son propre effort à la contemplation divine (faveur que nul le petit obtenir sans grâce spéciale), celui-là trouve plus de détriment que de profit ; car d'un côté il ne fait aucun progrès dans la contemplation, et de l'autre il accomplit son devoir avec tiédeur.









CHAPITRE XLV.

COMMENT LE SEIGNEUR ACCEPTA UN HOMMAGE RENDU AU CRUCIFIX.



(1)Un vendredi, après avoir passé toute la nuit en prières et en désirs ardents,

Le Seigneur lui répondit : « Cette marque d'amour m'a été si agréable, que j'ai répandu sur les blessures de tes péchés le baume précieux de ma divinité ; les saints puiseront des délices éternelles à la vue de ces blessures; sources d'une liqueur de si grand prix. - Mon Seigneur, reprit-elle, accorderiez-vous la même faveur à tous ceux qui vous honoreraient de cette manière? - Non pas à tous, dit le Seigneur, mais seulement à ceux qui le feraient avec le même amour ; cependant la récompense serait encore large pour des âmes dont la dévotion et la ferveur n'égaleraient pas la tienne. »

Mon amour incessant
Eternise sa langueur ;
Ton amour ravissant
M'offre la plus douce saveur. »

(2)Lorsqu'il eut fini : « Maintenant, dit-il, au lieu du Kyrie eleison qui se chante après chaque strophe, demande-moi les grâces que tu désires. » Elle exposa alors ses désirs au Seigneur et fut pleinement exaucée. Ensuite le Seigneur Jésus chanta de nouveau la même strophe, invita encore son épouse à prier, et ils redirent plusieurs fois ces mêmes paroles alternativement, en sorte que le Seigneur ne lui permit pas de dormir, jusqu'à ce que, ses forces étant presque épuisées, il devint nécessaire de les réparer. Elle se livra donc un moment au sommeil jusqu'au lever du jour. Pendant ce temps le Seigneur Jésus, qui ne s'éloigne jamais de ceux qui l'aiment, lui apparut en songe et la réchauffa doucement sur son sein. I1 semblait préparer dans la blessure de son sacré côté un mets délicieux, et de sa propre main le porter par bouchées aux lèvres de son épouse afin de renouveler sa vigueur. Aussi s'éveilla-t-elle complètement reposée. Elle se sentit donc en possession de ses forces, et rendit au Seigneur de dévotes actions de grâces.

CHAPITRE XLVI.

DES SEPT HEURES DE L'OFFICE DE LA BIENHEUREUSE VIERGE

(1)Tandis qu'elle veillait une nuit pour méditer sur la Passion du Seigneur,

Ah ! Mon Seigneur, puisque vous voyez que la faiblesse de ma nature réclame impérieusement le repos, dites-moi quel hommage ou quel tribut d'honneur je puis offrir à votre bienheureuse Mère, en compensation des heures que j'aurais dû réciter à sa louange. ==

Loue-moi, répondit le Seigneur, par la douce harmonie de mon Cœur, pour l'innocence de sa virginité parfaite : Vierge elle m'a conçu, Vierge elle m'a enfanté, Vierge elle est demeurée après l'enfantement. Elle m'a imité moi, l'innocence même, qui me suis laissé arrêter à l'heure de Matines pour la rédemption du monde, et fus ensuite lié, souffleté, frappé sans pitié, accablé d'outrages et d'opprobres. »

Celle-ci dit alors à la Vierge-Mère : « Je vous loue et vous salue, Mère de toute félicité, très digne sanctuaire du Saint-Esprit, par le très doux Cœur de Jésus-Christ, Fils de Dieu le Père et votre très aimant Fils. Je vous prie de nous aider dans tous nos besoins et à l'heure de notre mort, ainsi soit-il 1. » Elle comprit que si quelqu'un louait le Seigneur comme il vient d'être dit en ajoutant le verset : « Je vous loue et je vous salue, Mère de toute félicité, » etc., pour glorifier la bienheureuse Vierge, il semblerait présenter chaque fois à la Mère de Dieu le Cœur de son très aimant Fils, et la faire boire à cette coupe divine. La royale Vierge accepterait volontiers cette offrande et la récompenserait selon toute la libéralité de sa maternelle tendresse.



(2)Le Seigneur ajouta : « Loue-moi à l'heure de Prime par mon Cœur très doux pour cette tranquille humilité par laquelle la Vierge sans tache se disposait à me recevoir comme Fils : elle pratiquait l'humilité que j'ai montrée pour la rédemption du genre humain lorsque, moi, le juge des vivants et des morts, j'ai daigné comparaître devant un païen pour entendre mon jugement. »



(3)« A l'heure de Tierce, loue-moi pour ce désir fervent par lequel ma Mère m'attira du sein de Dieu le Père en son sein virginal : elle imitait ainsi l'ardent désir que j'éprouvais du salut du monde, lorsque, déchiré de coups et couronné d'épines, j'ai daigné, à la troisième heure, porter avec patience et douceur sur mes épaules fatiguées et sanglantes cette croix ignominieuse. »



(4)« A l'heure de Sexte, loue-moi pour cette très ferme espérance par laquelle la Vierge céleste désirait sans cesse ma gloire avec une parfaite bonne volonté et une intention toujours pure : elle m'imitait lorsque, suspendu à l'arbre de la croix, je désirais de toutes mes forces le salut du genre humain, au milieu des amertumes et des angoisses de la mort. Cet ardent désir me forçait à crier : J'ai soif ! J'avais en effet soif du salut des hommes à tel point que j'aurais souffert des tourments plus amers et plus durs encore : car j'étais prêt à porter volontiers toute douleur pour racheter les hommes. »



(5)« A l'heure de None, loue-moi pour l'amour réciproque de mon Cœur divin et de la Vierge sans tache, amour qui a uni inséparablement l'excellence de la divinité à la faiblesse de l'humanité dans le sein de la Vierge. Ma Mère m'a imité, moi la vie des vivants, lorsque je mourus sur la croix d'une mort très amère à l'heure de None, à cause de mon amour infini pour le salut des hommes. »



(6)« A l'heure de Vêpres, loue-moi pour cette foi inébranlable que la bienheureuse Vierge a seule montrée au moment de ma mort. Les apôtres s'éloignaient, tous désespéraient, elle demeura ferme et constante dans la foi : elle imitait la fidélité que j'ai montrée lorsque, ayant été descendu de la croix, après ma mort, j'allai chercher l'homme jusqu'au fond des enfers, d’où je l'arrachai par la très puissante main de ma miséricorde pour l'élever aux joies ut paradis. »



(7)A l'heure de Complies, loue-moi pour cette persévérance admirable avec laquelle ma très douce Mère a gardé la constance dans le bien et la vertu jusqu'à la fin de sa vie : elle a imité la perfection avec laquelle j'ai accompli l’œuvre de la Rédemption, car après avoir obtenu par une mort cruelle le complet rachat de l'homme , j'ai néanmoins voulu que mon corps incorruptible fût enseveli « suivant la Coutume 2 », afin de montrer qu'il n'était rien de vil et de méprisable que je n'acceptasse pour le salut de l'homme. »





CHAPITRE XLVII

MANIFESTATION DE L'AMITIÉ DU SEIGNEUR.



(1)Les relations avec les créatures lui étaient fort à charge, parce que l'âme qui aime vraiment Dieu ne rencontre en dehors de lui qu'ennui et souffrance.

« O mon Seigneur, je ne trouve qu'amertume dans les créatures, je ne veux plus avoir d'entretien et de commerce qu'avec vous. Souffrez que je me détourne d'elles pour m'occuper de vous, ô mon unique bien, ô joie souveraine de mon cœur et de mon âme. » Ensuite, baisant cinq fois les cinq plaies vermeilles du Seigneur, elle disait autant de fois ce verset : « Je vous salue, ô Jésus, Époux plein de charmes : je vous embrasse avec les délices de votre divinité, avec l'amour de tout l'univers, et je dépose mon ardent baiser sur la plaie de votre amour. »



(2)Seigneur répondit : « Chaque fois que tu te tourneras vers moi de cette manière, tu seras à mes yeux comme un ami qui offre à son ami l'hospitalité pour un jour, et s'efforce de lui témoigner toutes sortes d'amitiés par ses actes et ses paroles, car il veut lui prouver sa joie par ses attentions et ses délicatesses

ainsi mon Cœur pense avec amour aux récompenses que je te prépare dans la vie éternelle pour les tendresses que tu m'auras témoignées sur la terre : je te les rendrai au centuple selon la royale libéralité de ma toute-puissance, de ma sagesse et de ma bonté. »



CHAPITRE XLVIII.

DE L'EFFET DE LA COMPONCTION.



(4)De même, plus la diversité avec laquelle je communique mes dons est grande, plus je manifeste clairement la profondeur insondable de ma sagesse. Cette divine Sagesse répond à chacun selon la portée de son intelligence ; elle révèle ce qu'elle veut révéler d'après la capacité et le sens dont j'ai doué chaque âme. Je parle aux simples par des images et des comparaisons sensibles, et je propose à ceux dont l'intelligence surnaturelle est vigoureuse, des images plus mystérieuses et des symboles plus obscurs. »



CHAPITRE XLIX

PRIÈRE QUI FUT AGRÉABLE AU SEIGNEUR



(1) je vous prie de m'enseigner une courte prière que vous recevriez avec la même bonté de la part de tous ceux qui vous l'adresseraient. » L'inspiration divine lui fit alors connaître que si pour honorer les plaies du Seigneur et en baisant ces mêmes plaies, on récitait cinq fois avec dévotion les trois versets qui vont suivre :
1° « Jésus, Sauveur du monde, exaucez-nous, vous à qui rien n'est impossible, si ce n'est de n'avoir pas pitié des misérables » ;
2° « Vous qui par votre croix avez racheté le monde, O Christ, écoutez-nous » ;
3° « Je vous salue, Jésus, Époux plein de charmes; je vous embrasse avec les délices de votre propre divinité, avec l'affection du monde entier, et je dépose mon ardent baiser sur la plaie de votre amour »;

« Le Seigneur est ma force et ma gloire, et il est devenu mon salut, etc. », (Ps. cxvii, 14)
on verrait le Seigneur recevoir cet hommage
avec autant de complaisance que de très longues prières, pourvu qu'il fût offert par le très doux Cœur de Jésus organe de la sainte Trinité.





CHAPITRE L.

DES DÉLICES SENSIBLES QUE LE SEIGNEUR PRENAIT DANS CETTE ÂME.



(2)Pour moi, vouloir et pouvoir sont une même chose ; c'est pourquoi je ne puis que ce que je veux. »



L'espérance par laquelle tu aspires sans cesse vers moi, exhale aussi un parfum délicieux que je respire avec joie.



3Elle désira ensuite recouvrer au plus tôt la santé nécessaire pour suivre avec ferveur l'observance de l'Ordre. Le Seigneur lui répondit avec bonté: « Mon épouse voudrait-elle m'importuner en s'opposant à ma volonté ? »

A ces mots elle comprit qu'il est bien de désirer la santé uniquement pour servir Dieu; mais qu'il est beaucoup plus parfait de s'abandonner entièrement à sa divine volonté, persuadé que, par l'adversité ou la prospérité, Dieu prépare à chacun ce qui lui est le plus salutaire.





CHAPITRE LI.

DES BATTEMENTS DU COEUR DU SEIGNEUR JÉSUS



(Son attitude vis-à-vis des pécheurs)

Le Seigneur lui dit : « Chacun de ces battements opère le salut des hommes en trois manières : le premier opère le salut des pécheurs, Le second celui des justes.
« Par le premier battement d'amour, j'invoque sans cesse Dieu le Père, je l'apaise et l’incline à la miséricorde. Ensuite
je parle à tous mes saints, et après avoir plaidé devant eux la cause des pécheurs avec le zèle et la fidélité d'un frère, je les excite à prier pour ces pauvres âmes. En troisième lieu je m'adresse au pécheur lui-même, je l'appelle miséricordieusement à la pénitence, attendant ensuite sa conversion avec un désir ineffable.

« Par le second battement, j'invite d'abord Dieu le Père à se réjouir avec moi de ce que j'ai si utilement répandu mon sang pour la rédemption des élus, puisque je prends maintenant mes délices dans leurs âmes. En second lieu, j'excite la milice céleste à célébrer par des louanges la vie si sainte des justes et à me remercier, tant pour les bienfaits dont je les ai gratifiés que pour ceux dont je les gratifierai encore. Enfin je m'adresse aux justes eux-mêmes, je leur donne des preuves très douces de mon amour, et je les excite avec une invincible persévérance à progresser de jour en jour et d'heure en heure. Et comme le battement du cœur humain n'est interrompu ni par l'action de la vue ou de l'ouïe, ni par le travail des mains, de même le gouvernement du ciel, de la terre et de l'univers entier ne pourra jusqu'à la fin du monde ni suspendre pour un instant, ni ralentir, ni empêcher ce doux battement de mon Cour divin. »





CHAPITRE LII.

COMMENT ON PEUT OFFRIR AU SEIGNEUR SES INSOMNIES.



(1)…elle offrit sa souffrance à Dieu comme une éternelle louange, pour le salut du monde. Le Seigneur, compatissant avec bonté à sa peine, lui apprit à l'invoquer en ces termes : « Par la très tranquille douceur avec laquelle vous reposez de toute éternité dans le sein du Père; par le très agréable séjour que vous avez daigné faire pendant neuf mois dans le sein de la Vierge; par les joies que vous goûtez en prenant vos délices dans une âme aimante, je vous prie, ô Dieu plein de miséricorde, de daigner, non pour ma satisfaction, mais pour votre éternelle louange, m'accorder un peu de repos afin que mes membres fatigués retrouvent l'usage de leur force. »

(2)Ils disent, reprit le Seigneur, que si l'on se trouve épuisé par les veilles et privé de forces, ou peut m'adresser la prière que je viens de t'inspirer, afin de retrouver la vigueur nécessaire pour chanter mes louanges. Si je n'exauce pas cette personne et qu'elle supporte sa faiblesse avec patience et humilité, ma Bonté divine l’accueillera avec d'autant plus de joie.

. De même celui qui m'offre patiemment son infirmité, quoique la maladie et les veilles aient épuisé ses forces, m'est beaucoup plus agréable qu'un autre auquel sa bonne santé permet de passer la nuit entière en oraison, sans en ressentir de fatigue.




CHAPITRE LIII.

DE L'AMOUREUSE CONFIANCE DANS LA VOLONTÉ DIVINE.

(2)Ce trait nous apprend que l'âme fidèle doit se confier tellement à la divine Providence, qu'il lui soit doux d'ignorer en tout les desseins de Dieu sur elle, afin d'accomplir plus parfaitement la volonté divine.



Cependant, plus le chrétien communie souvent, plus s'élève le degré de béatitude qui lui est réservé.





CHAPITRE LIV.

DE. LA DELECTATION QUE L'ÂME GOÛTE EN DIEU.



(2)Mets ta joie dans le Seigneur, et il t’accordera ce que ton cœur désire. » (Ps. xxxvi, 4.) Elle comprit que si, pour plaire à Dieu, nous cherchons quelque délassement dans des choses qui ne lui sont pas étrangères, le Seigneur trouve ses délices dans notre Cœur, comme un père de famille prend plaisir aux accords joyeux du ménestrel qui divertit ses convives, tout en goûtant lui-même les agréables chansons. Et c'est là cette  « demande du Cœur » exaucée en faveur de celui qui, en vue de Dieu, se délasse innocemment dans les choses extérieures. Il est tout naturel à l'homme de désirer que Dieu trouve en lui ses délices.

(3)…et moi qui ai résolu de trouver mes délices dans ton âme, je permettrais encore bien moins la perte d'une simple pensée ou même d'un mouvement du petit doigt accompli pour mon amour : je le ferai servir au contraire à ma gloire et à ton salut éternel. »







CHAPITRE LV.

DE LA LANGUEUR D'AMOUR

(1)Le Seigneur reprit : « Celui qui s'offre volontiers à souffrir pour mon amour, peut se glorifier, et proclamer en se glorifiant, qu'il languit d'amour pour moi, pourvu que durant l'épreuve il garde la patience et dirige vers moi l'attention de son âme. »



(2)Dans les peines extérieures et intérieures, tu t'abandonneras donc à moi en toute confiance ; je veille sur toi avec fidélité et je prends soin de ne t'imposer aucun fardeau insupportable, car je connais la faible mesure de ta patience.

Tu comprendras ma bonté en constatant qu'après ta première maladie tu étais beaucoup plus faible que tu ne l'es maintenant après la septième : c'est ainsi que la toute-puissance divine réalise ce qui semble impossible à la raison humaine. »





CHAPITRE LVI.

QU'IL LUI EST INDIFFÉRENT DE VIVRE OU DE MOURIR .



De même l'âme fidèle dont la joie suprême est d'accomplir ma volonté se délecte dans cette volonté comme dans un parterre de roses, et accepte également que je lui rende la santé ou que je la retire de cette vie, car elle s'abandonne à ma bonté paternelle dans une confiance absolue. »





CHAPITRE LVII.

HAINE DU DIABLE A PROPOS D'UNE GRAPPE DE RAISIN.

: « Je suis dédommagé, dit-il, de l'amertume dont je fus abreuvé sur la croix pour ton amour car je goûte à présent dans ton cœur une douceur ineffable.





CHAPITRE LVIII.

A QUOI PEUVENT SERVIR NOS DËFAUTS.



(1)Chaque fois qu'une âme s'efforce de vaincre ses mauvais penchants pour mon amour, elle me témoigne autant d'honneur et de fidélité qu'un soldat en montre à son capitaine lorsque, dans un combat, il résiste vigoureusement aux ennemis afin de les vaincre et de les abattre par sa valeur et par la force de son bras.»



(2)Le Seigneur répondit : « Je trouve plus de joie à recevoir ton faible cœur, offert avec tant d'amour, que je n’en n'aurais eu à recevoir un cœur plein de vaillance et de force.





CHAPITRE LIX.

LE SEIGNEUR NE DEMANDE QU'UN SERVICE PROPORTIONNÉ  A NOS FORCES. (MALADIE)



(1)….l’âme tout abattue

(2)…elle demanda au Seigneur ce qu'il préférait pour sa gloire, et il répondit-il : « Lorsque tu accomplis avec difficulté quelque chose qui dépasse tes forces, je l'accepte comme si c’était indispensable à mon honneur ; mais lorsque tu remplaces ces efforts par certains ménagements et que tu diriges vers moi ton intention, j'accepte ces ménagements comme si, étant infirme moi-même, je ne pouvais me dispenser de les prendre. Je récompenserai donc les deux manières d'agir, pour la gloire de ma divine magnificence»





CHAPITRE LX.

RENOUVELLEMENT MYSTIQUE DES SACREMENTS.



Un jour, en examinant sa conscience, elle y trouva une faute dont elle aurait voulu se décharger. Mais, dans l'impossibilité de trouver un confesseur, elle se réfugia, comme de coutume, auprès de son unique consolateur le Seigneur Jésus-Christ, et tout en gémissant lui exposa son embarras. Le Seigneur lui répondit: « Pourquoi te troubler, ô ma Bien-Aimée? Chaque fois que tu le désireras, moi qui suis le souverain prêtre et le vrai pontife, je serai à ta disposition pour renouveler en ton âme, par une seule opération, les sept sacrements. J'agirai alors avec plus d'efficacité que jamais prêtre ni pontife ne le pourrait en les administrant l'un après l'autre : je te baptiserai dans mon sang précieux ; je te confirmerai dans la puissance de ma victoire ; je t'épouserai dans la foi de mon amour ; je te consacrerai dans la perfection de ma vie très sainte ; je briserai les liens de tes péchés dans ma bonté miséricordieuse. Dans l'excès de ma charité, je te nourrirai de moi-même, et je me rassasierai à mon tour en jouissant de toi. Par la suavité de mon Esprit, je te pénétrerai intérieurement d'une onction si efficace, que la douceur de la dévotion paraîtra découler de tous tes sens et de toutes tes actions. Tu seras ainsi de plus en plus sanctifiée et adaptée aux jouissances de la vie éternelle. »



CHAPITRE. LXI.

MÉRITE D'UNE CONDESCENDANTE CHARITÉ.

(1)Dieu lui fit connaître qu'elle avait mérité ces parures, en recommençant avec cette jeune sœur la partie de l'office déjà récitée. Cette parure portait autant de pierres précieuses qu’elle avait, dans sa humble charité, répété de paroles.



(2)Elle reprit : « Comment puis-je être consolée de ce que la charité dissimule mes fautes, puisque je m'en vois encore toute souillée ? » Le Seigneur répondit: « La charité ne couvre pas seulement les péchés, mais, semblable à un soleil brûlant, elle consume en elle-même et anéantit  toutes les fautes vénielles : de plus, elle comble l'âme de mérites.»





CHAPITRE LXIII.

FIDÉLITÉ DU SEIGNEUR ENVERS L'ÂME.





(1)La mère qui chérit tendrement son petit enfant veut toujours l'avoir près d'elle.



(1)Moi aussi, je désire toujours t'avoir à mon coté, c'est pourquoi je permets que tes amis te causent de la peine : tu ne rencontres alors la complète fidélité dans aucune créature, et c'est avec plus d'ardeur que tu accours vers moi, certaine de trouver dans mon Cœur une fidélité parfaite »

(2)Une tendre mère cherche à adoucir par ses baisers les chagrins de son petit enfant; ainsi je veux par de douces paroles d'amour calmer tes peines et tes chagrins. »

(3)Elle se souvint alors de certaines personnes accablées d'épreuves et dit au Seigneur : « O Père miséricordieux, quelles plus belles récompenses et quelles parures plus précieuses ces personnes ne devraient-elles pas recevoir de votre libéralité, elles qui supportent des peines si lourdes sans être soulagées par les consolations que, bien indigne, hélas ! je reçois si souvent ! Cependant je ne souffre pas avec assez de patience les diverses contrariétés de la vie. » Le Seigneur répondit : « En ceci comme en toute autre circonstance, je montre la délicatesse de mon cœur pour toi : une mère qui chérit son petit enfant voudrait bien le revêtir d'étoffes d'or et d'argent ; mais comme il n'en pourrait supporter le poids, elle lui prépare une parure de fleurs légères qui ne le chargent pas et servent cependant à relever ses charmes. De même, j'adoucis tes peines pour que tu ne succombes pas sous leur poids, et je ne te prive cependant pas du mérite de la patience. »



(4)de là elle apprit que cette grâce de louer Dieu au milieu des afflictions suppléait au poids des douleurs, dans la proportion où un vase d'or pur l'emporterait en valeur sur un vase d'argent simplement doré à l'extérieur.





CHAPITRE LXIV.

DU FRUIT DE LA BONNE VOLONTÉ.



(1)Elle comprit à ces paroles que l'offrande d'une parfaite bonne volonté, malgré les peines entrevues, est pour le Seigneur comme un doux onguent qu'on eût appliqué sur ses plaies au temps de la Passion.

(3)Moi aussi je prends plaisir à proposer à mes élus plusieurs difficultés qui ne se présenteront jamais, afin d'éprouver leur fidélité et leur amour. Je les récompense alors pour une infinité de mérites qu'ils n'auraient jamais pu acquérir, parce que je considère comme accomplis les désirs de leur bonne volonté.

(3)En effet, toutes les œuvres que tu as accomplies autrefois pour te préparer à la mort ne cessent, par la vertu de ma coopération divine, de croître, de fleurir et de produire pour toi les fruits du salut dans l'inaltérable printemps de mon éternité. »





CHAPITRE LXV.

COMMENT PEUVENT SERVIR LES PRIÈRES DU PROCHAIN.



Le Seigneur répondit : « Lorsqu'on me fait, par charité, une offrande en faveur des âmes du purgatoire, je la leur applique aussitôt en leur donnant la rémission des fautes, le soulagement dans les peines et l'augmentation de la béatitude, selon l'état ou le mérite de chacune. J'ai pitié de la pauvreté de ces âmes, car je sais qu'elles ne peuvent s'aider en rien, et ma bonté m'incline toujours à la miséricorde et au pardon. Toutefois, lorsqu'on me fait de semblables offrandes pour les vivants, je les garde en vérité pour leur salut; mais comme ils peuvent eux-mêmes augmenter leurs mérites par des œuvres de justice, par leur désir et leur bonne volonté, il convient qu'ils gagnent aussi par leurs propres efforts ce qu'ils souhaitent obtenir par les mérites d'autrui.



(se revêtir des bienfaits de sainte Gertrude)

« C'est pourquoi, si la personne pour laquelle tu pries désire se parer des bienfaits que je t'ai conférés, elle doit s'appliquer spirituellement à trois choses :
que par l'humilité et la reconnaissance, elle s’incline pour recevoir cette robe, c'est-à-dire qu'elle confesse avoir besoin des mérites des autres, et me rende grâces, le cœur plein d'amour, d'avoir suppléé à son indigence par l'abondance d'autrui.
Qu'elle prenne cette robe avec l'espérance certaine de recevoir par ce moyen un grand profit pour le bien de son âme.
3° Qu'elle revête enfin cette robe en s'exerçant à pratiquer la charité et les autres vertus.
Celui qui désire participer aux grâces et aux mérites de son prochain peut agir de même, et il en retirera un grand profit. »








CHAPITRE LXVI.

D’UNE PRIÈRE COMPOSÉE PAR ELLE ET APPROUVÉE PAR LE SEIGNEUR.



(1)Le Seigneur lui montra qu'il tenait en mains un collier d'or composé de quatre rangs. Comme elle cherchait la signification de ces quatre parties du collier, l'inspiration divine lui fit comprendre que la première désignait la Divinité de Jésus-Christ ; la seconde, l'Âme de Jésus-Christ ; la troisième, l'âme fidèle qu'il a épousée en répandant son précieux sang; enfin la quatrième, le Corps immaculé de Jésus-Christ. Elle vit encore que dans ce collier l'âme fidèle se trouvait placée entre l'âme et le corps de Jésus-Christ, pour figurer le lien indissoluble d'amour par lequel le Seigneur unira cette âme fidèle à son corps et à son âme.



Prière de Ste Gertrude avec fruits :

« O Vie de mon âme ! Que les affections de mon cœur, enflammées par l'ardeur de votre amour, s'unissent intimement à vous. Que mon âme devienne comme morte et sans vie à l'égard de tout ce qu'elle rechercherait hors de vous !
« Vous êtes l'éclat de toutes les couleurs, la douceur de tous les goûts, le parfum de toutes les senteurs, le charme de toutes les harmonies, la tendre suavité des embrassements intimes !
« En vous se trouvent les plus délicieuses jouissances; de vous jaillissent les eaux surabondantes ; vers vous un charme irrésistible entraîne, par vous l'âme est remplie de saintes affections.
« Vous êtes l'abîme toujours débordant de la Divinité !

O Roi le plus noble des rois, Souverain suprême, Prince très illustre, Maître très doux, Protecteur très puissant !
« O Perle précieuse et vivifiante de la noblesse humaine !

O Créateur de toutes les merveilles, Maître très doux, Conseiller très sage, Auxiliaire le plus dévoué, Ami le plus fidèle !
« En vous sont réunis les charmes des délices  intimes, ô vous qui caressez avec délicatesse, qui  aimez avec douceur, qui chérissez avec tant d'ardeur, Époux très aimable et tout brûlant de chastes désirs !
« Vous êtes la fleur printanière qui brille dans sa beauté native : ô frère très aimable, adolescent plein de grâce et de force !

O compagnon très agréable, hôte très généreux, serviteur le plus empressé !
« Je vous préfère à toute créature ; pour vous je renonce à tout plaisir ; pour vous j'affronte toute adversité ; je ne veux être approuvée et louée que par vous seul.
« Vous êtes le Principe de tout bien, mes lèvres et mon cœur l'attestent. Dans la vertu de votre amour, je joins la force de ma dévotion à votre prière efficace, afin qu'après avoir étouffé en moi tout mouvement de la nature rebelle, je sois conduite au sommet de la plus haute perfection par une complète union à Dieu. »

Or chacune de ces aspirations brillait comme une perle enchâssée dans le collier d'or.

(2)…mais quiconque récitera dévotement cette prière, obtiendra de me connaître davantage. II recevra la splendeur de ma Divinité qu'il aura attirée dans son âme par la vertu de ces aspirations,





CHAPITRE LXVII.

QUE LE SEIGNEUR RÉPANDIT PAR SON ENTREMISE LE  TORRENT DE SA GRÂCE SUR BEAUCOUP D’ÂMES.

Le Seigneur Jésus apparut un jour à celle-ci et lui demanda son cœur, disant : « Ma fille, donne-moi ton cœur. » Elle l'offrit avec joie, et il lui sembla que le Seigneur appliquait ce codeur à son Cœur sacré comme sous la forme d'un tube qui descendait jusqu'à terre, pour répandre avec abondance sur les hommes les effusions de la Bonté divine. Le Seigneur lui dit ensuite : « Je prendrai désormais plaisir à me servir de ton cœur. II sera le canal qui, de la source jaillissante de mon Cœur sacré, répandra des torrents de divine consolation sur tous ceux qui se disposeront à recevoir ces effusions, c'est-à-dire qui auront recours à toi avec confiance et humilité. » Nous verrons dans la suite quelques-uns des touchants effets de ces paroles.



CHAPITRE LXVIII.

QU'IL EST BON DE S'HUMILIER SOUS LA PUISSANTE MAIN DE DIEU.



(1). Il lui dit : « Regarde quelle cruelle douleur me causerait celui qui me frapperait du poing sur ce bras ; et je suis traité de la sorte par tous ceux qui n'ont pas pitié du péril de damnation où se trouvent vos persécuteurs, et publient les torts et les injures dont vous êtes victimes, en oubliant que les méchants sont aussi mes membres. Tous ceux au contraire qui, touchés de compassion, implorent ma clémence pour qu'elle retire miséricordieusement ces âmes de leurs désordres et les amène à une vie meilleure, ceux-là semblent appliquer sur mon bras des onguents très doux. Quant à ceux qui, par leurs conseils et leurs avis, les conduisent avec charité à l'amendement et à la réconciliation, ils ressemblent à d'habiles médecins qui, maniant mon bras avec adresse et douceur, le remettent dans sa position naturelle. »



(2)Le Seigneur répondit : « C'est qu'ils font partie du corps de l'Église dont je me glorifie d'être la tête. »

« Si vous vous humiliez sous ma toute puissante main, et si vous reconnaissez que vous méritez d'être châtiés à cause de vos négligences, ma paternelle miséricorde vous préservera de toute invasion des ennemis. Mais si par orgueil vous vous emportez contre vos persécuteurs, en leur désirant ou en leur souhaitant le mal pour le mal : alors, par un juste décret de ma justice, je permettrai qu'ils prévalent contre vous et vous nuisent encore davantage.





CHAPITRE LXIX.

COMMENT LES TRAVAUX MANUELS PEUVENT ÊTRE UNE SOURCE DE MÉRITES.



(1)La Congrégation se trouvait une année chargée d'une dette considérable, et celle-ci priait le Seigneur avec instance, afin que, dans sa bonté, il donnât aux proviseurs du monastère le moyen de se libérer. Le Seigneur lui répondit avec tendresse : « Et que gagnerai-je à les aider en cela? » Elle répondit : « C'est que nous pourrons ensuite vaquer au devoir de la prière avec plus de zèle et de dévotion. » Le Seigneur reprit : « Quel fruit m'en reviendra-t-il, puisque je n'ai nullement besoin de vos biens 1, et qu'il m'est indifférent de vous voir appliquées aux exercices spirituels ou livrées aux travaux extérieurs, pourvu que votre volonté soit dirigée vers moi par une intention libre? Si je ne trouvais de charmes que dans vos exercices spirituels, j'aurais certainement réformé de telle sorte la nature humaine après la chute d'Adam, qu'elle n'aurait eu besoin ni de nourriture, ni de vêtement, ni des autres choses que l'homme s'efforce d'acquérir ou de fabriquer, parce qu'elles sont nécessaires à la vie. Un puissant empereur ne se contente pas d'avoir en son palais des damoiselles d'honneur belles et bien parées, mais il y établit encore des princes, des capitaines, des hommes d'armes et des officiers, aptes à divers services, et toujours disposés à exécuter ses ordres. De même je ne trouve pas seulement mes délices dans les exercices intérieurs de la contemplation ; mais les occupations utiles et variées qui ont pour but mon honneur et ma gloire, m'invitent également à demeurer parmi les fils des hommes et à y prendre mes délices. C'est par ces travaux manuels que les hommes trouvent occasion de pratiquer davantage la charité, la patience, l'humilité et les autres vertus.

(2)Celui-là, en effet, me présente seulement une pièce d'or, qui, sans souffrir aucune adversité, s'efforce de suivre en toutes ses œuvres la volonté de Dieu; mais celui qui rencontre l'épreuve dans ses travaux, et reste cependant uni à mon divin vouloir, offre à Dieu une pièce d'or enrichie d'une pierre de grand prix. »

(3)Seigneur lui dit : « Pourquoi trouves-tu si dur que l'on supporte quelque chose à cause de moi, puisque je suis cet ami véritable dont la fidélité ne s'affaiblit pas avec le temps ? Lorsqu'une personne est dépourvue de tout secours humain, de toute consolation et réduite à la misère, celui qui jadis a reçu d'elle quelques marques de fidélité, éprouve une grande amertume de ne pouvoir soulager de tels maux. Mais moi qui suis le seul ami véritable, j'accours vers l'âme désolée, lui apportant les fleurs fraîchement écloses de toutes les bonnes œuvres qu'elle a pratiquées dans le cours de sa vie, par pensées, par paroles et par actions.

A la résurrection future, lorsque ce corps mortel revêtira l'incorruptibilité, chaque membre recevra une récompense spéciale pour les œuvres qu'il aura accomplies et les travaux qu'il aura exécutés en mon nom et pour mon amour. Mais l'âme obtiendra une récompense bien plus sublime pour la componction et l'amour qu'elle aura ressentis, ou même simplement pour la vie qu'elle aura donnée au corps.»

(4)Elle dit alors avec admiration : « O Seigneur, cet homme ne me semble pas si parfait qu'il exécute toutes ses œuvres uniquement pour votre gloire ; il est souvent. je le crois, poussé par d'autres motifs : le désir d'un gain temporel, ou le bien-être qui en résultera. Comment alors vous, ô mon Dieu, qui êtes la douceur sans mélange, affirmez-vous trouver en lui tant de délices? » Le Seigneur daigna répondre : « Sa volonté est tellement subordonnée à la mienne que je suis toujours la cause principale de ses actes. C'est pourquoi il retire une récompense inestimable de toutes ses pensées, de ses paroles et de ses œuvres. Cependant, s'il s'appliquait à chaque affaire avec une plus grande pureté d'intention, il relèverait tous ses travaux dans la proportion où l'or l'emporte sur l'argent. S'il avait soin enfin de diriger vers moi ses projets et ses sollicitudes avec cette même pureté d'intention, ils en seraient tous ennoblis, comme l'or brillant et sans alliage est plus précieux qu'un or terni par les siècles. »





CHAPITRE LXX.

DU MÉRITE DE LA PATIENCE.



(1)Il arriva qu'une personne se fit, en travaillant, une blessure dont elle souffrit beaucoup. Celle-ci, touchée de compassion, demanda à Dieu de sauvegarder ce membre blessé dans un travail légitime.

(2): « La souffrance que nul remède humain n'a pu adoucir et que l'homme a supportée pour mon amour, se trouve sanctifiée par la parole que j'ai dite à mon Père au moment suprême de mon agonie: « Pater, si fieri potest, transeat a me calix iste ! 1 : Père, si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi. » (Matth. xxvi, 39.) En disant cette parole, l'homme acquiert beaucoup de mérites et une grande récompense. »

(3)Elle poursuivit : « Est-ce qu'il ne vous est pas plus agréable, ô mon Dieu, que l'homme souffre avec patience tout ce qui peut se présenter, plutôt que d'être patient seulement quand il ne peut échapper à la souffrance ? » Le Seigneur répondit : « Ceci est caché dans l'abîme des divins jugements et dépasse l'intelligence de l'homme. Mais pour parler humainement, il en est de ces deux souffrances comme de deux couleurs ayant chacune tant de vivacité et d'éclat, qu'il est difficile de juger celle qui mérite la préférence. »

-La foi, afin qu'elle croie plus fermement sur le rapport d'autrui ce qu'elle n'éprouve pas elle-même, car saint Grégoire à dit 2: « La foi n'a plus de mérite, lorsque la raison humaine lui apporte son expérience.





CHAPITRE LXXI.

DE LA CONFESSION DES BIENFAITS DE DIEU.





(1)Le Seigneur lui dit : « Demande à cette personne quelles épreuves seraient proportionnées à ses forces, et dis-lui, attendu qu'elle ne peut obtenir le royaume des cieux sans supporter la douleur, qu'elle choisisse maintenant les souffrances qui lui agréent, et lorsqu'elles lui adviendront, qu'elle conserve la patience. » Elle comprit alors que c'est une sorte d'impatience très dangereuse, de croire que l'on serait patient dans certaines circonstances de son choix, mais non lorsqu'il s'agit de supporter les maux envoyés par Dieu. L'homme doit, au contraire, regarder avec confiance comme plus avantageux ce qui lui vient de la main du Seigneur. S'il néglige de pratiquer la patience, il doit s'en humilier sincèrement. Le Seigneur ajouta en la caressant avec tendresse : « Et toi, que penses-tu de ton sort? Est-ce que je t'envoie aussi de trop lourdes peines ? -- Nullement, ô mon Seigneur, répondit-elle; mais je confesse en toute vérité et je confesserai jusqu'à mon dernier soupir, que vous avez disposé toutes choses d'une manière si admirable, pour mon corps et mon âme, dans l'adversité comme dans la prospérité, que nulle sagesse au monde, depuis le commencement des siècles jusqu'au dernier jour, n'eût pu vous égaler, ô seule Sagesse incréée, Dieu très doux, qui atteignez avec force d'une extrémité à l'autre, et disposez tout avec douceur. » (Sagesse, VIII, 1.)



(2)…la conduisant au Père, lui demanda comment elle lui rendrait hommage. Elle dit: « Autant que je le puis, je vous rends grâces, ô Père saint, par Celui qui siège à votre droite, pour les dons magnifiques dont m'a comblée votre générosité. Je reconnais hautement que nulle puissance humaine n'eût pu me les octroyer comme le fait cette puissance divine, qui, par sa vertu, communique la vie à toute créature. » De là il la conduisit au Saint-Esprit pour qu'elle rendît aussi hommage à sa bonté : « Je vous rends grâces, dit-elle, ô Esprit-Saint, doux Paraclet, par Celui qui, avec votre coopération, s'est fait homme dans le sein de la Vierge. Malgré mon indignité, vous m'avez prévenue à ce point des bénédictions gratuites de votre douceur, qu'aucune autre bonté n'eût agi comme la vôtre, où se cachent, d'où procèdent, avec laquelle se reçoivent tous les biens. »



(3)Elle comprit à ces mots que le Seigneur reçoit en sa garde spéciale l'âme qui loue la bonté divine et se confie avec gratitude à la Providence, comme un prélat se met dans l'obligation de pourvoir aux besoins de celui qui, par la profession religieuse, est devenu son sujet.



CHAPITRE LXXII.

AVANTAGES DE LA PRIÈRE.





I. - Le manque de foi retarde l'effet de la prière.

de même il est impossible à ma tendresse paternelle de ne pas regarder d'un œil miséricordieux, celui qui est excité par un mouvement de charité à me supplier pour le salut du prochain, bien qu'il soit chargé du poids de ses propres fautes, et qu'il reconnaisse avoir besoin pour lui-même de l'indulgence divine.



II. - Ce qu'il faut demander pour les malades.



C'est un devoir d'humanité de prier souvent pour les malades. Celle-ci, voulant un jour s'en acquitter, supplia le Seigneur de lui indiquer ce qu'elle devait demander pour tel infirme. Le Seigneur répondit : «Prononce seulement pour lui avec dévotion deux paroles :
demande que je lui conserve la patience ;
demande que tous les instants de sa maladie servent à procurer ma gloire et le bien de son âme, comme l'a ordonné de toute éternité mon amour paternel. »


Le Seigneur ajouta : « Toutes les fois que tu rediras cette prière, ton mérite et celui du malade s'accroîtront de la même façon que s'augmente l'éclat du coloris, quand le peintre retouche son tableau. »



IV. - Effet d'une demande de prières.

« Toutes les fois qu'une personne se recommande aux prières d'une autre, avec la confiance d'obtenir ainsi la grâce divine, le Seigneur la récompense selon son désir, lors même que celle dont elle a réclamé l'assistance aurait négligé de prier dévotement. »





CHAPITRE LXXIV.

DE DIVERSES PERSONNES D'UN ORDRE DIFFÉRENT.



I. - De l'une comparée à l'aigle royal.

Comme elle priait pour une personne dont l'âme était pleine de grands désirs, le Seigneur lui fit cette réponse : « Dis-lui de ma part que si elle désire s'unir à moi par le lien d'un amour intime, elle ait soin de se construire à mes pieds un nid formé des grappes de sa propre misère et des branches de ma grandeur. Qu'elle s'y repose dans le souvenir continuel de sa bassesse, car l'homme mortel est de sa nature enclin au mal, lent à faire le bien, et il est nécessaire que la grâce de Dieu le prévienne. Qu'elle pense fréquemment à ma miséricorde et se souvienne que je suis comme un bon père, disposé à la recevoir, si après sa faute elle revient à moi par la pénitence. Si elle désire s'envoler du nid pour chercher sa pâture, qu'elle vienne en mon sein et se rappelle avec une amoureuse reconnaissance les bienfaits dont ma surabondante tendresse a entouré son âme. Si elle souhaite porter plus loin son vol et étendre encore plus haut les ailes de ses désirs, que, d'un élan rapide comme celui de l'aigle, elle s'élève au-dessus d'elle-même par la contemplation des choses célestes et soutienne son vol devant ma face. Soulevée sur les ailes des séraphins dans l'essor audacieux de l'amour, qu'elle contemple le Roi dans sa beauté avec les yeux purifiés de l'esprit.

« Mais parce que tout homme ne peut, dans la vie présente, demeurer longtemps sur les sommets de la contemplation, car il ne les atteint, dit saint Bernard, qu'à des heures rares et pour des moments bien courts 1, l'âme doit replier encore ses ailes par le souvenir de sa misère et descendre dans son nid pour y prendre du repos. Ensuite elle trouvera de nouveau ses délices à voler par l'action de grâces vers les champs fleuris de l'amour, pour atteindre bientôt dans l'extase de l'esprit les sommets de la divine contemplation. Par ces divers mouvements, c'est-à-dire soit qu'elle rentre en elle-même par la considération de sa propre misère, soit qu'elle en sorte pour recevoir mes bienfaits, soit enfin qu'elle s'élève par la contemplation des choses célestes, toujours elle trouvera les joies du paradis. »



II. - D'une autre dont la vie est figurée par trois doigts du Seigneur.

1° Qu'elle se soumette avec humilité, avant toute entreprise, à la toute-puissance divine et se considère comme un serviteur inutile qui a consumé la vigueur de sa jeunesse dans la vanité, sans penser à Dieu son Créateur ; qu'elle demande alors à cette toute-puissance divine la force de bien agir ;
qu'elle s'avoue indigne, en présence de la sagesse insondable de Dieu, de recevoir les douces clartés de la divine lumière, parce que depuis son enfance elle n'a jamais appliqué ses facultés à l'étude des choses divines, mais qu'elle s'en est plutôt servie pour satisfaire la vaine gloire. Après s'être plongée dans le plus profond abîme de l'humilité, qu'elle se dégage des choses terrestres pour se livrer à la contemplation, et qu'elle s'efforce dans la suite (en temps et lieux convenables) de communiquer au prochain les richesses abondantes que la divine libéralité aura répandues dans son âme;
3° qu'elle reçoive avec de grandes actions de grâces la bonne volonté, don gratuit accordé par la divine Bonté, pour pratiquer les conseils précédents. »



III. -- Invitation à établir son nid dans la plaie sacrée de Jésus-Christ.

1° le Seigneur passait souvent les nuits en prière; cette personne doit donc en toutes ses tribulations avoir recours à l'oraison.
2° Le Seigneur s'en allait prêchant par les villes et les bourgades ; elle doit chercher
à donner le bon exemple au prochain, non seulement par ses paroles, mais aussi par ses actions, son attitude et sa démarche.
3° Le Christ répandait ses bienfaits sur tous ceux qui venaient vers lui ; elle-même doit accomplir le bien comme il suit :
lorsqu'elle, se disposera à agir ou à parler, elle recommandera son action au Seigneur et l'unira aux œuvres très parfaites du Fils de Dieu, afin qu'elle soit réglée et ordonnée selon son adorable volonté et pour le salut du genre humain. L’œuvre achevée, elle l'offrira de nouveau pour que le Seigneur la perfectionne et la présente à Dieu le Père comme tribut d'éternelle louange.





IV. -- D'une âme qui se bâtit un trône devant le trône de Dieu.



Car le Seigneur prépare en cette vie un chemin dur et âpre pour ses élus, dans la crainte que les agréments de la route ne leur fassent oublier les joies de la patrie.

l'exercice continu des bonnes œuvres qui fait avancer l'âme de jour en jour, et l'élève au sommet de la perfection.



V. -- D'une autre qui est représentée émondant un arbre.

la considération de ses propres défauts : après les avoir découverts, elle les retranchait par une digne pénitence.

Enfin le fruit cueilli et offert au Seigneur signifiait la bonne volonté de cette âme pour se corriger, bonne volonté très agréable à Dieu à cause de sa sincérité.





VI. -- Instruction pour une personne lettrée dont la vie est figurée par les trois apôtres sur le Thabor.

il ajoutait : « Les cinq révélations qui précèdent et les deux suivantes sont un enseignement dont peuvent profiter les hommes de tout ordre et de toute profession. »

Voici la révélation qui concernait la personne lettrée. Le Seigneur dit à celle-ci : « Je l'ai prise avec mes apôtres pour la conduire sur la montagne de la nouvelle lumière. Qu'elle s'étudie à régler sa vie et ses œuvres d'après la signification des noms des apôtres qui m'accompagnèrent sur le Thabor :
-
Pierre, selon les interprètes, signifie agnoscens 1 : celui qui connaît ; qu'elle ait pour but, dans toutes ses lectures, d'arriver à se connaître elle-même par de sérieuses réflexions. Quand le livre traite par exemple des vices et des vertus, qu'elle examine s'il reste encore en elle quelque trace de ces vices, ou si elle a progressé dans la vertu. Lorsqu'elle aura acquis une plus parfaite connaissance d'elle-même, qu'elle s'efforce,
-selon la signification du
nom de Jacques (supplantator, celui qui est victorieux) de corriger tous ses défauts par une lutte vigoureuse, et d'acquérir par un effort constant les vertus qui lui manquent.
-
Comme le nom de Jean est interprété : in quo est gratia (celui qui est rempli de grâce), qu'en temps opportun, le soir ou le matin, elle s'efforce de rejeter au loin toutes les choses extérieures pour se recueillir en elle-même, s'occuper de moi et chercher à connaître ma volonté. Alors, soit que je lui inspire de me louer, de me remercier pour mes bienfaits personnels ou généraux; soit que je l'invite à prier pour les pécheurs ou pour les âmes du purgatoire, elle aura soin de pratiquer cet exercice pendant le temps déterminé, et d'y apporter toute sa dévotion. »





VII. -- Instruction pour une personne illettrée chargée de la cuisine.



« Je ne l'ai pas choisie pour me servir seulement une heure, mais pour demeurer avec moi sans interruption tout le jour ; elle atteindra ce but si elle accomplit toutes ses actions pour ma gloire, et avec la même ferveur que si elle était en prière. Elle pourra ajouter cette pratique : elle souhaitera que ceux qui profitent de son labeur n'entretiennent pas seulement les forces de leur corps, mais progressent dans mon amour et soient affermis dans le bien. Quand elle aura agi de la sorte, ses actions et ses travaux seront pour moi comme des mets soigneusement préparés et relevés par des assaisonnements choisis. »







CHAPITRE LXXV.

L'ÉGLISE EST ICI FIGURÉE PAR LES MEMBRES DU CHRIST.





(1)Celle-ci comprit que la partie droite représentait toutes les âmes élues qui appartiennent à l'Église et sont prévenues par le Seigneur des bénédictions de sa douceur par un don spécial de la grâce et les mérites de leurs vertus personnelles.

; …car faire du bien aux âmes élues à cause des grâces dont Dieu les comble, c'est ajouter un nouvel ornement au côté droit du Seigneur. II en est qui répandent volontiers leurs bienfaits sur les bons, mais qui mettent tant de dureté dans la répression des méchants et des imparfaits, que par leur impatience ils les aigrissent au lieu de les corriger. Ceux-là paraissent frapper furieusement à coups de poing les plaies du Seigneur ; par leur violence ils en font jaillir le sang sur leur visage qui en est tout souillé et défiguré. Néanmoins le Seigneur, vaincu par sa propre tendresse, excité aussi par l'amour de ses amis particuliers auxquels ces personnes ont fait du bien, agit comme s'il ne voyait rien. Il porte son attention sur les bienfaits reçus par ses amis, et avec les vêtements qui décorent sa droite, c'est-à-dire avec les mérites de ses élus, il efface les taches qui souillent le visage des autres.



(2)Le Seigneur ajouta : « S'ils voulaient du moins, en soignant les plaies de leurs amis, apprendre à guérir les ulcères de mon corps, qui est l'Eglise c'est-à-dire à corriger les défauts du prochain ! II +++faut d'abord, pour obtenir ce résultat, les toucher avec précaution et par des admonitions charitables, les dégager de leurs imperfections. Si on voit que ces moyens n'amènent aucun résultat, on doit alors les reprendre avec une fermeté croissante afin de les guérir. Mais il y en a qui n'ont aucun souci de mes plaies : tels sont ceux qui, connaissant les défauts du prochain, le méprisent à cause de ses vices, mais ne voudraient pas l'avertir par un seul mot, dans la crainte de s'attirer quelque ennui. Ils apportent cette vaine excuse de Caïn: « Numquid custos fratris mei sum ego : Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gen. iv, 9.) Ceux-là semblent poser sur mes plaies un onguent qui les envenime au lieu de les guérir, et engendre la corruption ; car sous le couvert du silence ils laissent croître dans l'âme du prochain des défauts qu'ils auraient pu corriger par quelques paroles dites à propos.

(3)« D'autres aussi signalent au prochain ses défauts, mais ne le voyant pas immédiatement corrigé ou châtié au gré de leurs désirs, ils s'irritent, puis sous le coup de l'indignation ils jurent en leur cœur de ne rien dévoiler à l'avenir, de ne corriger personne, puisqu'on n'apporte aucune attention à leurs discours. Ils ne manquent pas cependant d'accuser durement en eux-mêmes le prochain et de le noircir par des détractions, sans jamais prononcer une parole d'avertissement ou de correction. Ceux-là semblent aussi se servir d'un onguent qui recouvre mes plaies à l'extérieur et les ronge en même temps à l'intérieur comme le ferait un trident rougi au feu.

(5) « Il en est qui aiment sincèrement les prélats pieux et parfaits, et ne cessent, comme il est juste, de les révérer et de les exalter par leurs paroles et leurs actes. Mais ils jugent avec rigueur et déprécient outre mesure les prélats qui ne gardent pas leur règle ou qui sont pleins de défauts. En ce cas ils ornent la partie droite de ma tête avec des pierreries et des perles ; quant à la partie gauche qui est meurtrie, et que je désirais appuyer sur eux pour trouver un peu de soulagement, ils semblent la repousser et la frapper du poing sans aucune pitié.

(7), tout chrétien doit chercher avec la plus grande attention comment il pourra servir le membre sain ou le membre malade du Christ.

(7)Que l'homme déteste donc sa faute si, par sa dureté, il a plutôt offensé que servi le Seigneur Dieu son Créateur et son Rédempteur, et qu'il s'efforce de s'amender pour être utile à ce très fidèle bienfaiteur au lieu de lui nuire. Qu'il fasse tout le bien possible aux plus parfaits, afin de les exciter à de nouveaux progrès; qu'il entoure de soins les imparfaits pour les corriger. Qu'il obéisse avec amour quand les supérieurs commandent ce qui est bien et qu'il supporte leurs défauts avec respect. Qu'il évite toutefois de les flatter s'ils agissent d'une façon répréhensible, et ce qu'il ne pourra corriger par des discours, qu'il s'efforce de l'améliorer par de fervents désirs et des prières silencieuses offertes à Dieu.






CHAPITRE LXXVI.

DE LA COMMUNICATION SPIRITUELLE DES MÉRITES.



(1) De même, quoique l'Église participe à toutes les faveurs accordées à chacun des fidèles en particulier, l'âme qui les reçoit en retire un plus grand profit, et ceux à qui elle désire les communiquer en bénéficient ensuite plus que l'ensemble des autres chrétiens. »

(2) Je veux non seulement parler des secours matériels qu'elle a donnés, mais encore de ses pensées, de ses actes et de ses paroles qui soutenaient mon élue en toute occasion

un époux qui aime tendrement son épouse et qui la voit, par une extrême délicatesse, trop timide pour lui demander ce qu'elle désire pourtant beaucoup ; cet époux, dis-je, est touché de la sage réserve de sa bien-aimée et lui accorde deux fois plus qu'elle ne souhaitait. Ainsi je lui donnerai largement moi-même ce qui lui manque.





CHAPI'T'RE LXXVII.

UTILITÉ DE LA TENTATION.



« Je permets cette tentation pour lui faire connaître et déplorer son défaut; elle s'efforcera ensuite de le vaincre, elle sera humiliée de n'y pouvoir parvenir, et cette humiliation effacera presque entièrement à mes yeux d'autres défauts qu'elle n'a pas encore remarqués. L'homme qui voit une tache sur sa main, ne lave pas seulement la tache, mais lave ses deux mains. Il les purifie ainsi de toutes les souillures qu'il n'eût peut-être pas enlevées, si cette tache plus visible ne lui en avait fourni l'occasion. »


CHAPITRE LXXVIII.

LA COMMUNION FRÉQUENTE PLAÎT A DIEU.



(2)…il répondit : « Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes, et dans l'excès de mon amour j'ai institué ce sacrifice afin qu'on le renouvelât souvent en mémoire de moi. Je me suis engagé à rester dans ce mystère avec les fidèles jusqu'à la consommation des siècles. Quiconque s’efforce d'éloigner de la communion une âme qui n'est pas en état de péché mortel, arrête ou suspend les délices que j'aurais trouvés en cette âme. Celui-là ressemble à un précepteur sévère qui empêcherait le fils du roi de jouer avec les enfants pauvres de son âge, malgré le plaisir qu’y trouverait le jeune prince.





CHAPITRE LXXIX.

AVANTAGES DU ZÈLE.





(1)« Si quelqu'un désire que son zèle soit pour moi le plus beau sacrifice de louange, et assure à son âme un grand profit, il devra surtout s'appliquer à trois choses :
montrer toujours un visage aimable à la personne dont il corrige les défauts (c'est du reste ce que demande la bienséance à l'égard du prochain) et, tout en exigeant ce qui est bien, user de paroles et de procédés charitables ;


2° avoir soin de ne pas divulguer les fautes en des lieux où il ne peut espérer que le coupable se corrige ou que ceux qui entendent soient discrets ;


3° lorsque la conscience signale un défaut à reprendre,
ne se laisser arrêter par aucun respect humain, mais chercher en toute charité les occasions de détruire le mal, dans l'unique but de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. Alors on sera certainement récompensé en proportion de sa peine, et non d'après le succès obtenu ; car si les efforts n'amènent aucun résultat, ce sera pour le malheur de ceux qui n'ont pas voulu écouter ou qui ont osé résister. »

(2)Mais si l'une vient à traiter l'autre avec dureté, elle ne pourra éviter la correction que lui infligera la verge de ma justice paternelle. »





CHAPITRE LXXX.

UTILITÉ FUTURE DE LA PRIÈRE.

Que cette personne ait donc confiance en ma sagesse et ma bonté divines. Je suis son père, son frère, et l'ami de son âme. Je veillerai sur ses intérêts temporels et spirituels avec une plus fidèle sollicitude qu'elle n'en mettra jamais à soigner les intérêts d'un parent.

Qu'elle soit persuadée que je garde pour un temps propice et fixé d'avance, les fruits de toutes les prières que l'on m'a adressées pour elle : je les lui remettrai intégralement lorsque rien ne pourra plus les corrompre ou les amoindrir.

Cette disposition lui sera beaucoup plus salutaire, car, si elle éprouvait de la consolation aussitôt après une prière faite en sa faveur, cette joie serait peut-être bientôt troublée par la vaine gloire et desséchée par l'orgueil ; ou bien, si je lui donnais la prospérité temporelle, son âme y pourrait trouver une occasion de chute.



CHAPITRE LXXXI.

AVANTAGES DE L'OBÉISSANCE.

Chaque bonne œuvre accomplie par obéissance, et rendue parfaite par la pureté d'intention, obtiendra à l'homme le pardon de quelque négligence. Ce sera une consolation extrême pour 1'agonisant.





CHAPITRE LXXXIII.

UTILITÉ DE LA SUJÉTION.



(1) « Ignores-tu que non seulement cette personne, mais encore celles qui sont à la tête de cette Congrégation si aimée, ont toutes quelques défauts? Personne ici-bas n'en est exempt.

Le Seigneur répondit : « Moi qui connais tous leurs défauts, je permets que dans les divers travaux de leur charge ils en manifestent quelque chose, sans cela ils n'arriveraient peut-être jamais à posséder une grande humilité. De cette façon, au contraire, les mérites des inférieurs s'accroissent par les défauts et les qualités des supérieurs, et les mérites des supérieurs gagnent autant par les défauts que par les progrès des inférieurs, comme tous les membres d'un même corps contribuent à son bien-être général. »

(2)Si l'éclatante miséricorde de Dieu ne se fût montrée à elle que dans cette seule circonstance, toutes les créatures ne pourraient cependant jamais en louer assez le Seigneur.




CHAPITRE LXXXIV.

DE LA VRAIE PURIFICATION DE L'HOMME.



.je ne permets jamais que mes élus soient accablés au-dessus de leurs forces, et je suis toujours auprès d'eux pour mesurer leur fardeau. Une mère qui veut réchauffer son petit enfant devant un foyer, tient toujours sa main entre le feu et l'enfant; de même quand je trouve à propos de purifier mes justes par la tribulation, mon but n'est pas de les perdre, mais de les éprouver et de les sauver. »

; …ainsi je ne retire jamais un homme du mal où il est tombé par sa propre faute, à moins que lui-même se faisant violence et changeant de volonté, ne se montre digne de mon amour. »





CHAPITRE LXXXV.

COMMENT LE SEIGNEUR SUPPLÉE POUR LA CRÉATURE.



 : « Si quelqu'un, dans l'intention de me glorifier, prend soin d'éviter toute négligence durant l'office divin, et s'il avertit les autres dans le même but, je supplée à l'imperfection inévitable de sa dévotion et de son attention. »





CHAPITRE LXXXVI.

DE L'OFFRANDE DES ADVERSITÈS ET DE LA PERTE DE CEUX QUI NOUS SONT CHERS.

il consent à le perdre si j'y trouve une plus grande gloire, préférant ainsi ma volonté à la sienne







CHAPITRE LXXXVII.

COMMENT LE SEIGNEUR REPARE LES FAUTES DE FRAGILITE.

Cependant, comme cette parole de l'Écriture demeure toujours vraie : « Iricorruptio proximum facit esse Deo : La parfaite pureté rapproche l’homme de Dieu » (Sagesse, vi, 20)





CHAPITRE XC.

NE PAS PRÉFÉRER LES CHOSES EXTÉRIEURES AUX CHOSES INTÉRIEURES.



j'ai ordonné dans l'Évangile de chercher avant tout le royaume de Dieu (Luc, xvi, 31), c'est-à-dire le progrès des choses intérieures. Quant à ces choses extérieures, je n'ai même pas dit de les chercher en second lieu, mais j'ai promis de les donner par surcroît. » Tout religieux qui désire être l'ami particulier de Dieu, devra peser attentivement la vérité de cette grande parole.


Fin du troisième livre









Livre IV



CHAPITRE PREMIER.

PRÉPARATION A LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR.



(1)…celle-ci vit en esprit les âmes qui s'étaient humblement recommandées aux prières des autres, marcher vers Dieu sans dévier, illuminées par la clarté de son Cœur divin : elles paraissaient conduites par la main sur une voie directe garantie à droite et à gauche. Celles qui ne comptaient que sur leurs propres efforts et leurs prières pour se disposer à célébrer la fête, quittaient la route et s'égaraient quelque temps, puis revenaient dans le chemin et s'approchaient du Seigneur à la faveur de la lumière divine.

(2)L'une n'était en rien gênée par l'autre, mais chaque âme jouissait pleinement de Dieu suivant son désir, et comme si le Seigneur se fût donné à elle seule.

Enfin il était donné à chacune de se réjouir en Lui, suivant l'attrait de son amour.



(3) « O douceur de mon âme, Jésus très aimant et très désirable, ô vous que j'aime par-dessus tout ! »

(4)De même si quelqu'un me dit : ô très Doux, très aimé, etc., bien qu'il s'estime une indigne créature, la douceur essentielle de ma Divinité, émue jusqu'en ses profondeurs, me fait exhaler un arôme d'une merveilleuse suavité, qui embaume des parfums du salut éternel celui qui l'a provoquée par ces paroles de tendresse.



CHAPITRE II.

DE LA DOUCE VIGILE DE LA NATIVITÉ.



(1)Alors la divine miséricorde éclaira son intelligence par cet enseignement : « Toutes les pensées que l'homme garde au sujet de ses fautes, après la pénitence dont l'Écriture a dit : « In quacumque hora conversas fuerit peccator et ingemuerit, omnium peccatorum suorum non recordabor amplius : A quelque heure que le pécheur se convertisse et gémisse, je ne me souviendrai plus de ses péchés 1 » ; toutes ces pensées n'ont pas un autre but que de le rendre plus apte à recevoir la grâce de Dieu. »

(2)En effet, certains défauts qu'on voit en soi entretiennent l'humilité et la componction, et font avancer par conséquent dans les voies du salut. Ces défauts-là, je les laisse subsister parfois chez mes plus intimes amis, afin de les exercer dans la vertu. Il y en a d'autres qu'on blâme quand on les reconnaît, mais que l'on défend quelquefois comme on défendrait la justice, parce qu'on ne veut pas s'en corriger. Ce sont ces défauts-là qui mettent l'homme en péril et danger de damnation. Ton âme en est maintenant absolument purifiée. »

(3)par la première, elle était si complètement portée en Dieu par l'extase, qu'elle ne pouvait ensuite dire que bien peu de choses pour l'utilité de son prochain ;
- par la seconde, elle pénétrait le sens profond des saintes Écritures ; son intelligence éclairée par Dieu y trouvait une saveur étonnante et délicieuse; il semblait alors, pour ainsi dire,
qu'elle jouait devant le Seigneur face à face, comme un ami s'assied dans l'intimité devant son ami pour jouer la partie d'échecs. Dans ce cas, elle pouvait ensuite faire profiter les autres de ce qu'elle avait reçu.


(4)Au commencement des Matines, elle implora le secours de Dieu par le Deus in adjutorium : Dieu viens à mon aide. Au Domine labia mea aperies : Seigneur, ouvre mes lèvres, trois fois répété, elle salua l'incommensurable puissance de Dieu le Père, l'insondable sagesse de Dieu le Fils, la bonté infiniment douce du Saint-Esprit et adora de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces le Dieu Un dans sa Trinité et la Trinité dans son Unité. Aux cinq premiers versets du Psaume : Domine, quid multiplicati sunt : Seigneur, qu’ils sont nombreux  (Ps. III), elle s'approcha des plaies vermeilles de Jésus et les baisa amoureusement. Pendant le sixième verset du même psaume, prosternée aux pieds du Seigneur, elle l'adora et lui rendit ses dévotes actions de grâces pour avoir obtenu la pleine rémission de ses péchés. Pendant le septième, s'adressant aux mains du Seigneur, elle le remercia pour tous les bienfaits reçus de sa gratuite bonté. Pendant le huitième, elle salua la plaie d'amour qui est au sacré côté droit du Seigneur. Pendant le Gloria Patri, elle fit une profonde inclination pour louer en union avec toute créature la radieuse et toujours tranquille Trinité ; enfin au Sicut erat :comme il était.., s'approchant du cœur de Jésus, elle le salua avec une profonde affection et le glorifia de ce qu'il contient en lui-même tous les mystères incompréhensibles de la Divinité.

(5)Continuant ainsi, elle se prosterna, pendant le premier verset du psaume Venite exultemus :Venez, crions de joie ..(Psaume XCIII=94), devant la plaie du pied gauche, et implora l'entier pardon de tous ses péchés de pensées et de paroles. A la plaie du pied droit, elle obtint par le second verset le supplément à toutes ses imperfections de pensées et de paroles. A la plaie de la main gauche, elle reçut pendant le troisième verset la rémission de tout ce qu'elle avait commis par actions mauvaises. A la plaie de la main droite, elle obtint pendant le quatrième verset le supplément à toutes ses omissions dans les bonnes œuvres

(6)Enfin durant le cinquième verset elle s'approcha de la très sacrée plaie qui est au Cœur de son doux Amant (lequel abonde et surabonde de tous les biens), la baisa avec dévotion et fut purifiée de toute tache dans l'eau mêlée de sang que fit jaillir la lance du soldat. Après être devenue ainsi blanche comme la neige, elle fut ornée de toutes les vertus par le précieux sang et enfin attirée, par les vapeurs embaumées qui s'échappent de cette plaie, jusque dans la source même de tous les biens. C'est ainsi qu'elle chanta le Gloria Patri à l'honneur et gloire de l'adorable Trinité et conclut par le Sicut erat, le disant par le cœur de Jésus, réceptacle de toutes les divines influences.

(12) tous ceux qui se recommandent à tes prières ou pensent seulement à souhaiter ton intervention en recevront le salut, de même que les Hébreux, piqués par les serpents venimeux, étaient guéris en regardant le serpent d'airain que j'avais ordonné à Moise d'élever dans le désert. »

(15) je récompenserai sa bonne volonté autant que l'action même.

(16) Pendant la récitation accoutumée des sept psaumes pénitentiaux pour réparer les fautes et les négligences, tous les mots apparurent sous forme de perles fines,

Ce fait nous apprend que les suffrages acquittés par habitude sont présentés au Seigneur pour l'accroissement de nos mérites, mais que les prières faites avec une dévotion actuelle sont infiniment plus nobles et plus agréables à Dieu.



(17) …lorsqu'elle comprit enfin, par une inspiration divine, comment les anges présents à nos solennités de la terre, demandent au Seigneur de donner à ceux qui les imitent dans leur dévotion l'égalité avec eux, par la véritable pureté du corps et de l'esprit.

(18) A ce doute répondit une parole consolante: « Ne crains plus, dit le Seigneur, car ta volonté est tellement unie à ma divine Volonté qu'elle ne peut faire d'autre choix que le mien. Par conséquent, tu désires en toutes choses, premièrement et par-dessus tout ma gloire ; dès lors les esprits angéliques sont soumis à ta volonté de telle sorte que s'ils n'avaient pas prié pour vous comme tu viens de le comprendre, ils le feraient à l'heure même, uniquement parce qu'il te plairait qu'ils le fissent.





CHAPITRE III.

DE LA TRÈS DOUCE NATIVITÉ DU SEIGNEUR.



(3)II se sentit alors comme liquéfié par l'amour et attacha sur la Vierge sa Mère un regard souriant, plein d'une si tendre affection, que cette Vierge bénie tressaillit jusqu'au fond de son être.

(4) l’Humanité du Christ fut nourrie d'un lait virginal, sa Divinité fut réjouie par le festin que lui offrit la pureté du cœur le plus innocent et le plus tendre qui ait jamais existé.



(5)Au Répons XII°, « Verbum caro factum est : le Verbe s’est fait chair » les sœurs s'inclinèrent profondément, et celle-ci entendit le Seigneur dire ces paroles: « Chaque fois qu'en prononçant ces mots une personne s'incline avec reconnaissance et me remercie de ce que j'ai daigné m'incarner par amour pour elle; autant de fois, excité par ma bonté, je m'incline à mon tour, et, dans tout l'amour de mon cœur, j'offre à Dieu le Père le fruit double pour ainsi dire de ma bienheureuse Humanité, afin d'augmenter la béatitude éternelle de cette âme.



(6) Celle-ci comprit par cette vision que les âmes qui offraient de tout cœur à Dieu leur volonté pour la soumettre à son bon plaisir, posaient la tête du très aimé Jésus sur un moelleux coussin ; mais celles dont la volonté conservait de la raideur et demeurait imparfaite laissaient tomber au contraire très incommodément la tête de l'Enfant.



(7)O mes bien-aimées, bannissons donc de nos cœurs et de nos consciences tout obstacle et toute contradiction, et d'une volonté libre et entière, offrons-nous à Dieu pour l'accomplissement de son bon plaisir, car il désire par-dessus tout le progrès de nos âmes. Puissions-nous ne jamais troubler, ne fût-ce que pour un instant, le repos d'un si doux et si petit Enfant qui a daigné s'incliner vers nous et se laisser déposer au plus profond de notre âme.



(8) La bienheureuse Vierge, la regardant avec bonté, lui dit :

« Mon très doux Jésus n'est pas unigenitus, fils unique, mais bien primogenitus, parce que je l'ai conçu d'abord dans mon sein ; mais après lui, ou plutôt par lui, je vous ai tous conçus en vous adoptant dans les entrailles de mon amour maternel, afin que vous fussiez ses frères en même temps que mes enfants. »

(9)…et la bienheureuse Vierge les aidait à présenter leurs hommages, tout en se réjouissant de leur amour et de leur progrès.

(10)…les prières récitées avec dévotion étaient rangées comme des pierres précieuses sur la table dont nous avons parlé. La bonne volonté de celles qui n'avaient pu offrir leurs prières, en éprouvaient du regret et s'en humiliaient, cette bonne volonté, dis-je, paraissait trouver place dans l'admirable collier que le Seigneur portait sur la poitrine. Ces âmes obtenaient par là un accès facile auprès du divin Cœur comme une personne qui tient la clef d'une cassette a le pouvoir de l'ouvrir et d'y choisir ce qui lui plaît.





CHAPITRE IV.

DE SAINT JEAN L’ÉVANGÉLISTE.

(1)tandis qu'elle priait l'apôtre et évangéliste saint Jean,

saint Jean, élevé au-dessus de lui-même par les ravissements de la contemplation, s'efforçait toujours cependant de s'abaisser dans la vallée de l'humilité par la vue de son propre néant.

Cette couleur signifiait que saint Jean, pour s'élever dans la contemplation, prenait toujours son point de départ dans le souvenir de la Passion du Seigneur dont il avait été témoin oculaire et qu'il avait ressentie jusqu'au fond du cœur par une compassion très intime.

Il portait aussi deux lis d'or l'un à l'épaule droite, l'autre à l'épaule gauche. Sur celui de droite, ces mots étaient admirablement gravés : « Discipulus quem diligebat Jesu : le disciple que Jésus aimait a (Jean xiii, 23), et sur le lis de gauche : « Iste custos Virginis 1, etc. : Celui-ci est le gardien de la Vierge », témoignage du privilège qu'il eut de recevoir le nom et d'être en vérité, parmi les apôtres, le Disciple que Jésus aimait; d'être ensuite jugé digne par le Seigneur mourant sur la croix, d'avoir en sa garde le lis très pur, c'est-à-dire la Vierge Mère.

(2)Le Seigneur répondit: « Chacun pourra dire tous les jours un Pater noster en l'honneur de son apôtre, pour lui rappeler les sentiments de douce fidélité qui jaillirent de son cœur lorsque j'enseignai cette prière ; on lui demander aussi d'obtenir à son client la faveur de persévérer dans mon amour jusqu'à la fin de la vie. »

(3) le disciple que Jésus aimait si tendrement, et qui pour cela doit être aimé de tous

« Je ressemble à mon Seigneur, j'aime ceux qui m'aiment. »

(3) il te sera facile de puiser la douceur et la consolation que la force du divin Amour répand sans cesse en tous ceux qui les désirent. »

(3)La douce éloquence des battements du Cœur sacré est réservée pour les derniers temps, afin que le monde vieilli et engourdi se réchauffe dans l'amour de son Dieu. »

(6)Elle se tourna enfin vers cet insigne ami de Dieu et le supplia de nous obtenir par ses prières de garder si fidèlement la chasteté que, selon la mesure de nos forces, nous puissions nous associer, dans la vie éternelle, aux louanges qu'il fait entendre lui-même avec tant de douceur à la gloire de Dieu. Elle reçut de saint Jean cette réponse : « Celui qui voudra partager avec moi le prix de la victoire dans la béatitude éternelle doit fournir pendant sa vie une carrière semblable. » II ajouta: « Au cours de mon existence, je me suis fréquemment souvenu de la tendre familiarité avec laquelle mon très aimable Maître et Seigneur Jésus a jeté sur moi son regard, et comment il a récompensé cette chasteté qui me fit abandonner une épouse et quitter les noces pour le suivre 2. Ensuite dans mes paroles et mes actions, j'ai toujours veillé avec le plus grand soin à ne pas porter la moindre atteinte, ni en moi ni dans les autres, à cette vertu qui plaît tant à mon Maître. Les autres apôtres se contentaient d'éviter tout ce qui aurait pu être suspect, et agissaient avec plus de liberté en tout ce qui ne l'était pas

(6)Pour moi, je me conduisais avec tant de circonspection que, sans refuser de subvenir aux nécessités corporelles ou spirituelles d'une femme, cependant jamais je n'omis de m'entourer de précautions.

(8) ils ont coopéré activement à la grâce en fuyant le mal et en pratiquant le bien.

(10) puisqu’on dit que le Seigneur l'appela à lui au moment de ses noces,

(10)Elle comprit alors que la récompense est très différente, selon que la vertu a été fortement combattue ou tranquillement conservée dans la paix.





CHAPITRE V.

SALUTATION AU NOM DE JÉSUS EN LA CIRCONCISION.

(2) elle devait annoncer la miséricorde et le salut à tous ceux qui en auraient le désir, et par le mot Justus elle devait représenter les vengeances rigoureuses de la divine justice et effrayer par des menaces sévères les âmes dures qui n'avaient pas voulu être amenées vers Dieu par de doux avertissements.



(3)Elle reprit : « Que votre tendresse n'oublie pas, ô Père très miséricordieux, en ce jour, de votre très sainte Circoncision, de retrancher tous nos défauts. » Le Seigneur répondit encore : « Que l'observance de votre Règle vous serve de circoncision. » Elle dit alors : « O très aimé Seigneur, pourquoi répondez-vous avec une sorte de sévérité, comme si vous ne vouliez pas pour cela nous offrir le secours de votre grâce et que nous fussions réduites à nos propres forces, quand cependant, selon votre parole, nous ne pouvons rien faire sans vous ? » Le Seigneur, profondément touché par la douceur de ces paroles, fit reposer l'âme sur son sein, et la caressant avec tendresse : « Je veux si bien, dit-il, vous accorder mon secours que si quelqu'un, pour ma gloire et mon amour, s'applique en ce premier jour de l'année à repasser avec componction tous ses manquements à la Règle, et se propose de les éviter à l'avenir, je veux être pour lui comme un bon maître qui prend sur ses genoux son petit élève, lui apprend les lettres en les montrant du doigt, corrige ses fautes et répare ses omissions. De même je corrigerai miséricordieusement les défauts de celui-là, et ma bonté paternelle suppléera à ses négligences. Si, en enfant distrait, il a commis quelque oubli, je le remarquerai à sa place et je le réparerai. » Le Seigneur ajouta : « Celui qui détournera sa volonté de tout mal pour ne chercher que mon bon plaisir, recevra de mon Cœur divin la lumière de la connaissance, et je dirigerai ses doigts pour qu'il me prépare les étrennes les plus conformes à ma gloire et à ma dignité et les plus utiles à son salut. Ainsi chaque année l'âme pourra, comme une épouse fidèle, m'offrir ce présent, c'est-à-dire m'offrir les arrhes de l'union, à moi qui suis son Époux brillant de beauté. »

(5)Elle comprit aussi que les perles et les pierreries qui devaient orner ces étrennes étaient l'amour et les saints désirs, les pensées qui avaient Dieu pour objet et procédaient de la crainte ou de l'amour, de l'espérance, de la joie, etc., car loin de négliger une seule pensée, Dieu les fait toutes servir au salut éternel.

(5)Pourquoi, dis-tu : hélas ! reprit le Seigneur, puisque celui lui purifie mes élus sans avoir l'intention de leur nuire et en compatissant au contraire à leur souffrance, est entre mes mains comme un fléau léger, dont le mérite s'accroît tandis qu'il sert à purifier les autres? »







CHAPITRE VI.

D'UNE TRIPLE OFFRANDE EN L'ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR.

(Utilisée ailleurs)



(1)En la fête de l'Épiphanie du Seigneur, elle voulut,  à l'exemple des rois, présenter à Dieu son oblation. Afin de satisfaire pour tous les péchés des hommes, depuis Adam jusqu'au dernier de ses fils, elle offrit comme myrrhe le corps du Christ avec toutes les souffrances qu'il endura, et spécialement les douleurs de sa Passion. Pour encens, elle présenta l'âme très sainte du Christ afin que les ardentes prières qui s'élevèrent de cet encensoir, suppléassent à toutes les négligences des créatures. Enfin elle offrit comme or, pour réparer l'imperfection de tous les êtres créés, la très parfaite Divinité et les délices dont elle est la source. Le Seigneur Jésus lui apparut portant cette offrande même, comme un trésor infiniment précieux, afin de la présenter à l'adorable Trinité. Tandis qu'il s'avançait ainsi au milieu du ciel, toute la cour céleste, pénétrée de respect, paraissait fléchir le genou et s'incliner profondément, selon la coutume des personnes dévotes lorsque le Corps du Seigneur passe devant elles.

(2)Elle comprit alors que si une personne offre à Dieu ses prières et ses travaux, toute la cour céleste exalte ce don comme une étrenne très précieuse aux yeux du Seigneur. Et lorsque, non content d'apporter son propre bien, on y ajoute les œuvres plus parfaites du Fils de Dieu, les saints, comme nous l'avons dit, témoignent tant de révérence à ce présent, qu'il semble que rien ne l'égale en grandeur, si ce n'est l'unique et adorable Trinité, qui est au-dessus de tout.

(3) elle fut excitée par l'exemple des bienheureux Mages, se leva en esprit dans une grande ferveur et se prosterna aux pieds sacrés du Seigneur avec la plus humble dévotion, pour les adorer au nom de tout ce qui existe au ciel, sur la terre et dans les enfers.

(3)Elle attira donc dans son cœur toutes les peines, les douleurs, les craintes et les anxiétés que les créatures ont pu souffrir, non pour la gloire du Créateur, mais par suite de l'infirmité humaine, et les offrit au Seigneur comme une myrrhe de choix
-En second lieu
elle rassembla toute la fausse sainteté, la dévotion de parade qu'ont affectée les hypocrites, les pharisiens, les hérétiques et gens de même sorte, et la présenta au Seigneur comme le sacrifice d'un encens d'agréable odeur.
-Pour la troisième offrande,
elle s'efforça de recueillir l'affection naturelle et même l'amour faux et impur dépensé en vain par tant de créatures, afin de les présenter à Dieu comme un or très précieux. En vertu de son ardent et amoureux désir qui s'efforçait de ramener toutes choses à la gloire de son Bien-Aimé, ces misérables offrandes devinrent comme l'or purifié dans la fournaise et séparé par la fusion de toutes ses scories. Elle les présenta ainsi au Seigneur après leur avoir communiqué cette valeur merveilleuse.

(4)Le Seigneur trouva ses délices dans la variété de ces offrandes qu'il estimait comme des étrennes de grand prix. Il les recueillit sous forme de pierres précieuses et les attacha à son diadème royal: « Voici ces pierreries que tu viens de m'offrir, dit-il, je les accepte avec joie à cause de leur rareté. En souvenir de ton amour très spécial, je les porterai toujours sur le diadème qui orne ma tête, et je me glorifierai devant toute la milice céleste de les avoir reçues de toi, ô mon épouse: c'est ainsi que l'empereur de la terre fixe sur sa couronne la pierre appelée vulgairement ein Besant 1 ; il la porte à cause de sa beauté, car il ne s'en trouve pas de semblable dans tout l'univers.

(5)Elle se souvint alors d'une personne qui maintes fois l'avait priée d'offrir quelque chose pour elle au Seigneur en ce jour ; et lorsqu'elle eut demandé à Dieu ce qui lui serait agréable, il répondit :

« Offre-moi ses pieds, ses mains et son cœur :
-Les pieds désignent les désirs :
puisque cette personne voudrait me dédommager pour les douleurs de ma mort, qu'elle s'applique à supporter toutes ses propres douleurs physiques et morales. Qu'elle les souffre en union avec ma Passion, pour la louange et la gloire de mon Nom, l'utilité de l'Église mon Épouse; j'accepterai ce présent comme une myrrhe choisie
-Les mains symbolisent l’action ;
qu'elle ait soin d'accomplir ses œuvres corporelles et spirituelles en les unissant aux œuvres très parfaites de ma sainte Humanité. Cette intention ennoblira, sanctifiera tous ses actes et me sera aussi agréable que le sacrifice d'un encens parfumé.
, j'accepterai tous ses actes comme la parfaite oblation d'un or très pur.
Pour cette humble confiance qui l'a portée à rechercher mes désirs par un intermédiaire, sa volonté sera unie à ma divine volonté, aussi étroitement que l'or et l'argent soumis ensemble à l'action du feu forment un alliage indissoluble. »

(6) pour récompenser la confiance avec laquelle ces personnes les avaient remises à celle-ci,(sainte Gertrude)



CHAPITRE VII.

VÉNÉRATION DE LA SAINTE FACE DU SEIGNEUR AU DIMANCHE  Omnis terra 1. 1. Second Dimanche après l'Epiphanie. Omnis terra est le début de l’Introït = Chant d’Entrée : Que la terre entière se prosterne devant toi

Face du Seigneur, elle se prépara à cet acte par une confession spirituelle



(1)Il ajouta : « Pour l'amendement de tes fautes, tu accompliras la satisfaction que je t'impose : chaque jour de l'année tu pratiqueras une bonne œuvre quelconque, en t'unissant à la tendresse infinie par laquelle je t'ai remis tous tes péchés. »

(2) « Que ferai-je, ô mon Dieu, dit-elle, si j'omets d'accomplir cette bonne œuvre quand l'occasion s'en présentera ? » Le Seigneur répondit : « Pourquoi négligerais-tu une chose si facile ? Car ma bonté acceptera un seul pas fait à cette intention, un fétu ramassé à terre, une parole un signe d'amitié, même un Requiem que tu auras dit pour les défunts ou toute autre prière récitée pour les pécheurs ou les justes. » Rassurée par cette réponse, elle se mit à prier pour ses plus intimes amis, afin qu'ils reçussent de la divine miséricorde la même consolation. Le Seigneur en accédant à sa demande, lui dit: « Tous ceux qui voudront accomplir avec toi la pénitence que je t'ai imposée, recevront également la rémission de leurs péchés en vertu de ma bénédiction. »

(3)Le Seigneur dit ensuite : « Avec quelle bienveillante affection je recevrais celui qui viendrait m'apporter les fruits des œuvres de son amour au bout d'une année, en si grand nombre, qu'il dépasserait celui des fautes commises ! » Mais elle objecta : « Comment cela serait-il possible, ô mon Dieu, puisque l'homme est tellement enclin au mal, qu'il lui arrive de pécher plusieurs fois dans une heure? » Le Seigneur répondit : «Pourquoi serait-ce si difficile, puisque moi Dieu j'y prévois tant de joie que si l'homme voulait y apporter le moindre zèle, je l'aiderais par ma toute-puissance? Ma divine sagesse prévaudrait. » Celle-ci ajouta : « Que donneriez-vous, ô mon Dieu, à celui qui aurait accompli ces choses avec le secours de votre grâce ? » Le Seigneur répondit : « Je ne peux te l'exprimer que par ces paroles : Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté dans le cœur de l'homme. » (I Cor. ii, 9.) Oh quel bonheur goûterait celui qui aurait pratiqué cet exercice de l'amour au cours de sa vie pendant une seule année ou même un seul mois ! Assurément il pourrait espérer recevoir de la bonté du Seigneur cette récompense.

(5)Ensuite le très doux Seigneur, entraîné par sa bonté naturelle, leva sa main sacrée pour bénir, en disant : «Tous ceux qui, attirés par le désir de mon amour, garderont le souvenir de la vision de ma face, recevront par la vertu de mon Humanité l'impression vivante et lumineuse de ma Divinité. Cette lumière éclairera toujours les profondeurs de leur âme, et dans la gloire éternelle la Cour céleste admirera sur leurs traits plus de ressemblance avec ma divine face. »





CHAPITRE VIII.

DE LA BIENHEUREUSE AGNÈS, VIERGE ET MARTYRE.



(2): « La parfaite pureté rapproche l'homme de Dieu ». (Sag. VI, 20.)



CHAPITRE IX.

DE LA PURIFICATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE.



(4) le Seigneur trouve ses délices dans le cœur qui s'ouvre et se déploie par le souvenir perpétuel de ses misères et des bienfaits gratuits de Dieu.

(8) Ces colombes figuraient la vie simple et innocente des fidèles qui agissent avec discrétion, à la manière des colombes, rejetant ce qui est mauvais, et choisissant le bon grain, c'est-à-dire cherchant à imiter les plus beaux exemples de la vie des saints. S'il est permis de le dire, les fidèles semblent de cette manière racheter le Seigneur, c'est-à-dire que, dans leur sainte vie, ils réalisent des choses comprises dans la doctrine du Seigneur, et qu'il a eu dessein de ne pas accomplir par lui-même.





CHAPITRE X.

DE SAINT GRÉGOIRE PAPE.





(2)Les consolations divines réjouissent l'âme fidèle, en proportion de la multitude des douleurs du cœur de l'homme » (Ps. xciii=94, 19),



CHAPITRE XII.

DE L'ANNONCIATION DU SEIGNEUR.

(3)De même je prends mes délices dans les cœurs de ceux qui confient avec humilité, patience et reconnaissance, les misères de leur vie à ma bonté paternelle, laquelle transforme en biens pour ceux qui l'aiment, les prospérités ou les adversités de ce monde. »

(5)Celle-ci apprit encore qu'à chaque Ave Maria récité dévotement par les fidèles, ces trois ruisseaux venaient cerner de toutes parts la bienheureuse Vierge, traverser son cœur très saint et remonter vers leur source première en produisant d'admirables effets. Car ce flux et ce reflux se transforment en sources de joie, de délices et de bonheur sans fin qui jaillissent sur les anges et les saints, tandis que les fidèles, en répétant cette salutation, sentent se renouveler en eux tout le bien qui leur est venu par le mystère de l'Incarnation.

(9)Tandis qu'on lisait dans l'Évangile: Ecce ancilla Domini : Voici la servante du Seigneur, celle-ci salua la Mère de Dieu avec grande dévotion, lui rappelant la joie ineffable qu'elle avait ressentie, lorsqu'elle prononça ces paroles pour abandonner avec pleine confiance à la divine volonté sa personne et tout ce qui devait s'opérer en elle.

La bienheureuse Vierge lui répondit avec une douce bonté :::

(9) « A celui qui m'invoquera au nom de cette joie, je montrerai ce qui est demandé par ce vers de l'hymne d'aujourd'hui: Monstra te esse Matrem : Montre que tu es Mère ; je lui apparaîtrai vraiment comme Mère du Roi et du Pontife suprême : du Roi, par la puissance; du Pontife, par l'excès de tendresse et de miséricorde dont j'userai à son égard. »





Annonciation=

(11)Celle-ci voulut connaître ensuite quelle prière serait la plus agréable à la bienheureuse Vierge en cette fête. Elle apprit de la Vierge-Mère elle-même que si chaque jour de l'octave on récitait avec dévotion quarante cinq Ave Maria, en mémoire des jours que le Seigneur Jésus mit à croître dans son sein, elle accepterait cet hommage aussi favorablement que si on l'avait servie et assistée de tout cœur, à partir du jour où elle conçut le Seigneur jusqu'à celui où elle l'enfanta. Et comme elle n'aurait pu rien refuser alors à ceux qui l'auraient servie; de même il lui serait impossible de ne pas exaucer ceux qui lui rendent cet hommage.

L’Ave Maria :

Celle-ci comprit, par une lumière spéciale, comment il fallait réciter l'Ave Maria :
-A ce premier mot Ave, on devait demander le soulagement des personnes qui sont dans la peine ;
-au suivant, Maria, qui signifie mer d'amertume, prier pour la persévérance des pénitents;
-à ces mots : gratia plena, demander la saveur de la gràce pour ceux qui ne la goûtent pas;
-à : Dominus tecum, implorer le pardon des pécheurs ;
-à : benedicta tu in mulieribus, l'avancement de tous ceux qui entrent dans la bonne voie;
-par les mots : Jesus qui est splendor paternæ claritatis, demander la vraie science;
-par : Christus et figura substantiæ ejus, l'amour divin pour ceux qui ne le possèdent pas.
Car à chaque Ave Maria il fallait ajouter ces mots : « Jesu splendor paternæ claritatis et fgura substantiæ ejus : Jésus splendeur de la gloire du Père et figure de sa substance. »







CHAPITRE XIII.

DES INTENTIONS QUE L'ON DOIT AVOIR POUR L'ÉGLISE. DIMANCHE Circumdederunt 11. Dimanche de la Septuagésime. Chant d’entrée : Les râles de la mort m’étouffaient…



(2)Elle comprit alors que si une personne écrit ou enseigne avec intention de procurer la gloire de Dieu et le salut du prochain, le bien que tous ces travaux produisent durant la suite des âges augmente les mérites de cette âme, à cause de l'intention surnaturelle qui l'animait dès le début.

(3)Le Seigneur dit aussi : « Que celui qui, pour obéir aux exigences de sa nature, mange, boit ou dort, ait soin de me dire de bouche ou de cœur :

« Seigneur, je prends cette nourriture ou ce soulagement, uni à l'amour par lequel vous l'avez de toute éternité préparé pour mon bien, et à l'amour par lequel vous l'avez sanctifié, lorsque votre très sainte Humanité daigna se soumettre à ressentir la même nécessité pour la gloire de Dieu et le salut du genre humain. Je vous demande qu'en union de votre divin amour, ces actes servent à accroître la gloire des élus et à procurer le bien des habitants de la terre et des âmes du purgatoire. » Chaque fois qu'une personne jouira d'un bien-être quelconque avec cette pure intention, ce sera comme si elle étendait devant moi un bouclier très ferme qui me protégera contre les attaques des mondains. »



CHAPITRE XIV.

DE LA CONSTRUCTION DE L'ARCHE. DIMANCHE Exurge 1. Dimanche de la Sexagésime : Lève-toi, Seigneur…

(1) « Comme j'ai juré à mon serviteur Noé de ne plus amener les eaux du déluge sur la terre pour la détruire, de même je te jure par ma Divinité, que pas un de ceux qui auront écouté tes paroles avec humilité et les auront pratiquées ne pourra jamais errer 3 ; mais s'avançant dans une voie droite et sûre, il arrivera jusqu'à moi qui suis la voie, la vérité et la vie: Ego sum via, veritas et vita (Jean. xiv, 6). Je confirme ce serment par le sceau de ma très sainte Humanité (que je ne possédais pas en ce temps-là parce que je ne m'étais pas encore fait homme). »

(3)Le Seigneur répondit : « Tu me construiras dans ton cœur une arche très agréable. Remarque bien que l'arche de Noé avait trois étages les oiseaux occupaient la partie supérieure, les hommes le milieu, et les animaux la partie inférieure. Partage donc ainsi tes journées :
« depuis le matin jusqu'à None tu me rendras du fond du cœur, au nom de toute l'Église, des louanges et des actions de grâces pour tous les bienfaits dont j'ai comblé les hommes, depuis le commencement du monde jusqu'à présent, et spécialement pour cette immense miséricorde par laquelle chaque jour, depuis le matin jusqu'à None, je m'immole sur l'autel pour le salut du monde. Cependant les hommes ingrats semblent mépriser tous ces biens, pour s'adonner à l'ivresse et à la satisfaction de leurs goûts dépravés. En suppléant à leur ingratitude par les sentiments de reconnaissance que tu m’offriras en leur nom, j'estimerai que tu réunis les oiseaux dans la partie supérieure de l'arche.
(4)«
Depuis None jusqu'au soir, exerce-toi en toutes sortes de bonnes œuvres, en union des actes très saints que pratiqua mon Humanité. Agis dans l'intention de suppléer à la négligence universelle, par laquelle le monde répond à mes bienfaits. En faisant cela, tu rassembleras pour moi tous les hommes au centre de l'arche.

(5) « Au soir, souviens-toi dans l'amertume de ton cœur de l'impiété du genre humain ; car non seulement il m'a refusé les hommages de sa reconnaissance, mais il a encore provoqué ma colère par toutes sortes de péchés. En expiation de tous ces crimes, offre-moi tes peines unies aux amertumes de ma Passion et de ma mort; c'est ainsi que tu enfermeras les animaux dans la partie inférieure de l'arche. »

(8)Le Seigneur lui dit : « Récite le Confiteor.» Quand elle l'eut achevé avec une humble dévotion,

(9) « Hélas ! Seigneur, que les hommes se lèvent de bonne heure pour vous offenser par leurs festins !»





CHAPITRE XV.

DE L'ALLÉGEMENT DES PEINES. DIMANCHE Esto mihi 1. Dimanche de la Quinquagésime : Sois pour moi, Seigneur…



(1)Après avoir passé toute cette journée dans la joie spirituelle, un incident la jeta vers le soir dans un tel trouble, que toutes ses jouissances s'évanouirent. Elle s'efforça de faire diversion; mais tout en voyant que cette peine n'avait aucune importance, elle ne put cependant triompher de sa disposition et resta privée, dans une certaine mesure, du calme et de la sérénité dont elle avait auparavant joui.

(2)Avant les Matines, et après avoir passé presque toute la nuit sans sommeil à cause de ce trouble d'esprit, elle pria le Seigneur d'écarter cet obstacle, et de lui accorder, pour l'honneur et la gloire de Dieu, de jouir encore des mêmes délices. Le Seigneur lui répondit : « Si tu veux alléger mon fardeau, il te faut nécessairement porter le tien et te placer à ma gauche 2

(2)…je respire cette confiance assurée qui te fait tendre vers moi par tout l'élan de ton cœur, et je suis doucement ému par l'ardente charité de ton âme qui désire le salut éternel de tous les hommes. Le riche trésor de ton cœur demeure ouvert devant moi, et je puis distribuer au monde entier assez de ta bonne volonté, pour que tous les nécessiteux en ressentent les bienfaits. Au contraire, si tu étais placée à ma droite, c'est-à-dire si ton âme ne connaissait que la consolation, je serais privé de toutes ces douceurs, car ma tête reposerait sur ton cœur, et tu sais que les objets placés sous la tête ne peuvent être vus par l’œil ni perçus par l'odorat, ni même touchés par la main sans difficulté. »

(3)Tu ne peux m'offrir rien de plus agréable, que de supporter patiemment, en souvenir de ma Passion, les peines intérieures et extérieures qui pourront t'advenir, et de te contraindre à faire ce qui te répugne davantage. C'est ce que tu pourras accomplir avec fruit par la garde et la domination de tes sens extérieurs, car on peut espérer de ma divine bonté une grande récompense, si l'on pratique le renoncement en mémoire de ma Passion. »

« Pour le monde »

(4)Le Seigneur répondit : « J'accepterai volontiers que l'on dise trois fois Pater noster ou Laudate Dominum omnes gentes en offrant à Dieu le Père :
-
la première fois, toutes les affections de mon très saint Cœur, par lesquelles je m'épuisais sur la terre en louange, en actions de grâces, en soupirs, en prières et en amour pour le salut des hommes, et pour l'expiation des affections terrestres et charnelles, ainsi que des volontés perverses qui entraînent les cœurs.
- La seconde fois,
qu'on offre à Dieu le Père les exercices de ma bouche très pure qui garda l'abstinence et la tempérance dans les conversations aussi bien que dans les repas, qui se fatigua pour le salut des hommes par la prédication et la prière continuelle. Qu'on offre tout cela en expiation des péchés commis dans l'Église universelle par la gourmandise et l'ivrognerie, par la multitude des paroles inutiles ou mauvaises.
- En troisième lieu,
qu'on offre à Dieu le Père les actes de mon très saint corps, les mouvements de mes membres, et tout le cours de ma vie très parfaite. Qu'on y joigne les amertumes de la Passion et de la mort que j'ai souffertes pour la rédemption du genre humain et que cette offrande soit présentée en expiation de tous les péchés que le monde commet en ce temps, par tant d'actes et de démarches contraires au salut. »



(5)Vers l'heure de Tierce, le Seigneur Jésus lui apparut, tel qu'il était quand on l'attacha à la colonne pour le flageller: deux bourreaux se trouvaient là, un le frappait avec des épines, l'autre avec un fouet noueux. Tous deux s'attaquaient au visage de Jésus, ce qui mettait sa très sainte face dans un état si pitoyable, que le cœur de celle-ci se fondit à cette vue. Elle fut émue d'une si profonde compassion, que pendant toute cette journée, elle ne pouvait retenir ses larmes quand ce spectacle se présentait à sa mémoire. Elle était persuadée que nul homme sur la terre n'eut jamais un aussi triste aspect que celui du Seigneur en ce moment. En effet, le côté du visage frappé par les épines lui parut tellement déchiré, que la prunelle de l’œil n'était même pas épargnée, tandis que l'autre côté était devenu livide et gonflé sous les coups du fouet noueux. Dans l'excès de sa douleur, le Seigneur détournait sa face ; mais s'il se dérobait à un bourreau, c'était pour être frappé plus cruellement par l'autre. Se tournant alors vers celle-ci, il lui dit: « N'as-tu pas lu qu'il est écrit de moi : « Vidimus eum tanquam leprosum : Nous l'avons vu comme un lépreux, etc.? » (Isaïe, LIII, 2, 4.) -- Ah ! Seigneur, répondit-elle, comment pourrait-on calmer ces douleurs cruelles de votre très douce face ? » Le Seigneur répondit : « Celui qui se sentira touché d'amour en méditant ma Passion, et priera pour les pécheurs, m'apportera un remède excellent qui adoucira toute ma souffrance. »

(7)…, la charité est spécialement recommandée afin que nous nous exercions dans l'amour de Dieu et du prochain: de Dieu, en déplorant l'outrage qu'il a subi ; du prochain, en songeant avec compassion au jugement rigoureux qu'il se prépare. Notre meilleur moyen de réparer l'honneur de Dieu et de secourir nos frères sera le souvenir de la Passion du Seigneur : nous rendrons grâces alors à celui qui a tant souffert pour nous, et nous le prierons d'épargner ceux pour qui il a voulu mourir.



(8) « Sois ma protectrice, ô toi ma bien-aimée, en te proposant de me défendre, s'il était possible, contre les insultes dont on m'accable particulièrement en ces jours; car maintenant, repoussé de tous et désirant me reposer, je viens me réfugier près de toi. »





CHAPITRE XVI.

QUE TOUTES NOS BONNES OEUVRES SONT COMPTÉES, ET COMMENT NOUS POUVONS LES ENNOBLIR PAR L'UNION AVEC LA PASSION DU SAUVEUR.



(1) Je suis l'ami le plus fidèle et ne puis omettre de récompenser ceux qui m'ont fait du bien.

Un service rendu aux jours de l'adversité est mieux reçu et a plus de mérite que s'il est rendu au temps de la prospérité; de même je suis plus touché des preuves de fidélité qui me sont données en ces temps où le monde me persécute. »

==ici le carnaval du mardi gras

(2)Les lettres rouges indiquaient les œuvres faites en mémoire de la Passion de Jésus-Christ, avec le désir amoureux de venir en aide à la sainte Église.

pour obtenir le salut de tous les hommes par les mérites de la Passion, avec renonciation complète à tout mérite, à toute récompense, afin d'offrir à Dieu un pur hommage d'amour et de louange.

(3)Seigneur répondit : « Vous devez vous unir à ma Passion pour pratiquer les jeûnes, les veilles et toutes les observances de votre Règle. De plus, celui qui mortifie ses sens doit penser à l'amour qui a retenu tous mes sens aux heures de ma Passion. D'un seul regard j'aurais pu terrasser mes ennemis ou convaincre d'un seul mot tous mes contradicteurs ; mais comme la brebis qu'on mène à la boucherie (Isaïe, LIII, 7), j'ai incliné la tête et baissé les yeux. Devant le juge je n'ai pas ouvert la bouche (Ibid.) pour opposer une parole d'excuse à toutes les fausses accusations qui s'élevaient contre moi. »

(4)Elle dit encore : « O le meilleur des Maîtres, veuillez m'enseigner une pratique en l'honneur de votre sainte Passion. » Le Seigneur répondit : « Prie les bras étendus afin de présenter à Dieu le Père une image de ma Passion ; que cette prière soit offerte pour l'Église universelle, et en union de cet amour qui m'animait, lorsque j'étendis les bras pour me laisser attacher à la croix. » Elle dit : « Celui qui adoptera cette pratique devra se cacher dans un lieu écarté, car ce n'est pas l'usage de prier ainsi 1. - Ce soin de rechercher un lieu retiré pour me prier, dit le Seigneur, me sera déjà agréable, et relèvera l'acte lui-même comme une pierre embellit un collier. » Il ajouta : « Celui qui s'habituerait à prier en public, les bras étendus, sans crainte de contradiction, me procurerait l'honneur qu'on rend à un roi au jour de son intronisation.





CHAPITRE XVII.

OFFRANDE DU SEIGNEUR POUR L’ÂME DE GERTRUDE 1. LES TROIS VICTOIRES DU SEIGNEUR.
DIMANCHE Invocabit 2. 1. C’est un des rares endroits de ce livre où le nom de Gertrude est mentionné.
2. Le premier dimanche de Carême : Qu’il m’appelle, dit le Seigneur…



(1) « O Père, dit-il, parce que je suis votre Fils unique coéternel et consubstantiel, je connais dans mon insondable sagesse toute l'étendue de la faiblesse humaine; je la connais mieux que cette âme elle-même et que toute autre, aussi je compatis de mille manières à cette faiblesse. Dans le désir d'y suppléer je vous offre, ô Père très saint, l'abstinence de ma bouche sacrée pour réparer les paroles inutiles que cette élue a prononcées. Je vous offre aussi, ô Père très juste, la retenue imposée à mes oreilles très saintes, pour toutes les fautes où le sens de l'ouïe l'aura fait tomber. Je vous offre encore la mortification de mes yeux, pour effacer les taches qu'elle peut avoir contractées par des regards illicites, et la mortification de mes mains et de mes pieds pour toutes les imperfections de ses oeuvres et de ses démarches. Enfin, ô Père très aimant, j'offre à votre Majesté mon Cœur déifié, pour tous les péchés qu'elle aura commis par pensées, par désir et par volonté. »

(3) les trois inclinations vicieuses qui entraînent les hommes :
- la concupiscence de la chair ou la recherche des plaisirs des sens ;
- la concupiscence des yeux ou le désir des richesses et des honneurs ;
- l'orgueil de la vie ou l'amour de sa propre excellence.

  Premièrement lorsque le diable, pour exciter dans le Seigneur la délectation du goût, lui eut dit: Dis que ces pierres deviennent des pains ; le Seigneur le repoussa avec sagesse par ces mots : l'homme ne vit pas seulement de pain, or celle-ci trouva dans cette glorieuse victoire l'expiation de toute délectation naturelle, et aussi la force de résister à tout attrait de ce genre. En effet
, plus on suit le penchant au mal, moins on a de force pour résister; c'est pourquoi chacun peut offrir à Dieu le Père cette première victoire du Fils de Dieu pour expier les péchés qu'il a commis par le mauvais usage des créatures et pour demander la force de résister à l'avenir.
  Dans la seconde victoire du Seigneur, l'âme trouva le pardon de toutes les fautes commises par son libre consentement, et aussi la force de résister désormais.
Chacun peut offrir cette victoire au Père tout-puissant pour expier les péchés de pensée, de parole et d'action qui ont blessé la conscience et pour obtenir la force de vaincre dans la suite.
 La troisième victoire du Seigneur donna à l'âme
le pardon des fautes qu'elle avait commises par concupiscence, en désirant avoir ce qu'elle n'avait pas ; elle lui donna aussi la force de résister à toute convoitise. Que chacun s'applique donc à obtenir la même grâce.

(4)L’Esprit-Saint est la Bonne Volonté, applique-toi par-dessus tout à posséder cette bonne volonté, alors tu pourras avoir la beauté et la perfection de chaque vertu, car la bonne volonté est plus fructueuse que tout. Celui qui a la bonne volonté de me louer, de m'aimer par-dessus toute créature, de me rendre grâces, de compatir à mes douleurs, de pratiquer les vertus de la manière la plus parfaite s'il le pouvait ; celui-là sera infailliblement récompensé par ma divine libéralité, et même avec plus de largesse qu'aucun homme ne l'aurait été en accomplissant réellement une bonne œuvre »







CHAPITRE XVIII.

DES OEUVRES DE MISÉRICORDE SPIRITUELLE. SECONDE FÉRIE 1. 1. Le lundi da la première semaine de Carême.

elle dit au Seigneur : « O mon Seigneur, il ne nous est pas possible, à nous qui vivons sous une Règle et ne possédons rien en propre, de donner effectivement à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif ou d'exercer quelque œuvre de miséricorde ; veuillez donc m'enseigner comment nous pourrons obtenir aussi cette très douce bénédiction promise dans l'Évangile à ceux qui pratiquent ces œuvres » Le Seigneur répondit : « Comme je suis en vérité le salut et la vie des âmes, j'ai toujours faim et soif de leur bien ;

aussi celui qui s'appliquera chaque jour à lire quelques paroles édifiantes de la sainte Écriture apaisera ma faim par cette suave réfection. Que s'il ajoute à cette lecture le désir d'obtenir la grâce de la dévotion et de la componction, il calmera ma soif.

Celui qui au moins une heure par jour s'efforcera de penser à moi avec toute l'attention de son âme, celui-là m'offrira une agréable hospitalité.

Je serai convenablement vêtu par l'âme qui s'exercera sans cesse dans les vertus,

j'estimerai aussi que celui-là m'aura visité dans mon infirmité qui aura repoussé avec force la tentation.

Enfin je recevrai les prières qui me serons offertes pour les pécheurs et les âmes du Purgatoire comme si, retenu moi-même dans une sombre prison, je me trouvais soulagé et consolé par une charitable visite.

» Le Seigneur ajouta : « Celui qui, pour mon amour, aura pratiqué chaque jour ces œuvres de miséricorde, surtout pendant le temps du Carême, sera récompensé par ma royale libéralité et par ma fidèle amitié. Mon incompréhensible puissance, mon insondable sagesse et mon infinie bonté sauront lui donner une abondante récompense. »



CHAPITRE XIX.

OFFRANDE FAITE POUR L'ÉGLISE. DIMANCHE Reminiscere 1. 1. Deuxième dimanche de Carême : Souviens-toi, Seigneur, de tes bontés…



Sous l'inspiration du Saint-Esprit, elle récita
- cinq Pater en l'honneur des cinq plaies du Seigneur pour expier tous les péchés que les hommes ont commis par leurs sens ;
- puis trois Pater en réparation des péchés commis par les trois puissances de l'âme, c'est-à-dire la raison, l'appétit irascible et l'appétit concupiscible.

  Elle offrit au Seigneur cette prière du Pater en union avec cette très parfaite intention qui la sanctifia à jamais dans son très doux Cœur et l'en fit jaillir pour le salut des hommes. Elle l'offrit à Dieu en réparation des fautes et des négligences que l'ignorance, la malice ou la fragilité humaine lui avaient fait commettre envers la Toute-Puissance invincible, l'inscrutable Sagesse et la Bonté infinie.

c'est-à-dire qu'elle reçut, à elle seule, les bénédictions qui seraient accordées à tous les hommes si chacun était disposé à recevoir une telle grâce.





CHAPITRE XX.

COMMENT ON PEUT ACHETER LES MÉRITES DU CHRIST. DIMANCHE Oculi 1. 1. Troisième dimanche de Carême : Mes yeux restent toujours tournés vers le Seigneur

m'acheter, par trente-trois Pater, la très sainte vie que j'ai menée ici-bas pour opérer le salut des hommes. Fais part ensuite; de ce profit à toute l'Église, pour ma gloire et le salut des âmes. »





CHAPITRE XXI.

LE BANQUET DU SEIGNEUR. DIMANCHE Lætare 1. 1. Quatrième dimanche de Carême : Réjouis-toi, Jérusalem

(3) si quelqu'un accomplit pour la gloire de Dieu une bonne œuvre, si peu importante qu'elle soit, s'il récite un Pater, un Ave ou un seul psaume pour lui-même ou pour le salut de l'Église, le Fils de Dieu accepte cette offrande comme un fruit de sa très parfaite Humanité, rend grâces à Dieu le Père, bénit le fruit, le multiplie et le distribue à toute l'Église pour avancer le salut éternel des hommes.



CHAPITRE XXII.

UTILITÉ DU SOUVENIR DE LA PASSION DU SEIGNEUR . DIMANCHE Judica 1. 1. Dimanche de la Passion : Rends-moi justice, ô mon Dieu…

(1)…comme elle venait de s'offrir tout entière à Dieu pour souffrir et accomplir en son âme et en son corps tout ce qui plairait à la divine volonté, le Seigneur parut accepter cette offrande avec une ineffable reconnaissance.

(2)Le Seigneur répondit : « Considère souvent en toi-même, avec reconnaissance et compassion, l'angoisse qui me plongea dans une suprême agonie pendant laquelle, moi, ton Créateur et ton Maître, je prolongeai ma prière (Luc, xxii, 43); rappelle-toi cette sueur de sang dont j'arrosai la terre, sous la véhémence de mes désirs et de mon amour; et enfin confie-moi toutes tes œuvres et tout ce qui te concerne en union avec cette soumission qui me faisait dire à mon Père: « Pater, non mea, sed tua voluntas fiat : Père, que votre volonté se fasse et non la mienne. » (Luc, xxii, 42).  Accepte la prospérité ou l’adversité parce que c'est mon divin amour qui dispose toutes choses pour ton salut. Reçois avec reconnaissance la prospérité que mon amour condescendant accorder à ta faiblesse, afin que tu te souviennes de l'éternelle félicité et que tu apprennes à l'espérer. Reçois aussi l'épreuve, en t'unissant à cet amour paternel qui m'engage à te l'envoyer, afin que par elle tu puisses acquérir les biens de l'éternité. »

(4) et murmura à l'oreille de son âme ces très douces paroles : « Je suis ton Créateur, ton Rédempteur, celui qui t'aime ; je t'ai acquise dans les angoisses de la mort, au prix de toute ma béatitude. » En ce moment, tous les saints manifestèrent une profonde admiration pour l'ineffable condescendance du Seigneur envers cette âme et ils en bénirent Dieu avec une grande joie.

(5)Le Seigneur dit ensuite : « Au jugement rigoureux du jour de la mort, quand l'homme est en butte aux accusations des démons, je témoignerai une tendresse égale à celle que je viens d'avoir pour toi, à celui qui aura opposé, aux injures et aux outrages dont on m'accable sur la terre, les douces salutations que ton amour t'a inspirées. Je le consolerai par ces mêmes paroles : Moi, ton Créateur, ton Rédempteur, etc. Et si ces paroles inspirent aux saints du Ciel une si grande admiration, combien plus seront terrifiés et mis en fuite les ennemis de l'âme qui aura mérité de ma bonté divine une telle consolation au jour du jugement. »





CHAPITRE XXIII.

COMMENT ON PRÉPARE L'ARRIVÉE DU SEIGNEUR ET COMMENT ON LUI DONNE  L’HOSPITALITÉ. DIMANCHE DES RAMEAUX



(1) « Donne-moi une monture, une foule qui vienne avec joie au-devant de moi, une foule qui me suive en chantant mes louanges, une foule qui m'accompagne et me serve. La contrition de ton cœur me servira de monture, si tu confesses avoir souvent refusé de suivre la voix de la raison et n'avoir pas plus remarqué que ne le ferait un animal, tout ce que ma bonté opérait pour ton salut. Cette négligence a troublé mon calme et ma sérénité ; et tandis que j'aurais dû ne goûter en toi que des joies spirituelles, je me vois contraint par la justice de te purifier par des peines corporelles ou spirituelles ; de cette façon, je souffre pour ainsi dire en toi, parce que l'amour de la divine bonté me force à compatir à toutes tes souffrances. Lorsque tu m'auras fourni cette monture, je m'y assiérai assez commodément.

(2) « Tu me donneras une foule venant joyeuse au-devant de moi, lorsque tu me recevras avec l'amour de toutes les créatures et en union avec la tendresse qui m'amena à Jérusalem en ce jour pour le salut de tous. Tu suppléeras ainsi aux louanges, aux actions de grâces, à l'amour et aux hommages qu'on a omis de me rendre pour ce bienfait.

(3) « Donne-moi ensuite une foule qui me suive en chantant mes louanges. Pour cela, confesse que tu ne t'es pas assez efforcée de suivre les exemples de ma très sainte vie. Offre-moi une volonté si généreuse, que si tu pouvais engager tous les hommes à imiter de la manière la plus parfaite ma vie et mes souffrances, tu y emploierais volontiers toutes tes forces, pour ma gloire. Demande en même temps qu'il te soit donné, autant qu'il est possible à l'homme, de m'imiter avec un zèle ardent, spécialement par la vraie humilité, la patience et la charité, vertus que j'ai pratiquées au suprême degré pendant ma Passion.

(4) « Donne-moi enfin une foule qui m'accompagne et qui m'assiste, en confessant que tu ne m'as jamais servi avec la fidélité requise lorsqu'il fallait défendre la vérité et la justice. Aie le désir de travailler à ces deux grandes causes autant qu'il me plaira par tes paroles, tes actes, et demande-moi d'avoir à toute heure cette bonne volonté afin de procurer ma gloire. »

(5)Le Seigneur ajouta : « Si quelqu'un, au nom de l'univers, se donne à moi de ces quatre manières, je viendrai à lui avec tant de bonté qu'il en recueillera le fruit du salut éternel. »

(9) mais comme j'avais le désir de beaucoup souffrir pour les hommes, je n'ai pas voulu y tremper mes lèvres. Toi au contraire, animée par un amour semblable, prends tout ce qui t'est nécessaire et profitable, afin de vivre plus longtemps pour me servir.

(10) « Dans cette coupe qui me fut offerte, considère trois choses. Elle contenait d'abord du vin : accomplis tous tes actes avec joie et pour ma plus grande gloire. Il s'y trouvait aussi de la myrrhe : reçois donc les soulagements avec intention de souffrir plus longtemps pour ma gloire ; c'est là le sens de la myrrhe qui préserve de la corruption. Enfin le fiel y était aussi mélangé, pour t'enseigner à demeurer volontiers sur la terre, privée des joies de ma douce présence, aussi longtemps qu'il me plaira. Quand les soulagements sont pris dans cette intention, ils ont pour moi le même effet que si un ami acceptait de boire tout le fiel présenté à son ami, et lui offrait en échange le nectar le plus exquis. »



(11)Ensuite à chaque bouchée de son repas, celle-ci redisait en son cœur ce verset : « Que la vertu de votre divin amour m'incorpore tout entière à vous, O très aimable Jésus. » Lorsqu'elle buvait, elle disait cet autre verset : « Répandez et conservez en moi, ô très aimable Jésus, l'effet de cette charité qui dominait en vous si parfaitement qu'elle vous fit refuser le breuvage qui devait hâter votre mort, afin de souffrir davantage pour nous; qu'il pénètre toute ma substance et qu'il infiltre sa vigueur dans les puissances, les sentiments, les mouvements de mon âme et de mon corps pour votre gloire éternelle. » Elle demanda au Seigneur comment il accepterait cette pratique de la part d'une autre personne. Le Seigneur répondit : « A chaque bouchée qu'elle mangerait, j'estimerais l'avoir prise avec elle pour me nourrir et me rassasier; lorsqu'elle boirait, je semblerais boire avec elle un breuvage d'amour qui enflammerait et exciterait notre mutuelle tendresse. Et quand l'heure en serait venue, je lui ferais sentir la force de mon amour, dans la mesure de ma toute-puissance. »

(14)Cette parole lui fit comprendre que si une âme désire offrir au Seigneur l'hospitalité, elle doit lui remettre la clef de sa volonté propre, s'abandonner à son bon plaisir et croire fermement que la divine bonté opérera son salut par tous les moyens possibles ; alors le Seigneur entre et accomplit dans ce cœur et dans cette âme sa volonté pleine d'amour.

Guidée ensuite par l'inspiration divine, elle récita comme de la part de tous ses membres, trois cent soixante-cinq fois cette parole de l'Evangile : « non mea, sed tua voluntas fiat : que votre volonté se fasse et non la mienne (Luc, xxii, 42), très aimable Jésus » ; et elle comprit que cette prière était agréable au Seigneur.

Seigneur répondit : « Mon divin Cœur accepte avec une grande satisfaction cette manière de célébrer la fête, car dans la vie éternelle celui qui l'aura pratiquée recevra d'abord la récompense de toutes ses œuvres. Ensuite je lui préparerai dans ma royale munificence un festin nuptial où il recevra plus d'honneurs, de joies et de délices que les autres invités, comme l'épouse au festin des noces jouit davantage de tous ces biens, quoique le roi, par égard pour elle, prodigue aux autres convives les présents de sa libéralité. »




CHAPITRE XXIV.

GÉNUFLEXIONS ACCEPTÉES DE DIEU. FÉRIE IVe DE LA SEMAINE SAINTE.



(1)A la férie quatrième1, comme on entonnait la Messe : In nomine Domini, etc. : Au nom de Jésus, que tout genou fléchisse au ciel, sur terre et dans les enfers…, celle-ci, dans toute l'affection de son cœur, fléchit les genoux en l'honneur de ce nom sacré pour suppléer à la négligence qu'elle avait apportée dans la révérence due à Dieu. Elle vit que cet hommage était agréable au Seigneur,
- et fléchit
une seconde fois les genoux au mot cælestium, pour réparer la négligence avec laquelle les saints qui règnent dans les cieux avaient pu célébrer ici-bas la divine louange. Aussitôt tous les saints se levèrent avec une grande reconnaissance, louèrent le Seigneur de ce qu'il avait accordé une telle grâce à cette âme et prièrent pour elle.


- Ensuite au mot terrestrium,
elle fléchit les genoux pour suppléer à l'imperfection que l'Église a apportée et apporte encore dans la divine louange ; et le Fils de Dieu lui rendit avec joie tout le fruit de la prière que lui offre la sainte Église.
- A ce mot : et infernorum, elle fléchit encore les genoux pour suppléer à tout ce qu'avaient négligé les réprouvés qui sont maintenant en enfer.
Alors le Fils de Dieu se leva, et se tenant devant son Père, il dit : « Ceci m'appartient en propre, ô Père, parce que vous avez remis tout jugement entre mes mains, et que j'ai condamné ces âmes aux tourments éternels par le juste arrêt de mon équitable vérité. C'est pourquoi je suis très honoré par l'expiation que cette créature vient de m'offrir. L'esprit humain ne peut saisir quelle récompense est réservée à cet acte; cependant je la garde pour l'avenir, lorsque cette âme sera capable de la recevoir dans la béatitude éternelle. »





CHAPITRE XXV.

DE L'OFFICE EN LA CÈNE DU SEIGNEUR.



(2)A Laudes, pendant le chant de l'antienne: Oblates est quia ipse voluit : Ofert parce qu’il l’a voulu, le Seigneur lui dit : « Si tu crois que j'ai été offert sur la croix à Dieu le Père parce que je l'ai ainsi voulu. crois aussi fermement que je désire encore m'offrir chaque jour pour tout pécheur avec autant d'amour que je me suis immolé pour le salut du monde entier. C'est pourquoi tout homme, bien qu'il se sente accablé sous l'énorme poids de ses crimes, doit espérer le pardon par l'offrande de ma Passion et de ma mort. Il est assuré d'obtenir le fruit salutaire de la rémission, car il n'existe pas sur la terre de remède plus efficace contre le péché, que le souvenir amoureux de ma Passion accompagné de la pénitence et d’une foi sincère. »

(4)-- Alors, veuillez m'enseigner, dit-elle comment je pourrai dignement prier pour toutes les âmes qui sont dans l'Église, et embraser davantage encore votre Cœur sacré. » Et le Seigneur répondit : « Si tu le désires, tu peux réaliser ce vœu en quatre manières:
1° loue-moi d'avoir créé les êtres à mon image et à ma ressemblance;
2° rends grâces pour les bienfaits que je leur ai accordés et ceux dont je les gratifierai encore;
3° gémis avec douleur sur tous les obstacles qui ont fait opposition au cours de ma grâce ;
4° prie pour toutes les âmes qui, selon les desseins de ma providence , se perfectionnent dans le bien afin de procurer ma louange et ma gloire. »

(5) Comme il avait reçu de la très pure Vierge sa mère une nature infiniment délicate,

(5)De plus, je veux encore que toutes les causes pour lesquelles tu me prieras aient toujours un heureux succès.

(7)Dans une autre occasion elle reçut cette lumière : chaque fois que l'homme regarde avec amour et désir la sainte hostie qui contient sacramentellement le Corps du Christ, chaque fois il augmente ses mérites pour le ciel. En effet, dans la vision de Dieu, il goûtera autant de délices spéciales qu'il aura de fois sur la terre contemplé le Corps du Christ ou désiré au moins le voir 6.





CHAPITRE XXVI.

DU SAINT JOUR DU Parasceve1, OU VENDREDI-SAINT.

(3)Ta bonne volonté et ta fidélité viennent de me satisfaire; mais, pour que je puisse trouver pleinement mes délices dans ton cœur, donne-moi la liberté d'opérer et de garder en lui tout ce que je veux, sans déterminer si j'y verserai la douceur ou l'amertume. »

(5)Cette union donnait aux prières de l'Église une splendeur magnifique et un parfum délicieux. Que chacun s'efforce donc de prier avec plus de dévotion en ce jour, pour la sainte Église, parce que la Passion de Jésus-Christ est ce qui donne le plus de valeur à nos prières aux yeux de Dieu le Père.

(6)… «Enseignez-moi, ô mon unique espérance et vrai salut de mon âme, comment je pourrais au moins vous remercier un peu, pour toutes ces souffrances qui vous furent si cruelles et qui me sont à moi si salutaires. »

Le Seigneur répondit:



« Si quelqu'un renonce à son propre sens pour suivre l'avis d'autrui, il me dédommage de la captivité que j'ai subie, des liens et des injures que j'ai supportés au matin de ma Passion.
- Celui qui avoue humblement ses fautes, me dédommage de l'accusation portée contre moi par de faux témoins et de la sentence de mort qui suivit.
-. Celui qui impose des privations à ses sens compense la flagellation que j'ai endurée à la troisième heure.
- Celui qui se soumet à des supérieurs mauvais et exigeants, rend moins acérées les épines de ma couronne.
- Celui qui, après avoir été offensé, fait le premier les démarches pour obtenir la paix, allège le fardeau de ma croix.
- Celui qui se livre tout entier aux oeuvres de charité, me dédommage de l'extension violente de mes membres quand je fus crucifié à la sixième heure.
- Celui qui ne craint ni le mépris ni la souffrance lorsqu'il s'agit de retirer le prochain du péché, me paie la mort que j'ai soufferte à la neuvième heure pour le salut des hommes.
- Celui qui répond avec humilité aux insultes me dépose de la croix.
- Enfin, celui qui préfère le prochain à lui même, et le trouve plus digne de recevoir les avantages et les honneurs, celui-là me dédommage de ma sépulture. »

(7)Elle ajouta : « Et quel mérite vous apporterai-je, lorsque vous daignerez venir à moi avec tant de générosité ? » Le Seigneur répondit: « Je te demande une seule chose : Viens à moi toute vide et disposée à recevoir ; car tout le bien qui pourra me plaire en toi, aura été un don de ma bonté infinie. » Elle comprit que ce vide est l'humilité par laquelle l'homme reconnaît n'avoir rien de lui-même et ne rien pouvoir sans un don gratuit de Dieu ; car tout ce qu'il peut faire, il doit le compter pour rien.





CHAPITRE XXVIII.

EXAMEN DE L'OBSERVANCE RÉGULIÈRE. Deuxième férie 1. 1. Lundi de Pâques


(2)Cette vision lui fit connaître que pendant les siècles éternels, Dieu et tous les saints voient de cette manière l'état de chaque élu.

(3)…mais toutes les taches de nos fautes apparaîtront à jamais en nous pour la louange et la gloire de cette très douce miséricorde, qui pardonne avec tant de bonté aux cœurs repentants, et nous prodigue ses bienfaits comme si nous ne l'avions jamais offensée. De même toutes les bonnes œuvres que nous avons faites pour l'amour et la louange de Dieu s'épanouiront éternellement à la gloire de Celui qui nous a donné la grâce et le secours pour les accomplir, afin d'accroître notre béatitude. Aussi, nous louerons les uns pour les autres, et nous aimerons à jamais ce Dieu qui vit et règne dans la Trinité parfaite et opère toutes choses en tous.






CHAPITRE XXX.

DE LA FÉCONDITÉ SPIRITUELLE. Quatrième férie 1. Mercredi de Pâques.



« Comme je viens d'aspirer mon souffle, ainsi j'attirerai vers moi tous ceux qui, pour mon amour, se porteront vers toi, et je les ferai avancer de jour en jour dans la perfection. »





CHAPITRE XXXI.

COMBIEN IL EST UTILE DE CONFIER NOS OEUVRES A DIEU.



De même, je semble tenir dans ma main les œuvres que tu as coutume de me confier, et comme de par ma toute-puissance et mon insondable sagesse j'ai tout pouvoir et toute science, mon amour infini prend aussi ses délices à corriger tous tes actes pour qu'ils me plaisent ainsi qu'à tous les habitants des cieux.





CHAPITRE XXXII.

OCTAVE DE LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR 1. COMMENT ELLE REÇUT LE SAINT-ESPRIT. 1. Dimanche Quasimodo : Comme des nouveau-nés…

(1) Il répondit : « Si tu désires recevoir le Saint-Esprit, il faut auparavant qu'à l'exemple des disciples, tu me touches le côté et les mains. » A ces paroles elle comprit que celui qui désire recevoir le Saint-Esprit doit d'abord toucher le côté du Seigneur, c'est-à-dire, considérer avec reconnaissance l'amour du Cœur de Dieu, car c'est par son amour que Dieu nous a prédestinés de toute éternité pour être ses fils et les héritiers de son royaume ; et c'est encore par cet amour qu'il nous comble de bienfaits infinis, malgré notre indignité et notre ingratitude. Il faut aussi toucher les mains du Seigneur, c'est-à-dire se rappeler avec reconnaissance les œuvres accomplies pour notre rédemption, rédemption à laquelle le Seigneur a travaillé avec amour pendant trente-trois années, principalement par sa Passion et par sa mort. Lorsque, à ces souvenirs, l'homme se sentira brûler d'ardeur, qu'il offre son cœur pour l'accomplissement du bon plaisir divin, en union de cet amour par lequel le Seigneur a dit: Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.(Jean. xx. 21.) Il devra encore ne vouloir et ne désirer que la volonté divine, et se montrer prêt à accomplir et à souffrir tout ce que Dieu ordonnera. Celui qui aura agi de la sorte recevra le Saint-Esprit, dans les sentiments qu'éprouvèrent les disciples, lorsqu'il leur fut communiqué par l'insufflation du Fils de Dieu.

(2)Le Seigneur répondit: « Celui qui après avoir été diacre est ordonné prêtre, ne perd pas pour cela la qualité de diacre, mais il reçoit l'honneur plus grand du sacerdoce. De même, lorsqu'un don est réitéré à une âme, il se trouve comme affermi en elle, et sert à augmenter sa béatitude.»




CHAPITRE XXXIII.

DE LA LITANIE MAJEURE AU JOUR DE SAINT MARC.



elle reçut cette lumière : les saints que nous invoquons prient pour nous, leur prière se réfléchit en Dieu comme un perpétuel mémorial de sa miséricorde à notre égard, et engage sans cesse le Seigneur à prendre pitié de nos misères. De la même manière, si nous invoquons un saint avec une affection et une dévotion spéciales, aussitôt ce saint voit se réfléchir en lui la lumière du joyau précieux qui le représente sur le vêtement du Seigneur, avec l'impression du nom de la personne qui l'a prié. Cette vue le provoque sans cesse à demander pour ceux qui le prient le salut et la vie éternelle.





CHAPITRE XXXV.

PRÉPARATION A LA FÊTE DE L'ASCENSION.



(1)II avait un visage plein de bonté, et la saluant à son tour par d'aimables paroles, il lui dit : « A l'heure de ta mort, je me montrerai à toi plein de charmes et de beauté, dans cette gloire et cette splendeur que tu vois aujourd'hui. Je couvrirai tes péchés et tes négligences d'un ornement semblable à celui dont tes prières ont décoré mes plaies, et cette faveur sera aussi accordée à tous ceux qui salueront chacune de mes plaies avec la même dévotion et les mêmes prières. »

(9)Une autre fois, pour saluer le Seigneur par chacun des membres de son corps, elle avait récité deux cent vingt-cinq fois ce verset : « Je vous salue, Jésus, Époux plein de charmes, je vous salue et je vous loue dans la joie de votre Ascension. »





CHAPITRE XXXVI.

DU JOUR SOLENNEL DE L'ASCENSION DU SEIGNEUR.

(1)Seigneur répondit : « Le nom de Béthanie signifie maison d'obéissance. Celui qui veut organiser une procession digne de moi doit, par l'offrande de son entière bonne volonté, m'introduire jusque dans le plus intime secret de son âme. Qu'il regrette ensuite les circonstances dans lesquelles il aurait préféré sa volonté à la mienne et qu'il se propose de chercher, de désirer et d'accomplir en tout mon bon plaisir.»

(3)…après l'exil de cette vie.

(4)Celle-ci, remplie d'admiration, dit au Seigneur : « O Dieu plein de bonté, ces sœurs ont-elles donc mérité quelque chose de plus que les autres, pour que vous daigniez ainsi leur passer l'anneau au doigt, comme gage d'un amour spécial ? » Le Seigneur répondit : « Pendant le dîner, elles ont pensé avec dévotion à la condescendance qui me porta à boire et à manger avec mes disciples avant de remonter aux cieux. Pour chaque bouchée qu'elles ont prise en méditant ce verset: « Virtus tui divini amoris, etc. : Que la force de votre divin amour, ô bon Jésus, m'incorpore à vous tout entière», la pierre de leur anneau possède une vertu toute particulière.

(5)En ce moment, elle comprit que par cette bénédiction, le Seigneur avait répandu sa paix divine dans les âmes qui avaient célébré dévotement son Ascension, à tel point que nulle vicissitude ne pourrait désormais les atteindre, car cette paix resterait toujours au fond de leur cœur, comme l'étincelle demeure cachée sous la cendre.





CHAPITRE XXXVII.

PRÉPARATION A LA FÊTE DE LA PENTECÔTE.



(1)Elle lui dit alors : « Hélas ! Mon Seigneur, j'ai peur de renverser bientôt ce rempart de paix, parce que je ne puis me retenir lorsque je vois qu'on vous offense, et je m'y oppose avec force. » Le Seigneur répondit : « Cette commotion ne renverse pas le rempart qui te protège, mais elle le garnit plutôt de meurtrières par lesquelles l'inextinguible ardeur du Saint-Esprit s'ouvre passage pour souffler sur ton âme ses brises rafraîchissantes. »

(2)Le Seigneur répondit: « On ne perd pas la concorde en s'opposant à l'injustice. Bien plus, je me pose moi-même sur les fissures de ce cœur que le zèle fait éclater, et ainsi j'affermis et je conserve en lui l'habitation et les opérations de mon divin Esprit. » Elle comprit aussi que tous ceux qui demanderaient au Seigneur de les préparer à la venue du Saint-Esprit par les vertus dont nous avons parlé, et s'efforceraient de les pratiquer, obtiendraient les mêmes grâces.





CHAPITRE XXXVIII.

DE LA DOUCE FÊTE DE LA PENTECÔTE.

(1)Elle comprit que cette source figurait la douceur de l'Esprit-Saint qui, par le Cœur du Fils de Dieu, se répand dans l'âme des élus.



(2)…elle dit au Seigneur : « O Seigneur, me voici, indigne pécheresse. Je confesse, hélas ! Avec douleur que, par suite de la fragilité humaine, j'ai souvent offensé votre toute-puissance divine. Par ignorance j'ai outragé votre suprême sagesse, et par malice, j'ai bien des fois rendu inutile votre incomparable bonté. O Père des miséricordes, ayez pitié de moi; que je trouve en votre toute-puissance la force de résister à tout ce qui n'est pas selon vos désirs. Que votre insondable sagesse me donne la prudence nécessaire pour prévoir tout ce qui blesserait en moi la pureté de vos regards. Enfin que votre inépuisable bonté m'accorde de vous rester si fidèlement attachée, que jamais en rien je ne m'éloigne de votre volonté. » En disant cette prière, il lui semblait se plonger dans la fontaine profonde qui avait été creusée en elle. Elle en sortit bientôt lavée de toute souillure et plus blanche que la neige.

(2)…et le souffle de Dieu figurait la condescendance de la miséricorde divine qui veut bien accepter le bon vouloir de l'âme.

(3)C'est donc par la recherche du bien et la fuite du mal que l'arbre de la crainte de Dieu produit ses fruits.

(4)De même, lorsqu'elle demanda au Seigneur les autres dons, chacun lui apparut comme un bel arbre couvert de fleurs et produisant les fruits qui lui sont propres.


- Les arbres de la science et de la piété semblaient distiller une très douce rosée, car ceux qui pratiquent les vertus de science et de piété sont comme baignés dans une rosée céleste qui les fait germer et fleurir.


- Aux arbres de conseil et de force, étaient suspendues de petites cordes d'or, pour montrer que l'âme est attirée vers le désir des choses spirituelles par le conseil et la force du Saint-Esprit.


- Enfin, des arbres de la sagesse et de l'intelligence jaillissaient de petits ruisseaux de nectar pour indiquer que l'âme est arrosée et toute pénétrée de la saveur divine, par l'esprit de sagesse et d'intelligence.

(6)Elle comprit que cette faveur lui était accordée, parce qu'elle avait demandé avec ferveur les dons du Saint-Esprit.





CHAPITRE XXXIX.

COMMENT ELLE ATTEIGNIT LA PLÉNITUDE DE LA VIE SPIRITUELLE. P103



(1)…à celle-ci que les négligences de sa vie étaient complètement réparées par la grandeur de ce Sacrement. Et du trône une voix se fit entendre qui disait : « Qu'elle approche avec confiance de la chambre nuptiale, celle qui réjouit l'Époux par les charmes de ces fleurs. » Elle comprit alors que le Seigneur, à cause de l'oblation de ce grand Sacrement, daignait la recevoir comme une âme parfaite dans l'état spirituel.



(2)Ensuite elle pria selon sa coutume, au premier Agnus Dei pour l'Église entière, afin qu'en toutes choses Dieu la gouvernât comme un père ; au second Agnus Dei, elle demanda le soulagement des âmes du purgatoire ; au troisième, elle pria le Seigneur de vouloir bien accroître les mérites des saints et des élus qui régnaient avec lui dans le ciel. A ces paroles : dona nobis pacem, le Seigneur s'inclina vers elle avec tendresse et imprima sur ses lèvres un baiser d'une telle vertu, que tous les saints en éprouvèrent l'efficacité, car, pénétrés de sa douceur, ils en reçurent une grande augmentation de joie et de mérite.







CHAPITRE XLI.

DE LA FÊTE DE LA GLORIEUSE TRINITÉ.

(1)En la fête solennelle de la resplendissante et toujours tranquille Trinité, elle récita en son honneur ce verset : « Gloire à vous, souveraine, très excellente, très glorieuse, très noble, très douce, très bénigne, toujours tranquille et ineffable Trinité ; Déité une et égale avant tous les siècles, maintenant et à jamais. » Comme elle offrait cette prière au Seigneur, le Fils lui apparut revêtu de son Humanité en laquelle il est dit moindre que le Père. Il se tenait en présence de l'adorable Trinité dans la grâce et la fleur de sa jeunesse, portant sur chacun de ses membres une fleur d'un tel éclat et d'une telle beauté, que rien ici-bas n'en peut donner une idée. Cette vision signifiait que la petitesse de l'homme se trouvant dans l'impossibilité d'atteindre jamais à l'inaccessible louange de la Trinité suprême, Jésus-Christ, dans cette humanité par laquelle il est dit moindre que le Père, s'est emparé de nos faibles efforts, et les a ennoblis pour en faire un digne holocauste à la suprême et indivisible Trinité.

(2)Alors le Fils de Dieu, s'approchant sous sa forme humaine, donna ce doux baiser à l'incompréhensible Divinité, à laquelle sa très sainte Humanité seule a mérité de s'attacher par le lien d'une inséparable union.

(3)Elle comprit que toutes les fois que l'on nommait en cette fête la personne du Fils, Dieu le Père comblait ce Fils bien-aimé de ses incomparables et infinies tendresses ; elles glorifiaient merveilleusement l'humanité de Jésus-Christ, et les élus recevaient par cette glorification une connaissance nouvelle de l'incompréhensible Trinité.

(5)« Si l'on examine la balance de la justice, tu as certainement mérité d'être privée de douceurs et de lumières spirituelles parce que, en prenant un plaisir naturel dans la sonore mélodie du chant, tu as suivi les mouvements de ta volonté propre; tu recevras néanmoins une récompense dans la vie future, parce que tu as préféré les labeurs de mon service à ton repos. »





CHAPITRE XLII.

DE SAINT JEAN-BAPTISTE.



(2)Elle voyait aussi le même Jean-Baptiste prier pour tous ceux qui avaient célébré sa fête, et leur obtenir les mêmes mérites que lui le Précurseur avait acquis par ses fidèles travaux, quand il s'appliquait avec zèle à convertir au Seigneur les cœurs des peuples.


CHAPITRE XLIII.

DE SAINT LÉON PAPE.

(1)Elle reçut alors du saint les instructions suivantes : la personne pour laquelle elle priait devait, avant de se rendre quelque part ou d'entreprendre un travail quelconque pouvant être une occasion de tentation, réciter ce verset : « Que mon cœur et mon corps deviennent immaculés. » (Ps. CXVIII=119. 80.) Elle devait ensuite, son œuvre terminée, remercier le Seigneur de l'avoir préservée des chutes, car aucune créature ne pèche si grièvement qu'elle ne puisse pécher plus grièvement encore, si la miséricorde de Dieu ne la gardait. Toutefois, si elle commettait quelque faiblesse, elle devait offrir en réparation à Dieu le Père la très innocente Passion et mort de Jésus-Christ. Le saint ajouta que si cette personne était fidèle à cette pratique, Dieu ne permettrait jamais qu'elle tombât jusqu'à encourir la damnation.

(2)Celle-ci comprit donc que si on rend grâces à Dieu pour une victoire remportée par le prochain ou pour un bienfait qu'il a reçu, ou encore si l'on instruit quelqu'un pour le rendre meilleur, on acquiert pour ainsi dire le mérite des autres en plus du mérite personnel





CHAPITRE XLIV.

DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL.

(1): Nourris ton cœur par des méditations divines, ta bouche par des paroles salutaires, tes yeux par de saintes lectures, tes oreilles par d'utiles avis, tes mains par des travaux continuels. Chaque fois en effet que tu t'appliqueras à l'un de ces exercices, j'y trouverai la plus grande démonstration de ton amour. »
-
Dans les méditations divines elle comprit qu'il fallait inclure tous les projets conçus pour la gloire de Dieu, le profit personnel ou 1e salut du prochain.


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Les entretiens salutaires et les saintes lectures comprenaient tout ce qu'il est bon de regarder, comme l'image du crucifix, les souffrances des malades, les exemples des justes.


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Pour ce qui concerne les avis utiles, elle vit que les oreilles sont pour ainsi dire nourries selon le bon plaisir de Dieu, lorsqu'on reçoit avec patience les réprimandes.


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Quant au travail incessant des mains, comme elle pensait qu'on ne peut le pratiquer simultanément avec la lecture, il lui fut donné de comprendre que le Seigneur accepte comme un travail le désir ou l'intention de lire, ou même qu'il compte l'acte de tenir le livre en mains ou autres actes semblables.

(3)De même tous les saints prennent part au bonheur de l'âme qui reçoit avec amour le Sacrement de l'autel.





CHAPITRE XLV.

DE SAINTE MARGUERITE VIERGE.

(2)…après avoir souffert un peu de temps en ce monde diverses maladies et adversités, tu te réjouiras éternellement dans la gloire du ciel. Pour chaque instant de souffrance corporelle, ton Époux et l'ami de ton âme te rendra mille et mille années de consolations célestes.

Les souffrances que tu éprouves en ton cœur ou que tu rencontres dans tes travaux, c'est lui qui te les envoie par une disposition toute spéciale de son amour ; par ce moyen, il te sanctifie d'une façon admirable d'heure en heure, de jour en jour, et te prépare à la béatitude éternelle.

Songe qu'à l'heure de ma mort, c'est-à-dire au jour où je reçus cette gloire dans laquelle je tressaille maintenant, je n'étais pas vénérée par tout l'univers comme je le suis ; j'étais au contraire méprisée et regardée à peu près comme une misérable. Crois donc fermement qu'au terme heureux de ta vie, tu jouiras dans une gloire sans fin des doux embrassements de l'Époux immortel, au sein de ces célestes délices que l’œil n'a pas vues, que l'oreille n'a pas entendues, que le cœur de l'homme n'a pas conçues et que Dieu prépare à ceux qui l'aiment. »



CHAPITRE XLVI.

DE SAINTE MARIE MADELEINE.

(2)Le Seigneur répondit : « C'est avec raison que tu m'as lavé les pieds en leur nom ; et maintenant dis à celles pour qui tu pries qu'elles me les essuient elles-mêmes de leurs cheveux, qu'elles les baisent et les oignent de parfums. » Elle comprit alors que ces personnes devaient observer trois choses :
- d'abord
pour essuyer les pieds du Seigneur, elles devaient considérer et rechercher avec soin si dans les peines qu'elles supportaient il ne se trouvait rien qui fût opposé à Dieu ou qui les empêchât d'appartenir à Dieu. Dans ce cas, elles devaient diriger leur intention de manière à être prêtes, pour éloigner ces obstacles, à supporter toutes les douleurs possibles.
- Secondement,
pour baiser les pieds du Seigneur, elles devaient se confier pleinement à la Bonté divine qui leur pardonnerait volontiers ce qu'elles regretteraient de tout cœur.
- Enfin pour
oindre de parfums les pieds du Seigneur, elles devaient avoir la volonté bien sincère d'éviter, autant que possible, tout ce qui déplaît à Dieu.

(3)Le Seigneur ajouta : « Si tu veux aussi m'offrir le parfum que, d'après l'Écriture, cette femme dévote répandit sur ma tête en brisant le vase qui le contenait, d'où il advint que « la maison fut toute remplie de l'odeur du parfum : et domus impleta est ex odore unguenti » (Jean. XII. 3), tu devras aimer la vérité. En effet celui qui par amour de la vérité et pour défendre la vérité, s'expose à perdre ses amis, s'attire des peines ou entreprend volontiers de grands travaux ; celui-là brise réellement le vase d'albâtre et répand sur ma tête un parfum précieux qui remplit 1a maison de son odeur délicieuse. Il donne en vérité le bon exemple, et tandis qu'il s'efforce de corriger les autres, il s'amende lui-même de tous ses vices 1, car il évite de commettre les fautes qu'il blâme dans le prochain, ainsi la bonne odeur se répand par la correction d'autrui et par le bon exemple qu'il donne. S'il arrive que, dans son amour pour la vérité, il commette quelque faute, soit en corrigeant le prochain avec un zèle excessif et de dures paroles, soit en se montrant négligent ou trop rigoureux; je l'excuserai auprès de Dieu le Père et de tous les habitants du ciel comme autrefois j'ai excusé Marie ; bien plus, je satisferai pour toutes ses fautes. »

(4)Celle-ci dit encore : « O Seigneur, il est rapporté que Marie a acheté ce parfum ; comment pourrai-je vous rendre un hommage si agréable que je semble aussi l'avoir payé d'un grand prix ? » Le Seigneur répondit: « Celui qui m'offre sa bonne volonté en toute occasion où il s'efforce d'agir pour mon amour, et s'expose même à de durs labeurs afin de procurer ma gloire, achète vraiment ce parfum précieux et agréable. II l'achète pourvu que, préférant mon honneur à son propre avantage, il s'expose volontiers à mille désagréments, lors même que par suite de certains obstacles, il ne peut réaliser son dessein. »





CHAPITRE XLVII.

DE SAINT JACQUES, APÔTRE.



(2)Ces paroles lui firent désirer de recevoir elle-même, par les mérites de cet apôtre, l'absolution de ses péchés, et elle se proposa de remplacer le pèlerinage de saint Jacques, par la réception du Corps du Seigneur. Après avoir accompli cet acte, il lui sembla qu'elle était assise avec le Seigneur de toute majesté à une table servie de mets somptueux. Lorsqu'elle eut offert à Dieu le Corps de Jésus-Christ en louange éternelle et pour augmenter la béatitude et la gloire de saint Jacques, cet apôtre apparut, semblable à un prince des plus illustres, se mit à table avec grand respect en face du Seigneur, et rendit d'immenses actions de grâces pour cette offrande magnifique du sacrement vivifiant qui avait été faite en son honneur. Il pria le Seigneur de vouloir bien opérer par sa grâce en l'âme qui avait présenté cette offrande, les effets de salut que sa bonté pouvait jamais avoir opéré par les mérites de son apôtre.






DE L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE.

Il est intéressant ici de garder le témoignage de toute cette histoire pour montrer la ‘’féérie’’, ‘’l’incroyable’’ après la mort au Ciel

1La fête de la très douce Assomption de la Vierge sans tache approchait, et celle-ci, retenue de nouveau sur sa couche, ne pouvait, malgré son désir, réciter autant d'Ave Maria que la bienheureuse Vierge avait passé d'années sur la terre1. Elle s'efforça néanmoins d'atteindre ce nombre en partageant en trois parties la Salutation angélique : Ave Maria - Gratia plena - Dominus tecum. Elle offrait cette prière avec d'autres encore qu'on lui avait demandé de présenter à la bienheureuse Vierge, lorsque cette gracieuse Reine lui apparut revêtue d'un manteau vert sur lequel brillaient de nombreuses fleurs d'or, en forme de trèfle, et elle lui dit : « Je porte sur mon vêtement autant de fleurs que chacune des personnes dont tu m'offres les prières a prononcé de paroles. Le plus ou moins d'éclat dont brillent ces fleurs, dépend de l'attention plus ou mains grande que chaque âme apportait à la prière. Et maintenant je dirige en retour cette splendeur sur chacune de ces âmes afin de les rendre agréables à mon Fils et à toute l'armée céleste. »

2La Bienheureuse Vierge semblait porter aussi, mêlées à ces trèfles, quelques roses d'une grande beauté ayant six feuilles : trois de ces feuilles paraissaient d'or et merveilleusement ornées de pierres précieuses, et les trois autres offraient une admirable variété de couleurs. Dans les trois feuilles en or, celle-ci reconnut les trois coupures de l'Ave Maria qu'elle avait récitées non sans peine et malgré sa faiblesse. Le Seigneur avait voulu, dans sa bonté, joindre à ces feuilles, les trois autres aux couleurs incomparables
- la première, pour l'amour avec lequel elle avait salué et loué sa très douce Mère;
- la seconde, pour la discrétion qu'elle avait montrée en ne récitant que ces trois parties de la prière, puisqu'elle était dans l'impossibilité de faire davantage ;
- la troisième, pour la parfaite confiance qui lui faisait espérer de voir le Seigneur et sa douce Mère accepter ses faibles efforts.

3A l'heure de Prime, après laquelle on devait chanter la messe de la Vigile de l'Assomption, elle pria le Seigneur de vouloir bien lui obtenir grâce et faveur auprès de sa très douce Mère, parce qu'elle estimait ne pas lui avoir rendu des hommages suffisants. Le Seigneur s'inclina alors vers sa Mère, et dans l'embrassement le plus tendre, lui témoigna l'affection filiale qu'il avait ressentie pour elle, en lui disant : « Souvenez-vous, ma Dame et Mère très aimante, que j'ai pardonné aux pécheurs à cause de vous, et regardez mon élue avec autant d'amour que si elle vous avait servie tous les jours avec la plus grande dévotion. » A ces paroles la Vierge-Mère parut se fondre de tendresse, et pour l'amour de son Fils, elle se donna à cette âme avec toute sa béatitude.

 4Ensuite à la Messe Vultum tuum :Ton visage, pendant la collecte Deus, qui virginalem aulam… : Dieu qui avez daigné choisir une demeure virginale.., le Seigneur Jésus témoigna tant d'affection et de tendresse à sa bienheureuse Mère, qu'il lui fit éprouver de nouveau les joies de la très sainte conception de ce Fils bien-aimé, les joies de sa naissance, et toutes celles que lui procura sa très sainte Humanité. Comme celle-ci apportait une attention spéciale à ces paroles : « ut sua defensione munitos : que munis de son secours » , elle vit la Mère de bonté étendre son manteau comme pour couvrir de sa protection toutes celles qui se réfugiaient sous son patronage. Les saints arrivèrent alors, amenant devant la Vierge-Mère toutes les personnes qui s'étaient préparées à cette fête par des exercices ou des prières spéciales. Ces personnes ressemblaient à de belles jeunes filles, et venaient s'asseoir avec respect devant la bienheureuse Vierge, comme des enfants devant leur mère. Elles étaient entourées des saints anges qui les défendaient contre les embûches de leurs ennemis et les excitaient au bien. Celle-ci comprit que la protection des saints anges était accordée à cette demande de la collecte: ut sua defensione munitos, parce que la multitude des anges se tient toujours aux ordres de la glorieuse Vierge pour défendre tous ceux qui l'invoquent.

5Elle vit ensuite de petits animaux de différentes espèces accourir comme pour se mettre sous le manteau de la Vierge-Mère, Ces animaux figuraient les pécheurs qui avaient une dévotion spéciale envers la Mère des miséricordes. Cette divine Mère les accueillait avec bonté, les protégeait sous son manteau, et les caressait de sa douce main, comme on caresse un petit chien. Elle montrait par là sa miséricorde envers ceux qui l'invoquent, et comment sa maternelle bonté les protège jusqu'à ce qu'elle les amène à un vrai repentir et les réconcilie avec son Fils, parce qu'ils ont toujours espéré en elle malgré leurs péchés.

6A l'Élévation, le Seigneur Jésus sembla se donner lui-même sous l'espèce sacramentelle de l'hostie, avec toute la béatitude de sa Divinité et de son Humanité, à tous ceux qui assistaient avec dévotion à la messe en l'honneur de sa très douce Mère et qui désiraient la servir dévotement pour la fête de son Assomption. Ceux-ci, doucement attirés et réconfortés par la vertu vivifiante de la Divinité, étaient affermis dans leur bonne volonté, de même qu'un homme renouvelle ses forces en se nourrissant de mets assaisonnés d'aromates variés.

7Après la messe, comme le convent, selon les prescriptions de l'Ordre, se rendait au Chapitre, elle vit que le Seigneur Jésus, entouré d'une multitude d'anges, attendait avec joie l'arrivée des sœurs. Elle en éprouva un certain étonnement et dit au Seigneur: « Comment se fait-il, ô Seigneur très aimant, que vous veniez à ce Chapitre avec une si grande multitude d'anges, car nous ne le célébrons pas avec une dévotion spéciale comme dans la vigile de votre très sainte Nativité ou de votre Incarnation ? » Le Seigneur répondit : « Je suis venu comme un père de famille qui reçoit volontiers les hôtes conviés à son festin. Aujourd'hui, pour honorer ma très douce Mère, lorsqu'on annoncera la solennité de sa glorieuse Assomption, j'accueillerai avec une affection particulière toutes celles qui désirent célébrer dévotement cette fête. De plus, par ma divine autorité, j'accorderai l'absolution à toutes celles qui accuseront avec humilité et dévotion les négligences commises contre la Règle. » Le Seigneur ajouta: « J'assiste de la même manière à votre Chapitre tous les jours de fête, et j'approuve tout ce que vous y accomplissez comme je te l'ai montré en la vigile de ma Nativité. »

8Ensuite, comme elle assistait avec une dévotion particulière à l'heure de None, où, d'après nos statuts, commence la fête de l'Assomption, elle connut par une lumière divine qu'à la veille de sa glorieuse Assomption, la bienheureuse Vierge, vers l'heure de None, fut tellement absorbée en Dieu que, dépouillée de tout ce qui était de l'homme mortel, elle préludait à la vie céleste, en ne vivant plus que par l'action de l'Esprit de Dieu. Elle demeura ainsi jusqu'à la troisième heure de la nuit où elle s'élança au-devant du Seigneur, toute parée de la perfection des vertus et sans le moindre regret de conscience. C'est ainsi qu'elle s'envola dans les bras du Seigneur et, devenue un même esprit avec lui, « entra dans les puissances de la béatitude même de la Divinité. » (Ps. LXX=71)

9Aux Vêpres, tandis qu'on chantait les psaumes, celle-ci vit le Seigneur attirer dans son Cœur divin toutes les louanges qui lui étaient adressées, et les diriger vers la bienheureuse Vierge comme un torrent impétueux, dont la très illustre Vierge et Mère recevait les flots aussi nombreux que les mérites dont elle était enrichie. A l'intonation de l'antienne : Tota pulchra es : Tu es toute belle, celle-ci s'élança dans les bras du Seigneur et s'efforça de faire résonner les paroles de l'antienne sur l'instrument du divin Cœur, en souvenir des tendresses que le Fils du Très-Haut a pu prodiguer à sa bienheureuse Mère par ces paroles ou par d'autres. A cette démonstration d'amour, les torrents du divin Cœur coulèrent avec plus de force vers l'âme de la bienheureuse Vierge, et finirent par s'élancer avec une telle violence, que des gouttes d'eau jaillirent de ce torrent, brillantes comme des étoiles. Ces étoiles se placèrent autour de la Reine du Ciel, pour la réjouir et l'orner par leur incomparable beauté. Mais leur nombre était tel, que plusieurs tombèrent sur le sol ; et les saints, ravis d'admiration, s'empressèrent de les recueillir pour les offrir joyeusement au Seigneur. Cet acte signifie que les saints puisent une joie, une gloire et une béatitude infinies dans la surabondance des mérites de la bienheureuse Vierge. Tous les anges s'associèrent avec une grande allégresse à la ferveur du convent et firent résonner doucement avec lui le Répons : Quæ est ista 2 ? Après ce répons, le Seigneur chanta d'une voix sonore le verset: Ista est speciosa. Et le Saint-Esprit sembla faire vibrer le luth du Cœur divin pour louer et glorifier la Vierge-Mère, bénie par-dessus toute créature.

10A l'hymne : Quem terra, pontas 3, etc., la bienheureuse Vierge parut défaillir sous le flot de ses joies, et s'inclina sur le sein de son très aimable Fils pour s'y reposer jusqu'à la strophe : O gloriosa Domina. Elle se leva alors, comme excitée par la dévotion des fidèles, et tendit à tous la main de sa douce protection et de sa consolation maternelle. A la doxologie Deo Patri, elle se leva de nouveau et fléchit trois fois les genoux avec grande révérence, pour glorifier la Trinité toujours adorable. Elle demeura prosternée pendant le Magnificat, priant pour l'Église; et pendant l'antienne : Virgo prudentissima, elle fit briller une lumière céleste sur tous ceux qui la priaient avec dévotion.

11Une autre fois, en cette même fête de l'Assomption, celle-ci se trouva tellement faible qu'on put à peine la conduire aux Matines. Pendant qu'elle était assise, accablée de fatigue, le Seigneur, qui se lève d'en haut, la visita dans les entrailles de sa miséricorde. (Luc I, 78.) En effet, lorsqu'on en fut au 6e Répons, il lui sembla qu'elle assistait en esprit à cette joyeuse fête où la Vierge Mère de Dieu, après avoir acquitté la dette de la chair, s'en alla aux royaumes célestes. Depuis ce répons: Super salutem4 jusqu'après le Te Deum où elle revint à elle-même, tous les chants lui procurèrent des lumières spéciales et d'incomparables jouissances. Je n'en citerai que quelques-unes, plus claires pour l'intelligence humaine :
- Il semblait donc que ce Répons: Super salutem était chanté par les chœurs réunis des anges et des apôtres, pour féliciter leur Souveraine des honneurs qu'elle avait reçus. Pendant ce temps, la glorieuse Vierge, sous un attrait infiniment doux, sortait de la prison de sa chair pour recevoir les embrassements de son Fils. Celui-ci, tendre père des orphelins, se substitua en quelque sorte à l'Église son épouse bien-aimée, et voulut recommander à sa Mère les intentions qui touchent si profondément son Cœur, aussi chanta-t-il lui-même le septième Répons 5 : « Sancta Deo dilecta : Sainte aimée de Dieu. ».
-
Ensuite, comme elle s'avançait, ce même Fils, épris d'une affection toujours plus tendre pour sa Mère, redoubla ses louanges. Il la salua donc par le huitième Répons : Salve Maria 6 , et l'assemblée des saints, reprenant ses chants, ajouta : « Salve, pia Mater christianorum : Salut, tendre Mère des chrétiens. »
- Ensuite Jésus, personnifiant encore l'Église son Épouse, ajouta d'une voix claire: « Virgo solamen desolatorum : Vierge, consolation des affligés. »

12Pendant le cantique: Audite me, divini fructus : Ecoute-moi, fruit divin, la bienheureuse Vierge parut entrer dans le ciel en tressaillant d'allégresse, et le mouvement qui se produisit à la vue d'un triomphe si nouveau ne pourra jamais être exprimé par la langue humaine. La Vierge semblait entrer dans une prairie magnifique émaillée de mille fleurs diverses ; aussi quand on chanta ce verset : Et frondete in gratiam : vous êtes recouverte de grâce, toutes les fleurs voulurent célébrer l'arrivée d'une si grande Reine : de chacun de leurs pétales jaillit une douce clarté accompagnée de parfums embaumés et de résonances si suaves, que les harmonies de la terre semblaient s'être réunies dans ce concert. La bienheureuse Vierge tressaillait en son incomparable béatitude, louait Dieu et psalmodiait : Gaudens gaudebo in Domino : Je me livrerai à la joie dans le Seigneur, Dieu le Père, rendu favorable par les perfections de cette Vierge si belle, bénit l'Église militante, et lui dit dans l'abondance de sa douceur : Non vocaberis ultra derelicta 7 : on ne t’appellera plus la délaissée.

13Ensuite, en l'honneur de la Vierge-Mère, tout le chœur des Anges fit éclater avec force ce chant : Sexaginta sunt reginæ 8, pour marquer que la Vierge Marie est élevée au-dessus de tous leurs ordres. Le chœur des saints ajouta: et octoginta concubinæ, proclamant que la Vierge-Mère a reçu de plus grands privilèges qu'eux-mêmes. Ensuite le chœur réuni des Anges et des saints chanta au nom de l'Église militante: et adolescentularum non est numerus, pour exalter la Mère de Dieu au-dessus d'eux tous. Le Saint-Esprit ajouta dans une douce modulation : Una est columba mea, comme s'il eût dit: J'ai trouvé en elle seule ma ressemblance ; en elle seule il m'a plu de me reposer. Le Fils de Dieu poursuivit : perfecta mea, c'est-à-dire : tout ce que ma Divinité et mon Humanité souhaitaient trouver dans la créature, je l'ai rencontré en elle. Dieu le Père ajouta : una est matris sua, electa genitricis suæ, comme si dans l'excès de son amour il ne pouvait taire ce qu'il ressentait pour elle. Elle fut alors placée avec grande révérence sur le trône de gloire, à la droite de son Fils, pendant que toute la cour céleste faisait retentir le répons : Salve nobilis9. Les citoyens du ciel, réunis devant ce trône royal et excités par l'ardeur de leur amour, célébrèrent la très sainte vie de la Vierge et chantèrent avec une joie ineffable le répons: Beata es, Virgo Maria. Mais ce fut la Trinité elle-même qui dit le verset, pour renouveler en cette Vierge bénie la douceur de cette salutation angélique qui fut le commencement de toute sa gloire. Le chœur des saints reprit: « Ecce exaltata es : Voici que vous êtes exaltée », et la pria d'intercéder pour l'Église militante. Ensuite Dieu le Père, qui se plaisait à exalter celle en qui il a mis toutes ses complaisances, chanta le répons : Ave Sponsa 10. Le Fils ajouta : Sunamitis secundum cor summi Regis, et le Saint-Esprit dit: Ave Mater Maria. Le Fils reprit: Spiritu sancto teste. L'armée des saints poursuivit: Tu olim Mariam sordibus Ægypti millies exosam ; et les anges continuèrent: Tu Theophilum desperatum apostatam reconciliasti Filio tua in gratiam. Alors tous les saints ensemble, au nom de l'Église militante, fléchissant les genoux devant la bienheureuse Vierge, chantèrent: O sancta, o celsa, etc. ; après quoi toute la Trinité sortit du profond abîme de sa béatitude, et débordante d'admiration, elle chanta le douzième répons : Quæ est ista ? pour proclamer les mérites de la bienheureuse Vierge.

14Celle-ci vit ensuite que la sainte Vierge, avec la milice céleste, célébrait sa propre béatitude en chantant: Te Deum laudamus, à la gloire de l'adorable Trinité. La louange de ce premier verset s'adressait à toute la Trinité; celle du second: Te æternum Patrem, plus spécialement au Père; celle du troisième : Tibi omnes Angeli, au Fils, et celle du quatrième: Tibi Cherubim, au Saint-Esprit. Ainsi par chaque verset, chacune des personnes de la sainte Trinité était louée ; mais les sept versets: Tu Rex gloriæ, Christe, etc., s'adressaient spécialement au Fils de Dieu, et le félicitaient de ce qu'avec son secours, la bienheureuse Vierge avait toujours glorifié Dieu par toutes ses affections, sans jamais les détourner vers les choses passagères. Dans les versets suivants : Æterna fac, chacune des trois personnes divines était louée à son tour. Cependant celle-ci comprenait toujours que chaque verset attribué au Père l'était avec une parfaite convenance; de même pour le Fils et le Saint-Esprit. Lorsqu'elle revint à elle après cette joyeuse solennité où son âme avait goûté tant de délices, son corps lui-même avait repris une telle vigueur, qu'elle marcha seule, sans fatigue. Ses forces se soutinrent jusqu'à l'heure de son repas après la Messe solennelle.

14Trois ans plus tard, elle se trouvait de nouveau arrêtée par la maladie. En la vigile de l'Assomption de la glorieuse Vierge Marie, elle voulut dès le matin satisfaire sa dévotion et vit en esprit la Vierge bienheureuse comme dans un délicieux jardin planté de fleurs diverses et tout embaumé de suaves parfums. Dans la joie très tranquille d'une céleste contemplation, la Vierge entrait en agonie: à la douce sérénité de son visage, aux charmes de son attitude, on reconnaissait vraiment celle qui est pleine de grâces. Dans ce jardin on voyait de belles roses sans épines, des lis éclatants de blancheur, des violettes parfumées et d'autres fleurs de toute espèce, mais sans un brin d'herbe. Chose étonnante: ces fleurs avaient d'autant plus d'éclat, de parfum et de vigueur, qu'elles étaient plus loin de la bienheureuse Vierge. Cette noble Reine aspirait avec une céleste avidité toute la vertu de ces fleurs, pour en exhaler ensuite le parfum dans le divin Cœur que son très aimant Fils semblait ouvrir devant elle.

15Une multitude innombrable d'anges parut occuper l'espace compris entre la bienheureuse Vierge et les fleurs dont elle aspirait le parfum : ils rendaient leurs hommages et leurs services à une si grande Souveraine et louaient tous ensemble le Seigneur. Elle vit également le bienheureux Évangéliste Jean prier avec ferveur au chevet de la Vierge Mère, qui semblait tirer de lui jusqu'à elle une sorte d'émanation merveilleuse. Cette vision procurait à celle-ci de grands délices; mais elle désira en connaître toute la signification. Le Seigneur lui apprit alors que :
- le jardin figurait le corps de la Vierge sans tache, et les fleurs, toutes les vertus dont elle avait été ornée.
- Les roses, les plus éloignées, mais aussi les plus belles, cultivées avec plus de respect par les esprits bienheureux, représentaient ses œuvres de charité envers Dieu et envers le prochain : plus on cherche à les pratiquer, plus on apporte à Dieu de fruits précieux.
- Les lis, dont le parfum est si doux et la blancheur si éclatante, figuraient sa vie très sainte que les fidèles s'efforcent d'imiter
- Enfin cette émanation que la bienheureuse Vierge semblait tirer du cœur de saint Jean, représentait la gloire attribuée à ce saint apôtre, pour tout le bien que la sainte Vierge avait eu le loisir d'accomplir plus librement sur la terre, parce qu'il pourvoyait à ses besoins. Et comme celle-ci demandait quel profit saint Jean avait retiré de sa sollicitude pour la Vierge Mère, le Seigneur répondit : « Mon Cœur s'est doucement rapproché de lui par autant de degrés d'amour, que sa sollicitude l'a porté à seconder de vertus en ma sainte Mère. »

- Elle vit enfin que la personne de la bienheureuse Vierge, placée dans ce jardin, représentait son âme si précieuse. Cette âme, rassasiée de délices par les fruits de ses propres vertus, recueillait ces fruits en elle-même par le courant merveilleux de son souffle qui avait pour ainsi dire parcouru le jardin de son corps, et les reportait tous en Dieu par la ferveur de sa reconnaissance. C'est ainsi que durant tout le jour, la bienheureuse Vierge parut se reposer dans cette grande joie, jusqu'à l'heure des Matines où celle-ci, ravie de nouveau en esprit, contempla la Mère bénie par-dessus toute créature, goûtant un tranquille repos sur le sein de son Fils bien-aimé
. Celui-ci prenait une joie ineffable à renfermer dans le Cœur de sa Mère tous les fruits des vertus qu'elle avait, par reconnaissance, déposés en lui ; en passant par le Cœur divin, ces fruits avaient acquis une valeur infinie, et semblables aux roses ou aux lis des vallées, ils entouraient leur Reine d'une beauté et d'une fraîcheur incomparables.

 16Dieu le Père chanta lui-même avec une douceur infinie le premier répons, disant : « Vidi speciosam: Je l'ai vue toute belle », pour faire connaître aux habitants du ciel qu'il l'avait trouvée sur la terre, colombe sans tache par son innocence ; « ascendentem desuper rivos aquarum : s'élevant au-dessus des courants des eaux » par ses désirs ; « cujus inæstimabilis odor erat in vestimento : dont les vêtements (c'est-à-dire la sainte vie) répandaient un inexprimable parfum » ; « et sicut dies verni circumdabant eam flores rosarum et lilia convallium : et les fleurs des rosiers et les lis des vallées (c'est-à-dire ses différentes vertus) l'entouraient comme aux jours du printemps. » Alors le Saint-Esprit, s'emparant du second répons au nom de la sainte Vierge, fit briller d'un vif éclat la sainteté de sa vie en chantant avec douceur: « Sicut cedrus, etc. : Comme le cèdre », etc. Ensuite tous les saints, sous l'impulsion du concert de louanges qu'ils venaient d'entendre, exprimèrent leur admiration par le troisième répons : Quæ est ista ? A chacune de ces paroles, celle-ci reçut de grandes lumières ; mais, par suite de son extrême faiblesse,  elle ne put rien retenir.

17Tous les saints formant une magnifique procession se réunirent devant le trône virginal de la glorieuse Mère, et chantèrent avec un harmonieux ensemble le 4e répons : Gaude Regina 11. Ils la louaient d'être cette Reine puissante par laquelle la clarté de la lumière éternelle brille déjà en eux ; ils la louaient encore de ce qu'elle allait bientôt devenir la Reine très digne du ciel et de la terre ; de ce qu'elle était vraiment la plus belle de toutes les vierges par l'éclat de ses vertus et la perfection des grâces qui sont en elle ; de ce que, par la grandeur de sa miséricorde, elle subviendrait avec une maternelle tendresse aux besoins de tous les hommes, et serait leur gloire éternelle, puisque par ses mérites elle met le comble à la joie de tous les saints. Alors les chœurs des Anges, s'avançant avec solennité, chantèrent le verset : Fac nos lætari comme pour l'appeler à cette gloire qui devait suivre sa mort; et tous les saints ajoutèrent le Gloria Patri, pour toutes les grâces que la bienheureuse Vierge a reçues dans son corps et dans son âme. Les antiennes et les psaumes qui suivirent furent chantés par l'assemblée des saints, et offrirent un sens merveilleux. Au 5e répons, ce fut la noble Vierge elle-même qui debout chanta dans un transport de louange et de gratitude : « Beatam me dicent omnes generationes : toutes les générations me proclameront bienheureuse. »

18Enfin, cette très sainte âme, bénie par-dessus toute créature, délivrée de la chair, appuyée avec tendresse sur les bras du Fils et jouissant des baisers de l'Époux, se plongea par une incomparable union dans la source de cette béatitude infinie d'où elle ne devait jamais sortir. Toute la cour céleste fut illuminée et réjouie par la présence d'une si grande Reine: elle voyait cette Vierge incomparable dans les joyeux embrassements que lui prodiguait l'ineffable condescendance du Roi suprême, elle la voyait exaltée au-dessus de tous les chœurs des Anges et des saints, et placée immédiatement après l'adorable Trinité. Aussi tous célébrèrent-ils ses louanges dans un merveilleux transport de joie, et chantèrent-ils en chœur le 6e répons : Super salutem. Ainsi se termina cette vision

19On voit manifestement, par tout ce qui vient d'être dit, avec quelle bonté Dieu veut pourvoir au salut de plusieurs en accordant sa grâce à une seule âme, puisqu'il compléta cette fois la vision commencée trois ans auparavant. Si notre propre négligence ferme pour nous le courant spirituel de la grâce, cueillons au moins quelques fleurs de dévotion dans l'agréable jardin qui nous est ouvert ici.

20Une autre fois, en cette même fête, comme elle assistait à Matines avec ferveur, elle voulut avoir à chacun des trois nocturnes une intention spéciale.
-
A chaque parole et à chaque note du premier nocturne, elle rappela à la glorieuse Vierge les consolations ineffables qu'elle dut recevoir tant de la part de son Fils que de tous les saints, pendant qu'elle attendait le moment de son bienheureux passage. Et à chaque parole que celle-ci ou tout autre fidèle prononçait pour lui rappeler ces joies, la Vierge sans tache se trouvait entourée des roses et des lis des vallées.
-. Au second nocturne celle-ci lui rappela les douces joies qu'elle ressentit en passant de ce monde au palais du ciel, appuyée doucement sur son Bien-Aimé ; et l'illustre Vierge reçut autant de parures variées que par tout l'univers on prononçait de paroles pour lui rappeler ces délices.
- Au troisième nocturne, elle rappela à la Reine du ciel cette gloire qui dépasse toute intelligence et dont elle était revêtue à son entrée dans le royaume éternel, quand Dieu lui donna la première place dans les cieux. Chaque parole de ce nocturne apporta à la bienheureuse Vierge d'innombrables rayons de lumière et des saveurs plus délicieuses que les parfums des aromates les plus précieux.

21A la Messe, celle-ci dit trois fois le Laudate Dominum omnes gentes : Louez le Seigneur, tous les peuples, et demanda à tous les saints, selon sa coutume, par le premier, d'offrir pour elle au Seigneur leurs nombreux mérites afin de la préparer à recevoir le sacrement de vie. Au second Laudate, elle pria la bienheureuse Vierge, et au troisième, le Seigneur Jésus. La bienheureuse Vierge, à cette prière, se leva et vint offrir à la resplendissante et toujours tranquille Trinité les mérites de ces ineffables grandeurs qui l'avaient. au jour de son Assomption, élevée au-dessus des hommes et des anges, et rendue très agréable à Dieu. Puis, quittant le lieu qu'elle occupait, elle fit signe à cette âme en disant avec une grande tendresse : « Viens, bien-aimée, et mets-toi à ma place, revêtue de toute cette perfection de vertus qui attirait sur moi les regards de complaisance de l'adorable Trinité, afin que tu reçoives la même faveur dans la mesure possible. » Mais celle-ci, profondément étonnée, répondit avec mépris d'elle-même : « O Reine de gloire, par quels mérites pourrais-je obtenir cette faveur ? Il en est trois, dit la bienheureuse Vierge, qui peuvent t'en rendre capable :
-
Demande, par la très innocente pureté avec laquelle j'ai préparé au Fils de Dieu une demeure agréable en mon sein virginal, d'être purifiée par moi de toute souillure.
- Prie ensuite afin que toutes tes négligences soient réparées par la profonde humilité qui m'a exaltée au-dessus des anges et des saints.
- En troisième lieu, demande par l'incomparable amour qui m'a unie à Dieu pour toujours, d'être enrichie de mérites abondants. »

Celle-ci, après avoir fait ces trois demandes, fut tout à coup élevée en esprit à la gloire sublime qui lui était accordée avec tant de bonté par les mérites de la Souveraine des cieux ; et lorsqu'elle apparut, occupant la place de cette Reine céleste et parée de ses mérites, le Dieu de majesté prit en elle d'inexprimables complaisances, tandis que les Anges et les saints venaient à l'envi lui rendre de respectueux hommages.

22Comme le convent s'avançait ensuite pour la communion, la Reine de gloire se tint debout à la droite de chaque sœur, et la couvrit, pendant qu'elle communiait, de la partie même du manteau que les prières de cette âme avaient ornée de fleurs; elle disait: « Pour honorer ma mémoire, ô très doux Fils, veuillez regarder cette âme. » A ces paroles, le Seigneur, profondément satisfait, témoigna à chaque sœur une tendresse incomparable, et distribua à chacune l'hostie du salut. Comme celle-ci, après avoir aussi communié, offrait au Seigneur en louange éternelle cet adorable sacrement, pour l'augmentation de la gloire et de la joie de sa bienheureuse Mère, et en retour du don que cette Mère bien-aimée lui avait fait de ses mérites, le Seigneur Jésus parut offrir un présent à sa très douce Mère et lui dit: « Voici, Mère, que je vous rends au double ce qui est vôtre ; cependant je n'enlève rien à cette âme que vous avez enrichie pour mon amour. »

23Au retour de la procession, comme le convent chantait l'antienne : Ave, Domina mundi, Maria, il sembla à celle-ci que les armées célestes, par l'extrême douceur de leurs harmonies, faisaient tressaillir tout le ciel dans un nouveau transport d'allégresse. Aussitôt la glorieuse Vierge apparut debout devant l'autel, à la droite de son Fils, tournée vers le convent, dans une lumière incomparable :
- A cette parole : Ave, cælorum Regina, tous les saints, fléchissant le genou devant elle, la vénérèrent comme la Mère de leur Seigneur
-. A ces mots : Ave, Virgo virginum, l'auguste Vierge présenta elle-même, de sa main bénie, un lis éclatant de blancheur à toutes les personnes présentes, pour les engager en quelque sorte à imiter sa très chaste virginité, et fortifier en elles cette vertu.
- Comme on chantait : Per te venit redemptio nostra, ses entrailles maternelles furent si fortement émues que, ne pouvant soutenir l'excès du bonheur qu'elle éprouvait en écoutant ces paroles, elle s'appuya avec tendresse sur le sein de son Fils.
- Ensuite, à ces mots : « Pro nobis rogamus, rogita : nous vous le demandons, priez pour nous », elle passa ses bras autour du cou de son Fils, le Seigneur Roi des rois, et le caressa avec tendresse, en lui montrant les sœurs présentes et priant pour chacune

24 Lorsqu'on entonna l'antienne : Hodie beata Virgo : Aujourd’hui Vierge bienheureuse, il sembla que la bienheureuse Vierge s'élevait vers les régions célestes, entourée de gloire, portée dans les bras de son Fils et accompagnée de tous les Chœurs angéliques qui applaudissaient à son triomphe. Et tandis qu'elle s'élevait au plus haut des cieux, elle prit la main droite de son Fils et bénit avec cette main toute la Congrégation. Après cette bénédiction, on vit au-dessus de chaque personne comme une croix en or, suspendue par un lien de couleur verte; celle-ci comprit que chacun pouvait recevoir le fruit de cette bénédiction, pourvu qu'il eût une foi vive et une sincère confiance en la Mère de miséricorde.

1. Soixante-dix ans d'après l'opinion de plusieurs ; d'autres disent soixante-trois.
2. R/. Quæ est ista quæ ascendit per desertum sicut virgula fumi, ex aromatibus myrrhæ et thuris ? * Et universi pulveris pigmentarii ? V/. Ista est speciosa inter filias Hierusalem, sicut vidistis eam plenam charitate et dilectione, in cubilibus et in hortis aromatum. * Et universi.
R/. Qui est celle qui s'élève du désert semblable à une vapeur odorante de myrrhe et d'encens, mêlés à tous les parfums? V/. Elle est belle entre toutes parmi les filles de Jérusalem, telle que vous l'avez vue pleine d'amour et de tendresse, sur sa couche et dans les jardins embaumés.
3. Non seulement à Helfta, mais aussi dans beaucoup d'églises de la Germanie, on chantait aux Vêpres de l'Assomption les hymnes: Quem terra et O Gloriosa sous une seule doxologie. (Note de l'édition latine.)
Doxologie : « Gloire au Père au Fils et au Saint Esprit comme il était au commencement maintenant et toujours dans les siècles des siècles Amen »
4. Ce répons se trouve encore aujourd'hui au bréviaire monastique.
5. Voici la série des répons chantés à la fête de l'Assomption au monastère d'Helfta : I. R/ Vidi speciosam ; - II. Sicut cedrus ; - III. Quæ est ista quæ processit ; - IV. Gaude Regina ; -V. Beatam rne dicent; -VI.
Super salutem ; - VII. Sancta Deo dilecta; - VIII. Salve Maria; - IX. Salve nobilis ; - X. Beata Virgo;
- XI. Ave Sponsa; - XII. Quæ est ista quæ ascendit, comme aux premières Vêpres.
6. R/ Salve Maria, gemma pudicitiæ de qua mando illuxit sol justitiæ, salve, pia Mater christianorum. * Succurre filiis ad Filium Regem Angelorum. V/ Virgo solamen desolatorum spes et Mater benigna orphanorurn. * Succurre.
R/. Je vous salue, Marie, ô perle de pudeur, vous de qui s'est levé, radieux sur le monde, le Soleil de justice ; je vous salue, ô tendre Mère des chrétiens. Intercédez pour vos enfants auprès de votre Fils, le Roi des Anges. V/ Vierge, consolation des affligés espoir et douce Mère des orphelins.
7. Les lecteurs qui ne connaissent pas le bréviaire monastique, trouveront à la note B de l'appendice le texte et l'explication du cantique auquel il est fait allusion.
8. « Il y a soixante reines, et quatre-vingts femmes de second rang et des jeunes filles sans nombre. Elle est unique, ma colombe, ma parfaite, elle est l'unique de sa mère, la préférée de celle qui lui a donné le jour. » (Cant. des cant. VI, 7. 8.)
9. R/. Salve nobilis Virga Jesse, salue flos campi. Maria. * Unde ortum est lilium convallium.
V/. Odor tuus super cuncta pretiosa unguenta, favus dislillans labia tua, mel et lac sub lingua tua.*Unde.
R/. Je vous salue, noble tige de Jessé ; je vous salue, fleur des champs, ô Marie. De vous est sorti le lis des vallées. V/. Nul parfum précieux ne peut vous étre comparé ; vos lèvres distillent le miel, votre voix est douce comme le miel et le lait.
10. R/ Ave, sponsa Sunamitis, secundum cor summi Regis; Ave Virgo Mater, Spiritu sancto teste. Tu alim Mariam sordibus Ægyptiis millies exosam, tu Theophilum desperatum apostatam reconciliasti Filio tuo.
* ln gratiam. V/. O sancta, o celsa, o benedicta, mitiga et nobis iram Filii tui. * In gratiam. (Voir à l'appendice, Note C, la traduction et l'explication de ce célèbre répons.)
11. R/. Gaude Regina præpotens, æternæ lucis prænitens gaude cælorum Domina, o Virgo pulcherrima. * Gaude misericordissima, gaude perenni gloria. V/. Fac nos lætari, faciemque tuam speculari, plena virtutis, dulcedinis et pietatis .* Gaude.
R :. Soyez heureuse, Reine toute-puissante, éblouissant reflet de l'éternelle lumière, soyez heureuse, Reine des cieux, ô Vierge toute belle. Soyez heureuse, ô miséricordieuse Marie, soyez heureuse de votre inépuisable gloire. V/. Donnez-nous la joie, montrez-nous votre face, ô pleine de vertus, de douceur et d'amour.






CHAPITRE XLIX.

DE SAINT BERNARD, ABBÉ.

(4) Celle-ci récita alors deux cent vingt-cinq fois le Laudate Dominum omnes gentes en l'honneur de ce même saint et afin de rendre grâces à Dieu pour les dons et les vertus qui lui avaient été conférés. Aussitôt toutes les paroles qu'elle prononça apparurent comme blasonnées sur le vêtement du très saint Père : chacun de ces écus représentait une des vertus qu'il avait pratiquées sur la terre, et la même vertu se reflétait sous la même forme dans l'âme de celle qui rendait alors grâces au Seigneur pour la grandeur de Bernard.

(5)A ce spectacle, elle éprouva une grande admiration et dit au saint : « O Père illustre, ces âmes qui paraissent revêtues de vos mérites, n'ont accompli aucune œuvre semblable : quel fruit de salut pourront-elles donc obtenir? » Il répondit : « La jeune fille ornée de parures étrangères a-t-elle moins de beauté que celle qui a revêtu les siennes, si ces joyaux sont également précieux et bien travaillés ? Ainsi les vertus des saints, dont les fidèles obtiennent par leur ferveur d'être revêtus, leur sont communiquées avec une si tendre bienveillance, qu'ils pourront pendant toute l'éternité se réjouir et se glorifier des fruits de ces vertus comme s'ils les avaient eux-mêmes produits. »

(6)Cela nous prouve que tout bien, si petit qu'il soit, obtient une récompense particulière s'il est accompli avec bonne intention, et que la moindre négligence diminue notre mérite



CHAPITRE L.

DE LA GRANDEUR DES SAINTS AUGUSTIN, DOMINIQUE ET FRANÇOIS.



(3)Lui-même, à son tour parut supplier le Seigneur, afin que les cœurs qui désiraient obtenir par ses mérites un fervent amour de Dieu, pussent également, comme son propre cœur, s'épanouir et répandre à jamais un doux parfum en présence de la divine Majesté, pour la louange et la gloire de la resplendissante et toujours adorable Trinité.





CHAPITRE LI.

DE LA NATIVITÉ DE LA BIENHEUREUSE VIERGE.

(1)En la Nativité de la bienheureuse Vierge, comme  celle-ci récitait autant d'Ave Maria que cette brillante Etoile de la mer avait mis de jours à croître dans le sein de sa mère, et qu'elle les lui offrait avec dévotion, elle lui demanda quelles faveurs obtiendraient de sa bonté ceux qui réciteraient autant de fois la Salutation angélique dans le même sentiment d'amour. La très douce Vierge répondit : « Elles mériteront de partager avec moi dans les cieux, par une allégresse spéciale, toutes les joies que j'ai reçues et que je reçois encore sans cesse pour les vertus dont la bienheureuse et glorieuse Trinité se plut à embellir chaque jour mon âme. »

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(2)La douce Vierge répondit : « Ta bonne volonté supplée à toute chose, et la bonne intention avec laquelle tu as assisté à Vêpres pour m'honorer, en te servant, selon ta coutume, du mélodieux instrument du très doux Cœur de mon Fils, surpasse de beaucoup tout hommage extérieur.

(3) selon que chaque âme avait peiné davantage, ces fruits et ces fleurs étaient plus beaux et plus agréables ; ils étaient aussi plus doux, selon que l'intention avait été plus pure

(3) Le très aimable Fils unique du Père voulut dans sa bonté montrer à son élue que cette action lui était agréable, et il lui dit en la saluant de la tête : « Je te rendrai, en son temps, selon ma royale munificence, l'honneur que tu viens de donner en mon nom à ma très douce Mère. »


(3)
« En vertu de ma toute-puissance, ô Mère vénérée, je vous ai accordé le pouvoir d'obtenir propitiation, par le mode qui vous plaira davantage, pour les péchés de ceux qui implorent votre secours. »

(5)Les archanges qui contemplaient dans le miroir de la Divinité la sublimité de la connaissance divine, l'intimité et l'union à laquelle mon âme était préparée par des aptitudes supérieures à celles des anges et des hommes, m'offraient sans cesse et avec joie leur ministère. De même les autres hiérarchies, en voyant les ressemblances que je devais avoir avec chacune d'elles, me rendaient leurs services avec joie et amour, pour la louange et la gloire du Créateur. Maintenant ils sont récompensés dans le ciel et goûtent une joie éternelle. »

(6)Elle offrit donc cette antienne par le Cœur de Jésus-Christ, et le Seigneur dirigea de son Cœur sacré vers le cœur de la Vierge Mère, autant de légers tuyaux d'or que celle-ci aurait souhaité lui rendre d'honneurs. L'affection tendre et filiale que le Seigneur Jésus éprouve à l'égard de sa Mère résonnait par ces instruments et suppléait à toutes les négligences de cette âme.

(7)Nous pouvons obtenir de notre très miséricordieux Rédempteur ce même supplément en lui adressant la prière suivante ou toute autre semblable :



(7)« O très doux Jésus, par l'amour qui vous a porté à vous incarner et à naître pour nous d'une Vierge très pure afin de suppléer à l'indigence de vos pauvres, je vous conjure de daigner, au moyen de votre très doux Cœur, réparer les péchés que j'ai commis tant de fois par négligence ou par ingratitude dans le service ou l'honneur dû à une Mère si bonne, dont la clémence maternelle n'a jamais tardé à m'assister dans tous mes besoins. Pour lui en témoigner une digne reconnaissance, je vous prie, ô très aimant Jésus, de lui offrir votre très doux Cœur tout rempli de béatitude.
 Montrez-lui dans ce Cœur sacré l'affection divine par laquelle vous l'avez choisie de toute éternité, avant toute autre créature. pour être votre Mère, la préservant, la créant, et l'ornant d'une manière incomparable de tant de grâces et de tant de vertus.
 Montrez-lui cette tendresse dont vous lui avez donné de si grands témoignages sur la terre lorsqu'elle vous serrait petit enfant sur son sein maternel.
 Montrez-lui combien vous avez été fidèle envers elle, puisque, tout le temps de votre vie parmi les hommes, vous lui avez témoigné votre filiale affection, en lui obéissant comme un fils obéit à sa mère, vous qui êtes le souverain des cieux. Cette fidélité vous l'avez surtout montrée à l'heure de votre mort, car oubliant vos propres souffrances pour compatir jusqu'au fond de l'âme à la désolation de votre Mère, vous lui avez donné tout à la fois un fils et un gardien.
 Montrez-lui encore avec quel incomparable amour vous avez daigné, au jour de sa très joyeuse Assomption, l'élever au-dessus de tous les chœurs des anges, et la constituer Dame et Reine du ciel et de la terre. O bon Jésus, qu'elle soit donc favorable à ma misère ; que pendant ma vie et à l’heure de ma mort elle soit pour moi une protectrice et une avocate pleine de bonté »

(8)car chaque fois qu'on invoque la Vierge Mère en la nommant avocate sa tendresse maternelle est si fortement émue qu'elle ne peut rien refuser.

Le Seigneur daigna ensuite enseigner à celle-ci qu'elle devait au moins chaque jour implorer sa bienheureuse Mère par ces deux paroles: Eia ergo advocata  nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte : O vous notre avocate, tournez vers nous vos yeux miséricordieux, et qu'elle s'assurerait ainsi un puissant secours pour l'heure de sa mort.

(9)Alors elle offrit à la bienheureuse Vierge cent cinquante Ave Maria récités en son honneur, lui demandant de daigner l'assister à l'heure de la mort avec toute sa tendresse maternelle. Aussitôt elle vit toutes ces prières, sous la forme de pièces d'or, déposées en présence du souverain Juge qui les présentait lui-même à sa Mère. Cette tendre Mère les recevait et semblable à une économe fidèle, les mettait en réserve une à une pour le profit et le soulagement de cette âme qui, à sa sortie de ce monde, recevrait du souverain Juge autant de consolations et de secours qu'elle avait offert de prières à la Vierge Mère.

(10)Celle-ci, comprit également que si une âme recommande sa dernière heure à un saint quelconque, par des prières spéciales, ses prières sont aussitôt portées devant le tribunal du souverain Juge, et le saint à qui elles sont confiées en est établi le gardien fidèle, afin de les changer en grâces pour son dévot client.





CHAPITRE LII.

DE LA DIGNITÉ DE LA SAINTE CROIX.

(2)Comme elle assistait ensuite à la Messe, le Seigneur daigna l'instruire : « Vois, dit-il, quels exemples je propose à mes élus dans ces honneurs rendus à la croix. J’élève la croix, la couronne d'épines, la lance et les clous qui ont servi à mon supplice à une plus grande dignité que les autres objets créés qui ont servi aux besoins de mon corps, tels que les vases où je fus baigné dans mon enfance, etc., et je désire que ceux que j'aime particulièrement imitent cette conduite : c'est-à-dire que pour ma gloire et leur bien personnel, ils témoignent une plus grande affection à leurs ennemis qu'à leurs amis, parce qu'ils en retireront incomparablement plus de profit. Mais s'il arrive qu'étant offensés, ils oublient au moment même de rendre le bien pour le mal, et que plus tard seulement ils s'efforcent de répondre aux offenses par des bienfaits, ils ne laisseront pas que de me présenter une offrande très agréable, car j'ai moi-même laissé quelque temps ma croix cachée en terre afin de l'exalter ensuite. » Le Seigneur ajouta : « C'est aussi à cause de mon amour pour le salut du monde, que j'aime tant la croix, car c'est par elle que j'ai obtenu l'objet de mes plus ardents désirs : la rédemption du genre humain. Ainsi en est-il des hommes dévots qui revoient avec plus d'affection les lieux et les jours où ils ont mérité de recevoir la grâce en plus grande abondance.»

(3)Tu peux donc croire que les reliques les plus précieuses que l'on puisse avoir de moi sur la terre, ce sont les paroles qui expriment la plus douce affection de mon Cœur. »

(4)Elle implora ensuite le secours du Seigneur pour commencer le jeûne régulier que les religieux observent durant la moitié de l'année. Le Seigneur lui répondit avec bonté : « Lorsqu'un religieux, poussé par le zèle de la Règle, se soumet avec bonne volonté et pour mon amour à l'observance du jeûne, ne recherchant pas en cela sa gloire, mais la mienne, ma bonté me force, quoique je n'aie aucun besoin de vos biens (Ps. xv.) 1, à recevoir ces jeûnes comme un souverain accepterait que l'un de ses nobles vassaux le servît tous les jours à sa table à ses propres frais. Ce religieux sera peut-être, dans la suite, forcé d'interrompre le jeûne ; mais s'il obéit, tout en regrettant de ne plus accomplir l'observance, et si dans sa bonne volonté il élève son âme vers moi, montrant que pour mon amour il aurait voulu suivre les prescriptions de la Règle, mais qu'il obéit cependant volontiers à son supérieur en union avec l'humilité qui m'a soumis aux hommes pour la gloire de mon Père, j'accepterai cette manière d'agir. Ainsi celui qui est assis à la table de son ami, se montre touché des égards qu'on lui témoigne, si l'ami, par prévenance pour son hôte, veut goûter le premier à tous les mets. »

(6)Et comme celle-ci disait : « Seigneur, comment pourrons-nous vous offrir ce calice ? » Il daigna lui répondre que chacun, en confessant sa misère, devait le présenter au Seigneur comme une éternelle louange ; on devait regretter de n'avoir pas désiré le Seigneur avec la ferveur convenable, et se disposer à ressentir volontiers jusqu'au jour de la mort, toute l'ardeur qu'un cœur humain pourrait éprouver en désirant le Corps du Seigneur : de cette façon on offrirait à Dieu un calice dont le contenu surpasserait en douceur le nectar et le baume.



(7)Elle comprit aussi que toute personne empêchée de communier ou de rendre à Dieu un hommage quelconque peut en compensation lui offrir cette prière : « O torrent qui découlez de la fontaine de vie ! O arôme embaumé des divines douceurs ! O délicieuse ivresse de toutes les béatitudes ! Voici que je présente à votre soif, à vous qui êtes la plénitude même, cette misérable gouttelette de mon indigence, car je gémis, non cependant comme il le faudrait, et je gémirai toujours de voir mon âme affamée, privée de vos festins délicieux, tandis que, hélas ! par ma propre faute, je ferme devant moi le chemin de la grâce ! O créateur et réformateur de mon être, puisque seul vous pouvez, à votre plus grande gloire, accomplir les choses impossibles, daignez mettre mon cœur en parfaite concorde avec mes paroles. Je m'offre volontiers pour contenir en mon âme, jusqu'au jour de ma mort, ce tourment de désirs et d'amour que le cœur humain ressentit jamais pour vous depuis l'origine du monde, ou ressentira jusqu'à la fin des temps. Je vous le demande afin que vous trouviez en moi une demeure plus agréable. Ainsi je vous dédommagerai de ce que vos ineffables grâces sont si souvent offertes à des indignes et à des ingrats. »





CHAPITRE LIII.

DES ANGES - EN LA FÊTE DE SAINT MICHEL ARCHANGE

(1)Un jour où elle devait communier, aux approches de la fête de l'archange Michel, comme elle méditait sur le secours que la libéralité divine daignait accorder à son indignité par le ministère des autres esprits bienheureux, elle désira les payer de quelque retour et offrit au Seigneur le sacrement vivifiant de son Corps et de son Sang. « Très aimé Seigneur, dit-elle, je vous offre cet admirable Sacrement en l'honneur des grands princes de votre cour, et pour l'accroissement de leur joie, de leur gloire et de leur béatitude. » Alors le Seigneur, attirant et unissant à sa Divinité, d'une manière aussi merveilleuse qu'ineffable, le Sacrement qui lui était offert, répandit sur les esprits bienheureux des délices si grands, que s'ils n'eussent pas été déjà dans la béatitude, ceci aurait suffi pour les combler de bonheur. Les divers ordres des anges vinrent tour à tour la saluer avec respect, et ils disaient - « Tu as bien fait de nous honorer par cette offrande, car nous veillons sur toi avec une affection particulière. » L'ordre des anges disait : « Nous veillons avec joie nuit et jour à ta garde; nous empêchons que tu ne perdes aucune des faveurs qui peuvent te préparer convenablement pour l'arrivée de l'Époux. » Celle-ci rendit alors de vives actions de grâces à Dieu et aux bienheureux esprits





CHAPITRE LIV.

DE LA FÊTE DES ONZE MILLE VIERGES.



(1)Voici l'Époux qui vient. Dites-moi donc comment vous viendrez et ce que vous nous apporterez. » Le Seigneur répondit : « J'opérerai avec toi et en toi. Mais où est ta lampe ? - Seigneur, dit-elle, voici mon cœur qui vous tiendra lieu de lampe. --.Je la remplirai de l'huile de mon divin Cœur, répondit le Seigneur. -- Et quelle sera, reprit-elle, la mèche de cette lampe ? -- La mèche sera l'intention fervente qui brûlera doucement et dirigera vers moi toutes tes œuvres. »



(2)Celle-ci comprit alors que si on rend grâces à Dieu pour la gloire d'un saint, le Seigneur puise dans les mérites de ce saint afin d'accroître les biens de l'âme qui a su lui renvoyer toute louange.

(5)De même, lorsque je récompense un peu de dévotion par de grands biens, les hommes sont tenus d'en profiter avec zèle, et s'ils ne le font pas, ils perdent le fruit de ces bienfaits. Toutefois l'éclat et la grandeur de cette bonté par laquelle je les avais enrichis, sans mérite de leur part, apparaîtra toujours en eux, pour ma louange et ma gloire. » Elle dit : «Seigneur, ceux à qui vous n'avez rien révélé sur ce sujet ou sur d'autres peuvent-ils se conduire avec sagesse?» Le Seigneur répondit : « Ils sont tenus à pratiquer ce qu'ils comprennent, ne fût-ce qu'en imitant les autres, car je leur donne toujours assez de lumière pour se conduire. Celui qui reçoit une plus grande science est plus obligé à la reconnaissance et à la bonne vie. Mais si par lâcheté et sciemment on néglige de faire fructifier par une dévote gratitude et par un saint zèle les grâces communes à tous ou les dons particuliers, on s'expose à encourir la damnation éternelle. »

(6)Celle-ci comprit alors que si un cœur rempli d'amour méprise sincèrement le royaume du monde et toutes les vanités que l'ennemi du genre humain peut lui présenter, aussitôt la puissance diabolique est affaiblie, réduite à néant, et n'ose plus attaquer sur ce terrain l'homme qui, ayant résisté une fois avec tant de vigueur, a remporté la victoire.







CHAPITRE LV.

DE LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS.

(2)- Elle vit aussi, placés dans le chœur des martyrs, les religieux qui servent Dieu sous l'obéissance à une Règle; et comme les martyrs ont une beauté spéciale et goûtent plus de délices dans celui de leurs membres qui a souffert pour le Seigneur, de même les religieux sont, dans le ciel, à côté des martyrs et partagent leurs récompenses à cause des mortifications qu'ils imposent à leurs sens. En effet, la main du persécuteur ne verse pas leur sang; mais en brisant leur volonté propre, ils font eux-mêmes quelque chose de plus grand, car par les privations continues, ils offrent chaque jour à Dieu un sacrifice d'agréable odeur.

(3)Avant la communion elle voulut prier pour l'Église; mais comme elle n'avait aucun sentiment de dévotion, elle demanda au Seigneur de vouloir bien lui donner le goût de la prière, si son intention lui était agréable: Aussitôt elle vit apparaître diverses couleurs; savoir: la blancheur de la pureté virginale, la couleur hyacinthe des confesseurs, le rouge des martyrs et autres encore figurant les mérites des saints. Elle-même voulut aussi s'avancer vers le Seigneur, mais aucune couleur ne lui prêtait son éclat.



(3)Ce fut alors que, guidée par l'Esprit-Saint qui enseigne à l'homme toute science (Ps. XCIII. 10), elle rendit à Dieu de ferventes actions de grâces pour toutes les personnes élevées à la haute dignité de la virginité, lui demandant, par cet amour qui l'a fait naître d'une vierge, de vouloir bien, pour sa gloire, garder dans une parfaite pureté d'âme et de corps tous ceux qu'il a appelés dans l'Église à l'honneur de la virginité. Aussitôt elle vit son âme ornée de la blancheur virginale.

(4)Elle rendit ensuite des actions de grâces au Seigneur, pour la sainteté et la perfection de tous les confesseurs et religieux en qui il s'est jamais complu depuis le commencement du monde, le priant de garder et de fortifier dans le bien jusqu'à leur mort tous ceux qui militaient dans l'Église sous l'habit de la Religion, et la couleur hyacinthe revêtit son âme. Elle rendit grâces encore pour les diverses hiérarchies des saints, priant pour le bien et l'accroissement de l'Église, et son âme fut parée de la couleur qui appartient à chacune. Enfin elle rendit grâces et pria avec ferveur pour l'ensemble des âmes qui aiment Dieu, et son âme fut revêtue d'un manteau d'or. Elle se présenta ensuite devant le Seigneur, admirablement ornée des mérites variés qui appartiennent à la sainte Église, et le Seigneur, ravi de sa beauté, dit à tous les saints : « Voyez celle qui se présente sous un vêtement brodé d'or éclatant des plus riches couleurs. » Puis, étendant le bras, il la serra sur sa poitrine, et la soutint comme si de telles délices étaient au-dessus de ses forces.

(5)Le moment de la communion approchait, elle se sentait extrêmement faible, et elle dit au Seigneur « O mon Bien-Aimé, comment pourrai-je me lever pour aller vers vous lorsque vous viendrez à moi dans le Sacrement, vous, mon Dieu et mon salut, car je n'ai aucune force, et je n'ai demandé à personne de m'aider ? » Le Seigneur répondit : « Est-ce que tu as besoin du secours des hommes lorsque, appuyée sur moi, ton Bien-Aimé, tu es portée dans les bras de ma toute-puissance divine ? Je te donnerai la force de marcher et de rester debout. » En effet, la grâce la soutint, et elle, qui depuis longtemps n'avait pu se tenir debout, ni marcher sans aide, se leva par la force de l'esprit pour aller recevoir le Corps du Seigneur. Rassasiée de la nourriture céleste, elle devint un même esprit avec Dieu.





CHAPITRE LVI.



DE SAINTE ÉLISABETH.

: « O noble Dame, est-ce que je n'amoindris pas votre gloire, lorsque, en chantant vos louanges au jour de votre fête, je ne fais en quelque sorte aucune attention à vous-même, pour diriger toute ma pensée vers Celui qui vous a donné tous ces biens ?» La sainte répondit: « Au contraire, cette manière de faire m'est beaucoup plus agréable,





CHAPITRE LVII.

DE SAINTE CATHERINE VIERGE ET MARTYRE.

la splendeur de cette sainte eût suffi pour embellir tout le paradis.





CHAPITRE LVIII.

DE LA FÊTE DE LA DÉDICACE DE L'ÉGLISE.



(1)« Hélas ! Ô Dieu très bon, comment pourrai-je aller jusqu'à vous, moi qui suis si petite et qui ne vois en mon âme aucune vertu ? » Le Seigneur répondit : « N'es-tu pas souvent blessée par les langues médisantes ? – Hélas ! Seigneur, dit-elle, je sais que mes fautes ont été souvent pour le prochain un sujet de scandale ! -- Eh bien ! dit le Seigneur, orne-toi des paroles de tes détracteurs comme d'autant de vertus tu viendras alors vers moi, et ma compatissante tendresse te recevra avec bonté. Plus on blâmera sans raison ta conduite, plus mon Cœur te donnera de témoignages d'amour, car tu seras semblable à moi qui ai toujours été poursuivi par des détracteurs. »

(2)Le Seigneur répondit : « Puisque tu cherches souvent à m'offrir la plus noble partie de ton être, c'est-à-dire ton cœur, je trouve juste que tu prennes tes délices dans le mien, car je suis pour toi le Dieu qui se fait tout en toutes choses : force, vie, science, nourriture, vêtement, et tout ce qu'une âme aimante peut désirer. » Elle dit alors : « O mon Dieu, si jamais mon cœur a consenti totalement aux désirs du vôtre, c'était encore par un effet de votre grâce. -- Il m'est naturel, dit le Seigneur, de poursuivre de mes récompenses l'âme que j'ai prévenue des bénédictions de ma douceur, et si elle se livre à moi pour l'accomplissement du bon plaisir de mon divin Cœur, à mon tour je me conforme aux désirs du sien. »

(3)Ces pierres précieuses étaient jointes entre elles par des liens d'or au lieu de ciment et un regard plus attentif lui fit découvrir des feux merveilleux qui se jouaient en chacune : elle comprit alors que la grâce spéciale départie à chaque élu devait procurer à tous les bienheureux des joies pleines de charmes. La disposition des pierres précieuses dans le Cœur divin figurait la prédestination de tous les élus, et la nécessité où ils sont de se soutenir les uns les autres, comme les pierres d'un mur se portent mutuellement. Elle comprit en outre que l'or qui joignait ces pierres figurait la charité avec laquelle les fidèles doivent se soutenir les uns les autres, uniquement en vue de Dieu.

(4)Le Seigneur lui dit alors avec bonté: « Voici que je te livre toute la douceur de mon divin Cœur, pour que tu puisses la donner à tous, aussi largement que tu voudras. » Elle puisa comme avec la main dans le Cœur du Seigneur, et aspergea les nombreux ennemis qui en ce temps troublaient par leurs menaces les propriétés du monastère. Elle connut que tous ceux sur qui était tombée une seule goutte puisée dans le Cœur sacré devaient bientôt se repentir et se sauver par une sincère pénitence.

(5)Ensuite, comme elle priait avec plus d'amour encore pour une certaine personne, elle sembla répandre dans le cœur de cette personne une mesure qui avait été puisée dans le Cœur du Seigneur, mais qui sembla aussitôt après se changer en eaux amères. Celle-ci s'en étonna ; le Seigneur lui dit : « Quand on donne de l'argent à un ami, il est libre d'acheter tout ce qu'il veut. Avec le même argent, on peut acheter des pommes douces et des pommes acides, mais certains préfèrent acheter des pommes acides parce qu'elles se conservent mieux. De même lorsque, à la prière de mes élus, je répands la grâce dans une âme, cette grâce opère ce qui convient davantage à cette âme. Par exemple, s'il est meilleur pour certains de souffrir au lieu de goûter la douceur des consolations, la grâce que je leur donne se change pour eux ici-bas en tribulations et en douleurs, et ils se perfectionnent ainsi de plus en plus selon le bon plaisir de mon divin Cœur. Ils ignorent maintenant le secret de ma conduite; mais ils le connaîtront dans l'avenir avec d'autant plus de douceur, qu'ils auront plus fidèlement travaillé et supporté avec plus de patience, pour l'amour de mon nom, les tribulations de la vie. »

(6)…il lui dit : « Pour que tu saches avec plus de certitude combien j'aime la confiance, je veux te montrer la bonté avec laquelle je reçois l'âme qui, après avoir failli, revient à moi, regrette sa faute et se propose, avec le secours de ma grâce, d'éviter le péché. » En disant ces paroles, le Fils du Roi suprême, revêtu des insignes de sa souveraineté, s'avança devant le trône de Dieu le Père et chanta d'une voix douce et sonore ce répons : Vidi civitatem sanctam Jerusalem : « J’ai vu Jérusalem, la cité sainte ». A ces paroles, elle comprit l'ineffable consolation que ressent le Cœur du Seigneur lorsqu'une âme se propose d'éviter les fautes et les imperfections, parce qu'elle se souvient des bienfaits dont Dieu l'a entourée, et parce qu'elle confesse s'être éloignée de lui par manque de vigilance sur ses affections, ou sur ses paroles, ou sur l'emploi de son temps. Chaque fois que l'âme éprouve ces regrets, le Fils de Dieu, avec un nouveau transport de bonheur et de joie, chante à Dieu le Père les paroles de ce répons ou d'autres analogues.

(7)Cette vision donnait à entendre que l'âme repentante qui veut sincèrement fuir le mal et accomplir le bien devient en vérité le tabernacle dans lequel daigne habiter, comme en sa propre maison, le Dieu de majesté, cet Époux de l'âme aimante, toujours béni dans les siècles des siècles.

(8)En ce moment Dieu le Père, de sa main vénérable, donna la bénédiction en disant : « Ecce nova facio omnia: Je vais renouveler toutes choses » (Apoc. xxi. 5) pour faire comprendre que tout se trouve suppléé et renouvelé dans l'âme fidèle par la componction, la bénédiction divine et la vie très sainte du Fils de Dieu. C'est pourquoi il est dit qu'il y a plus de joie au ciel pour un pécheur faisant pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence (Luc. xv. 10), car l'infinie Bonté de Dieu daigne verser elle-même ses délices dans l'âme repentante. Le Seigneur ajouta : « Quand je fais passer l'âme fidèle de cette vie présente au palais du ciel, je la comble de délices, et de plus je lui chante avec douceur ce cantique : J'ai vu la cité sainte, la nouvelle Jérusalem qui s'élevait de la terre. Et quand j'arrive à ces paroles : Je vais renouveler toutes choses, je la remplis à l'instant même des délices que l'armée céleste a ressenties avec moi, toutes les fois qu'un pécheur a fait pénitence. »



CHAPITRE LIX.

EN LA CONSÉCRATION DE LA CHAPELLE.



(1)Il ajouta : « Celui qui cherche sainement ma grâce me trouvera dans mes bienfaits, et celui qui cherche fidèlement mon amour me percevra plus doucement dans les profondeurs de son âme. » Par ces paroles elle comprit qu'il y a une grande différence entre ceux qui cherchent, non seulement le bien de leur corps, mais aussi le salut de leur âme, d'après les combinaisons de leur volonté propre, et ceux qui s'abandonnent avec confiance aux soins providentiels du divin amour.

(3)Pendant la semaine, comme on chantait à l'antienne du Benedictus ces paroles : Fundamenta templi 2, des esprits célestes apparurent sur le sommet des murailles : ils étaient d'une grande beauté, richement vêtus, et députés à la garde du temple pour en chasser les ennemis. En se touchant les uns les autres de leurs ailes d'or, ils faisaient résonner une douce mélodie en l'honneur de la Divinité. Ils descendaient aussi tour à tour du sommet de l'édifice aux fondements, pour montrer avec quelle constante affection ils venaient en ce lieu visiter leurs concitoyens et les garder de tout mal.

(4)… elle souhaita que les neuf chœurs des anges vinssent encore suppléer à sa faiblesse et rendre à Dieu des louanges et des actions de grâces. Il serait trop long de redire toutes les délices qu'elle goûta : elle vit un fleuve dont les eaux très pures et légèrement ondulées se répandaient à travers l'immensité des cieux. La lumière divine, semblable à un soleil resplendissant, se réfléchissait dans ces eaux, en sorte que les milliers d'ondulations qui en ridaient la surface brillaient comme autant de soleils. Ce fleuve signifiait la grâce de la dévotion qui lui était si largement donnée par le Seigneur, et l'ondulation des eaux figurait les pensées nombreuses qu'elle s'étudiait à diriger vers Dieu.

(5)Le Seigneur répondit ; « Est-il inutile qu'un père de famille remplisse ses celliers de vin, sous prétexte qu'il n'en goûte pas à tous moments ? Non, car toutes les fois qu'il le désire, il peut en tirer à volonté et en boire autant qu'il le voudra. De même, quand à la prière de mes Elus j'accorde mes grâces à d'autres âmes, ces âmes peuvent ne pas ressentir aussitôt le goût de la dévotion; toutefois il est certain qu'elles éprouveront, en temps opportun, les effets de ma bonté. »





CHAPITRE LX.

D'UNE MESSE QUE LE SEIGNEUR JÉSUS CHANTA DANS LE CIEL A UNE VIERGE



(5)…l'immense et incompréhensible toute-puissance de Dieu le Père.



(5)…à l'ineffable bonté de l'Esprit-Saint.



Le Seigneur fit une inclination de reconnaissance et félicita sa bien-aimée de s'être si bien préparée, que son esprit avait acquis la capacité de s'unir à la Divinité, dont les délices sont d'être avec les enfants des hommes. Ensuite le Seigneur lut la Collecte : « Deus qui hanc sacratissimam noctem veri luminis illustratione fecisti, etc.: O Dieu qui avez illuminé cette nuit sacrée 6 », qu'il termina ainsi : per Jesum Christum Filium tuum, comme s'il eût rendu grâces à son Père pour la lumière qu'il avait fait briller dans cette âme, dont la misère, exprimée par ce mot noctem : nuit, était appelée toutefois très sainte nuit, parce que l'âme avait été ennoblie et sanctifiée par la connaissance de sa propre infirmité.

(7)Comme on chantait dans la séquence : Dum non consentiret 9, l'âme se souvint de ses négligences à résister aux tentations, et voulut cacher son visage; mais le Seigneur, son très chaste Amant, ne put souffrir la confusion de son épouse; il déroba donc cette négligence sous un joyau d'or admirablement ciselé, pour signifier la victoire glorieuse qu'elle avait remportée dans toutes les attaques de l'ennemi.

Le Seigneur reçut favorablement ce Pater et le donna aux anges et aux saints, pour en disposer à leur gré, et procurer par son moyen à l'Église et aux fidèles défunts tout ce qu'une prière n’a jamais eu puissance d'obtenir.

Revenue à elle-même, elle se sentit jointe à son Bien-Aimé dans les profondeurs de son être par une union indissoluble.

===en résumé, la messe est une œuvre capitale sainte où tout le Ciel participe et à chaque verset, chaque partie, correspond des manifestations au ciel que l’œil n’a pas vu et l’oreille n’a pas entendu






















Livre V



LES RÉVÉLATIONS DE SAINTE GERTRUDE
VIERGE DE L'ORDRE DE  SAINT-BENOIT AU MONASTÈRE D’HELFTA PRÈS D’EISLEBEN EN SAXE

PRÉFACE, D'APRÈS LANSPERG.

Ce livre cinquième fournit des révélations salutaires qui nous apprennent comment chacun doit se préparer à la mort, et l'accueillir avec joie et résignation en implorant le secours de Dieu et des saints. On y voit aussi comment l'équitable censure de la divine justice rend à chacun après la mort selon ses œuvres, bien que la miséricorde de Dieu ait préparé, pour ceux qui meurent dans la charité, un puissant secours dans les prières et les bonnes œuvres des vivants. Dans ce livre, on trouve encore certaines pratiques de dévotion très utiles aux défunts, car ils sont surtout soulagés par les offrandes puisées dans le trésor infini des mérites de Jésus-Christ. On y célèbre merveilleusement la miséricorde de Dieu, l'ineffable douceur de sa bonté qui apporte à tous les malheureux pécheurs le remède par lequel ils peuvent, s'ils le veulent, se délivrer eux-mêmes et délivrer les autres de leurs fautes et des peines dues au péché.




CHAPITRE I.

DU   GLORIEUX   PASSAGE   DE   LA   VÉNÉRABLE  DAME ABBESSE  G. 2  DE   DOUCE
MÉMOIRE.

===si je comprends bien, il s’agit d’une autre abbesse Gertrude qui est appelée élue mais qui n’est pas Sainte Gertrude.

(4)La maladie est cette solitude où le Seigneur parle au cœur de sa bien-aimée, et non à son oreille; ses paroles ne frappent pas l'oreille du corps, car les paroles qui s'adressent au cœur sont plutôt senties qu’entendues. Les paroles du Seigneur à son élue sont les tribulations et les angoisses qu'elle éprouve en songeant que ses infirmités la rendent inutile, qu'elle perd son temps, et que les autres en se fatiguant pour elle le perdent aussi, car peut-être ne retrouvera-t-elle jamais sa santé. Mais elle répond à cela comme Dieu le désire, c'est-à-dire en gardant la patience et en ne souhaitant qu'une chose, c'est que la volonté du Seigneur se réalise en elle. Cette réponse se fait  entendre jusque dans le  ciel, non à la manière humaine,  mais par l'instrument divin du Cœur de Jésus-Christ où elle résonne pour  réjouir la sainte  Trinité et toute la cour céleste. En effet le cœur de l'homme ne pourrait accepter volontiers la souffrance pour   accomplir la volonté de Dieu, si cette disposition n'avait découlé en son âme du  Cœur de Jésus-Christ ; c'est donc toujours par l'entremise de ce Cœur divin qu'une telle réponse peut se faire entendre dans les cieux.

(5)Le Seigneur dit encore : « Mon élue accomplit mes plus chers désirs en acceptant les souffrances de la maladie, loin d'imiter la reine Vasthi qui méprisa les ordres d'Assuérus, lorsque ce roi lui ordonnait d'entrer avec le diadème sur la tête afin que les grands de la cour pussent contempler sa beauté. Moi aussi je veux faire éclater la beauté de mon élue en présence de l'adorable Trinité et de toute la cour céleste, et c'est pourquoi je l'accable maintenant par la fatigue et la maladie. Mais elle accomplit le désir de mon Cœur en acceptant avec patience et discrétion les soulagements et les adoucissements que sa santé réclame : ce lui sera un titre de gloire, car elle doit faire effort pour agir ainsi. Qu'elle prenne courage, toutefois, en pensant que, grâce à ma bonté infinie « diligentibus omnia cooperantur in bonnm : tout coopère au bien de ceux qui aiment » (Rom. VIII.28).

(6)Une autre fois, comme celle-ci priait encore pour la malade, le Seigneur répondit: « Quelquefois je prends plaisir à voir mon élue me préparer des présents, et alors je lui procure des perles et des fleurs d'or. Voici ce que ces paroles signifient : Les perles sont ses sens, et les fleurs sont les loisirs qui lui permettent de me préparer les ornements les plus beaux et les plus agréables; car lorsqu'elle en a le temps et qu'elle retrouve un peu de force, elle s'occupe de sa charge autant qu'elle le peut. Avec la plus grande sollicitude elle prend diverses mesures dans le but de conserver ou d'accroître la Religion, afin qu'après sa mort ses prescriptions et ses exemples soient comme une colonne inébranlable qui, pour mon éternelle gloire, soutienne l'état religieux. Mais si elle s'aperçoit que le travail nuit à sa santé, elle le laisse aussitôt, et m'abandonne toutes choses avec une grande confiance. Cette fidélité à reprendre le travail ou à tout m'abandonner lorsque ses forces faiblissent, touche profondément mon Cœur. »

(7)Une autre fois que ladite abbesse Gertrude, de douce mémoire, s'affligeait surtout de ne pouvoir se livrer à aucun travail des mains et craignait de perdre ainsi le temps, elle chercha avec son humilité ordinaire quelque consolation près de celle-ci, car elle préférait son avis à celui des autres, et lui recommanda de prier le Seigneur à cette intention. Celle-ci l'ayant fait, reçut du Seigneur la réponse suivante : « Le Roi de bonté ne saurait exiger que son élue travaille à sa parure au moment même où, lui prodiguant les marques de son affection, il se plaît à lui tenir les mains dans les siennes; mais ce qu'il veut avant tout, c'est qu'elle se tienne prête à accomplir toujours sa volonté. Aussi mon Cœur divin voit avec plaisir cette élue, ou supporter patiemment l'infirmité qui l'empêche de travailler, ou s'occuper de sa charge autant qu'elle le peut, quand la souffrance lui donne quelque répit. »

(8)Comme la maladie paraissait l'empêcher d'exercer parfaitement sa charge d'abbesse, elle songea à se démettre de ses fonctions, et désira connaître par celle-ci quelle était à ce sujet la volonté de Dieu. Elle reçut du Seigneur cette instruction : « Par cette maladie je sanctifie mon élue pour établir en elle ma demeure, comme par la consécration le pontife sanctifie une église. Les serrures apposées aux portes d'une église la garantissent contre les malfaiteurs; ainsi, par la maladie, je la ferme pour ainsi dire afin que ses sens soient délivrés d'une foule de choses extérieures qui n'ont pas toujours grande utilité, et souvent troublent le cœur en l'éloignant de moi. Je dis au livre de la Sagesse : « Deliciæ meæ sunt esse cum filiis hominum : Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes » (Prov. VIII. 31). J'ai donc envoyé la maladie à celle-ci afin d'habiter en elle, selon cette autre parole : « Juxta est Dominus his qui tribulato sunt corde : Le Seigneur est proche de ceux qui souffrent » (Ps. XXXIII. 19).

(11)Mais Dieu qui est fidèle et ne permet pas qu'une âme soit tentée au-delà de ses forces,

(11)….parce que moi, le Dieu qui habite en elle,

(13) et regardant avec l'œil simple de la colombe ce qui se faisait contre sa volonté, elle en souriait parfois, sans jamais cependant commettre la moindre impatience. Par l'effet de cet amour de Dieu et du prochain qui avait été toute sa vie si profondément enraciné dans son cœur, il arriva que, même au milieu de ses plus grandes souffrances, un seul mot ayant trait aux choses de Dieu suffisait pour la rendre si joyeuse qu'elle semblait ne plus souffrir.

(14) Toujours elle demandait qu'on l'y conduisît
quoiqu'elle fût privée de l'usage d'une de ses jambes et
souffrît tellement de l'autre qu'on ne pouvait même la toucher. Elle dissimulait sa souffrance afin qu'on ne l'empêchât pas d'assister à la messe.

(15)Elle montra aussi sa grande ferveur pour l'office divin, car portée au sommeil par le fait de sa maladie, elle se faisait violence, pour secouer l'assoupissement dès qu'elle entendait sonner les heures canoniales, se tenait éveillée comme par miracle, et même, si elle avait commencé son léger repas, elle l'interrompait jusqu'à la fin de la prière. La dernière fois où nous lui avons entendu dire : spiritus meus, ce fut pour demander de réciter Complies, après quoi elle entra en agonie.

(17)Elle apprit qu'une des sœurs gravement malade avait dû s'aliter. Quoiqu'elle ne pût faire un pas,
ni dire autre chose que spiritus meus,
elle témoigna par signes un si vif désir de visiter l'infirme, qu'on ne put lui refuser de la transporter auprès d'elle. Elle montra à la malade tant de compassion, par ses gestes et par ses signes, que les cœurs indifférents en furent émus jusqu'aux larmes. Mais la plume ne peut retracer toutes les preuves de ses vertus et de sa tendresse : aussi c'est à Dieu, auteur de tout bien, que nous offrons un sacrifice de louange pour ces dons merveilleux.

(21)Le Seigneur répondit : « La première année où elle reçut la charge abbatiale, elle unit si bien sa volonté à la mienne, et par le secours de ma grâce accomplit toutes ses œuvres avec une telle perfection qu'elle se montra l'égale des plus saintes vierges ; elle a toujours progressé dans la suite, aussi je lui réserve une augmentation de béatitude proportionnée à ses mérites. » Qu'on juge par là de quelle gloire éclatante est revêtue cette élue de Dieu, notre très douce Mère.

(27) elle ne pouvait plus rien voir autrement que Dieu ne voit lui-même, ce Dieu qui aime les hommes plus que nous ne pouvons le comprendre, et leur laisse cependant des défauts qui servent ses desseins providentiels.

(31)En vertu de ce sentiment d'affectueuse reconnaissance dont le Seigneur avait doué son âme, la défunte parut prier pour tous ceux qui assistaient à ses obsèques. Cette prière obtint pour chacun la rémission de beaucoup de péchés, un accroissement de grâce et de force pour faire le bien.

(34)On voyait briller surtout la récompense que lui avaient valu les malaises supportés en patience pendant sa maladie.

L'ornement du côté droit marquait la récompense accordée à son infirmité, et la splendeur du côté gauche indiquait le mérite qu'elle avait acquis par l'union de sa volonté à la volonté divine. C'était donc, d'un côté à l'autre, comme un jeu de lumières semblable à celui des rayons du soleil qui miroitent sur l'eau. Pour la souffrance qu'elle avait éprouvée en perdant la parole, notre Mère reçut du Seigneur, aussitôt qu'elle eut expiré, un baiser, baiser divin dont elle gardera une splendeur éternelle et qui réjouit tout spécialement la cour céleste.



CHAPITRE II.

DE L'AME DE  E. COMPAREE PAR LE SEIGNEUR A UN LIS.



(2) Mais en ce temps de la jeunesse, on est rarement exempt de légères négligences, comme de se plaire en des choses qui n’ont guère d'utilité,

(2) c’est pourquoi j'ai permis qu'elle fût effrayée par la vue du démon. Cette angoisse lui a tenu lieu de purgatoire, tandis que les souffrances qui l'avaient purifiée restaient pour elle comme un titre à la récompense du ciel. » Celle-ci dit alors : « Et pendant son effroi, où étiez-vous, ô espoir des désespérés ? » Le Seigneur répondit : « Je m'étais caché à sa gauche ; mais dès qu'elle fut purifiée, je me présentai à elle, et je l'emmenai avec moi au repos et à la gloire éternelle. »





CHAPITRE III.

DE L'AME DE  G. DEVOTE A LA SAINTE VIERGE.



(2) mais il fallait une souffrance pour effacer l'attachement qu'elle eut à son propre sens quand elle ne se rangeait pas complètement à l'avis de ceux qui la dirigeaient. »

(3)Celle-ci comprit que les saints agissaient de la sorte parce que cette jeune fille avait eu l'habitude de prier pour obtenir aux âmes des défunts l'application des mérites des saints comme supplément aux leurs;

(5)— Mais, dit celle-ci, où donc as-tu appris tant de choses, toi qui montrais ici-bas une intelligence si bornée ? » L'âme élue répliqua : « Je l'ai appris de Celui dont saint Augustin a dit : Avoir vu Dieu une seule fois, c'est avoir tout appris. »

(6)….elle en demanda la raison au Seigneur, qui lui répondit. « Ainsi que je lui en avais fait la promesse par ton entremise, je l'ai revêtue de ma Passion ; car malgré sa grande faiblesse, jamais elle ne s'est abstenue des travaux communs imposés par la Règle, et tout en se dépensant au delà de ses forces, jamais non plus elle ne se plaignit et ne s'impatienta. » Le Seigneur ajouta : « Je lui ai donné aussi plusieurs nobles princes de ma cour qui lui rendront des honneurs particuliers, pour compenser les défaillances qu'elle a supportées pendant sa maladie. Un de ses bras a aussi particulièrement souffert, c'est pourquoi elle me tient embrassé dans la gloire avec tant de béatitude qu'elle voudrait avoir souffert cent fois plus. »





CHAPITRE IV.

DE L’HEUREUSE MORT DE DAME M. CHANTRE.

(2)Par exemple, en tout ce qu'elle verra ou entendra touchant le prochain, elle s'estimera avec humilité au-dessous des autres, et je goûterai ainsi un repos vraiment délicieux dans son cœur et dans son  âme. Elle se montrera joyeuse au milieu des souffrances et des tribulations, embrassera la patience avec amour et supportera volontiers les choses pénibles ; par là, elle me préparera une table somptueusement servie. Enfin,   en  pratiquant les diverses vertus, elle m'offrira un délassement propre à faire les délices de ma Divinité. »

(3)Une autre fois, comme M. devait communier, celle-ci demanda au Seigneur ce qu'il opérait en elle. Il répondit : « Je me repose dans ses doux embrassements comme sur un lit nuptial. » Celle-ci comprit que cette chambre nuptiale où l'âme reposait avec le Seigneur et le Seigneur avec l'âme, était cette disposition qui la portait, dans ses peines et ses douleurs continuelles, à se confier à la bonté de Dieu, à croire que la divine miséricorde dirigeait toute chose pour son plus grand bien, à rendre sans cesse grâce au Seigneur, et à s'abandonner avec confiance à sa paternelle Providence.

(5)…et s'abandonnant tout entière à la divine Providence qui ne délaisse jamais ceux qui espèrent en elle.

(5)Mais le Seigneur, pour montrer la vérité de cette parole de l'Evangile : Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas (Matth. xxiv. 35),

(12)Celle-ci comprit aussi que de tous les membres endoloris de la malade s'exhalait une vapeur qui pénétrait son âme, la purifiait admirablement de toute tache, la sanctifiait, et la rendait apte à jouir de la béatitude éternelle.

(14) le Seigneur Jésus prit un collier richement orné de pierres précieuses et le passa au cou de la malade. Il lui conféra ainsi le privilège d'être appelée aussi vierge et mère à la ressemblance de la Reine du Ciel, parce qu'elle avait engendré le Seigneur dans les âmes avec un zèle plein d'amour.

(15) Le son mélodieux qui surpassait toutes les harmonies  symbolisait les paroles que l'élue du Seigneur avait  dites pendant sa vie sous l'influence de son amour pour Dieu ou de son désir de procurer le salut du prochain

(15) - Enfin la lumière brillante signifiait les diverses souffrances que son corps ou son âme avaient supportées durant sa vie ; ces souffrances ennoblies au delà de toute expression par leur union avec la Passion de Jésus-Christ, sanctifiaient son âme et la transfiguraient par la divine lumière.

(16) Le Seigneur répondit : « Lorsqu'un homme reçoit de son seigneur la concession d'un riche verger, il ne peut connaître le goût de tous les fruits qu'il y aperçoit ; il attend la saison de la maturité. De même, quand je répands ma grâce sur une âme, elle n'en perçoit la douceur que si la pratique des vertus l'aide à briser l'écorce des voluptés terrestres et à goûter l'amande de la consolation intérieure. » Le Seigneur bénit ensuite le convent, qui retourna au chœur pour achever Matines.

(18)Dieu le Père lui fit part alors de sa toute-puissance afin qu'elle l'offrît comme une protection assurée (tutelam) à tous ceux qui, s'effrayant (paventibus) de la faiblesse de leur nature, n'ont pas encore une pleine  confiance dans  la bonté divine.

Le Saint-Esprit lui conféra le don de réchauffer les âmes tièdes (calorem minus fervidis) par la ferveur de sa charité.

Enfin le Fils de Dieu lui concéda, en union de sa très sainte Passion et de sa mort, de guérir (medelam) tous ceux qui languiraient (languidis) dans le péché.

Alors la multitude des anges et des saints se mit à l'exalter devant le Seigneur en disant : « Tu Dei saturitas, oliva fructifera, cujus lucet puritas et resplendent opera : En toi Dieu se rassasie, olivier fécond, dont la pureté brille et les œuvres resplendissent. »







===si j’ai bien suivi, c’est sainte Mechtilde

(22)Je vois aussi le but du Seigneur en permettant que les hommes gardent certains défauts : il veut leur fournir l'occasion de croître en humilité et d'augmenter leurs mérites par une lutte persévérante.



(23) « Par l'amour qui vous porta à combler de biens votre élue M. ou quelque autre de vos élus, comme aussi toutes les âmes qui n'ont pas mis d'obstacles à vos grâces ; par l'amour qui vous portera encore à répandre vos biens sur la terre et dans les cieux, exaucez-moi, ô Jésus, au nom des mérites de M. et de tous vos saints ». De telles paroles dites avec confiance inclinaient facilement la divine clémence à exaucer les prières. A l'élévation de l’hostie, il sembla que cette âme bienheureuse désirait être offerte à Dieu le Père avec l'hostie sainte pour la gloire de Dieu et le salut du monde. C'est pourquoi le Fils de Dieu, qui ne repousse aucun désir de ses élus, l'attira tout entière en lui, et la présenta avec lui à Dieu le Père ; puis il procura le salutaire effet de ce sacrifice, doublé en quelque sorte par cette union, à tout le ciel, à la terre et au purgatoire.

(24)Tout est de lui, tout est par lui. tout est en lui; à lui soit gloire à jamais, » répétée autant de fois qu'elle avait passé de jours sur la terre , et des messes de la sainte Trinité qu'elles avaient fait célébrer en nombre égal à celui des années de sa vie.

(25)Une autre fois celle-ci, en baisant les cinq plaies du Seigneur, récita cinq Pater



CHAPITRE V.

DES AMES DES SŒURS M. ET E.



(4) mais pas au point d'effacer ses négligences passées, comme s'il avait usé de sa volonté pour réformer sa vie, lorsqu'il était encore dans la plénitude de sa santé et de ses forces. »

(4)» Le Seigneur répondit : « Je récompenserai la tendresse de son cœur et la générosité de sa volonté ; mais ma justice exige que les moindres taches de négligence soient effacées.

(5)L'âme témoigna son assentiment à ces paroles ; et tandis que le Seigneur semblait se retirer dans les profondeurs du ciel, elle demeura seule au même endroit, et parut s'efforcer de s'élever plus haut. C'est en demeurant seule qu'elle expiait certaines légèretés d'enfant qui parfois lui avaient fait goûter trop de plaisir dans la compagnie des hommes ; et les efforts qu'elle faisait pour monter la purifiaient de s'être laissé aller à la paresse dans certains malaises corporels.





CHAPITRE VI.

DE L'AME DE S. QUI APPARUT ASSISE DANS LE SEIN DU SEIGNEUR.

(1) elle demanda au Seigneur de laver l'âme de la mourante



CHAPITRE VII.

DU JOYEUX PASSAGE DE  M., DE BONNE MÉMOIRE.



Le Seigneur répondit : « Et comment cette grâce agirait-elle sur ceux qui rarement ou jamais ne descendent dans les profondeurs de leur âme, où j'ai coutume d'infuser ma grâce ? »

Celle-ci comprit alors avec quelle douce reconnaissance le Seigneur voit les âmes fidèles croire sans difficulté à l'abondante effusion de cette grâce qu'il répand sur les élus, non selon leurs mérites, mais selon la bonté infinie de son Cœur.





CHAPITRE VIII.

DE L'AME DE  M. B. QUI FUT SECOURUE PAR LES SUFFRAGES DE SES AMIS.

(1)D'où elle comprit que les prières offertes par les âmes charitables pour la défunte avant sa mort lui avaient été si profitables, qu'elle s'était envolée directement vers le ciel. Quelques personnes, en effet, avaient eu la charité de prendre sur elles-mêmes ses péchés afin de les expier, et par la grâce de Dieu, lui avaient aussi fait donation de leurs mérites.

(2)A peine y eut-elle goûté, qu'elle fut pénétrée jusqu'aux moelles par la suavité divine. Alors, les mains jointes, elle pria avec une profonde tendresse pour tous ceux qui en cette vie l'avaient contrariée par leurs idées, leurs paroles ou leurs actes, car elle jouissait déjà du mérite acquis par ces difficultés.

(3)Le Seigneur lui répondit : « Que puis-je faire à celui qui s'est ainsi dépouillé par charité, sinon de le couvrir de ma propre toison, et de travailler davantage avec lui  afin qu'il regagne ce qu'il a abandonné par la charité » Celle-ci reprit : « C'est en vain que vous travaillerez avec moi ;

(3)Et il ajouta : «Assise maintenant au bord de l'océan, es-tu donc moins riche que ceux qui s'arrêtent à la source des ruisseaux?» C'est à dire : celui qui s'attache à ses propres œuvres reste assis à la source des ruisseaux ; mais celui qui se dépouille de tout par humilité et par charité, possède Dieu, abîme de toute béatitude.





CHAPITRE IX.

DES AMES DE G. ET S. QUE LE SEIGNEUR COMBLA ÉGALEMENT DE SES GRACES.



(1)et chacun sera récompensé selon  qu'il aura bien agi ou bien souffert;

(1)…elle était sanctifiée par sa grande patience et sa ferveur, mais non complètement purifiée

(1)En  effet, ne se sentant la conscience chargée d'aucune faute grave, elle avait négligé de se faire absoudre par le prêtre de cette poussière des fautes vénielles dont la vie humaine ne saurait être exempte ; parfois même elle avait feint de dormir quand le prêtre arrivait afin de ne pas lui parler.

(4) que chacun reçoit la récompense due à son labeur, et jamais celui qui a mérité moins ne recevra plus que celui qui a mérité davantage. Mais il peut arriver que certaines circonstances augmentent le prix des actes ; par exemple une intention plus droite, une lutte plus forte, une charité plus ardente. De plus, ma bonté ajoute toujours quelque chose à la récompense due à chacun ; parfois aussi les prières des fidèles ou d'autres circonstances méritoires ont leur influence. C'est d'après cette règle que j'ai égalé l'une à l'autre, en les rémunérant chacune selon leur mérite. »

(5)Et parce qu'il faut vraiment craindre toute attache aux choses de la terre,



CHAPITRE X.

DE  S. QUI MOURUT  TOUTE REMPLIE DE FERVEUR.

(4)Celle-ci la vit reçue par le Seigneur dans les plus tendres embrassements ; il lui donnait une parure très belle et toute spéciale, parce qu'elle avait montré un mâle courage en foulant le monde sous ses pieds pour suivre Jésus-Christ avec fidélité.

(4)Lorsqu'elle fut arrivée devant le trône de gloire, Jésus, l'Epoux des vierges, la plaça devant lui et lui dit avec tendresse : « Tu es ma gloire ! » Se levant ensuite, il la couronna et la fit asseoir sur un trône céleste.

(6)…cette arche céleste où habite corporellement toute la plénitude de la Divinité, à savoir le très doux Cœur de Jésus notre Epoux,

(6) le très doux et très fidèle Ami des âmes m'a accordé une belle et excellente récompense, infiniment supérieure à mon mérite. »





CHAPITRE XII.

DE  L'AME DE   FRÈRE  H.  QUI FUT RECOMPENSE POUR  SA FIDELITE.



(3) « Pour quelle faute souffrez-vous le plus maintenant ? L'âme répondit « Pour l'attache à ma volonté propre et à mes idées personnelles ; car même en faisant le bien, je préférais suivre ma volonté, plutôt que les conseils du prochain Pour cette faute, mon âme souffre en ce moment une peine si grande, que toutes les douleurs de la terre réunies n'égaleraient pas ma souffrance. »

(4) et ces joies je les aurai méritées parce que, en vous servant avec la fidélité qui m'a valu votre affection, j'avais l'intention de plaire à Dieu seul. »

(5) «Lorsque j'étais dans le siècle, j'ai beaucoup péché en ne pardonnant pas facilement à ceux qui m'avaient offensé ; je leur montrais longtemps un visage sévère, aussi je souffre une honte intolérable et une terrible angoisse, lorsque j'entends ces paroles du Pater. » Celle-ci lui ayant demandé combien de temps durerait cette peine, l'âme lui répondit : « Lorsque ma faute aura été effacée par l'ardente charité qui vous excite à prier pour moi, j'éprouverai en entendant ces paroles une immense gratitude envers la miséricorde de Dieu qui m'aura pardonné. »

(6)Le Seigneur ajouta : « Vos prières ne peuvent le secourir aussi promptement que s'il ne s'était pas montré dur et inflexible, refusant de soumettre sa volonté à celle du prochain, lorsque celle-ci n'était pas conforme à la sienne »


CHAPITRE XV.

DE L'AME DU FRÈRE  F. QUI RETIRA GRAND PROFIT D'UNE FERVENTE PRIÈRE.



(3)C'est ainsi qu'une prière courte mais fervente rendra plus de service aux âmes qu'une longue série de psaumes récités avec tiédeur. (JHS)



CHAPITRE XVI.

D'UNE  AME  QUI  FUT SOULAGEE PAR LES SUFFRAGES DE L'EGLISE A LA PRIÈRE DE CELLE-CI.

(1)II me plaît singulièrement, répondit-il, que l'homme tourne vers moi ses émotions naturelles aussi bien que sa bonne volonté; son action est ainsi complète. »

(3)Mais apprends qu'une telle peine peut être soulagée à la longue par les prières et les souffrances assidues d'amis dévoués. Les fidèles délivreront une âme plus ou moins vite, selon qu'ils prieront avec plus ou moins de ferveur, et aussi selon que chacun aura acquis plus ou moins de mérites pendant sa vie. »



CHAPITRE XVII.

DÉLIVRANCE   DES   PARENTS   DE   LA   COMMUNAUTÉ.

le Seigneur répondit : « C'est moi qui suis votre plus proche parent, votre père, votre frère, votre époux ; tous mes amis sont donc vos alliés, et je ne veux pas qu'ils restent en dehors de la mémoire commune faite pour vos proches. C'est pourquoi ils se trouvent parmi eux. »



CHAPITRE XVIII.

DE L'EFFET DU GRAND PSAUTIER.

Tandis que le couvent récitait le grand psautier, qui est un si puissant secours pour les âmes du purgatoire, celle-ci, qui devait communier, et priait avec ferveur, demanda au Seigneur pourquoi la récitation du psautier était si profitable aux âmes et si agréable à Dieu. Il lui semblait que tant de versets et d'oraisons assignés à chaque verset de psaume étaient de nature à engendrer l'ennui plutôt que la dévotion. Le Seigneur répondit : « C'est l'ardent amour que j'ai du salut des âmes qui me fait donner tant de puissance à cette prière. Je suis comme un roi qui retient en prison quelques-uns de ses amis auxquels il accorderait volontiers la liberté si la justice le permettait; il est évident que dans son désir de les délivrer. Il accepterait volontiers toute rançon que lui offrirait pour eux le moindre de ses soldats. De même je reçois tout ce qui m'est offert pour la délivrance des âmes acquises par mon sang et par ma mort, afin de pouvoir les exempter de leurs peines et les conduire aux joies qui leur sont préparées de toute éternité. » Celle-ci dit alors : « Est-ce que, vous avez pour agréable la charge que s'imposent ceux qui récitent ce psautier? » Le Seigneur répondit : « Certainement; chaque fois qu'une âme est délivrée par ces prières, c'est comme si l'on me rachetait moi-même de la captivité. En temps opportun je récompenserai mes libérateurs selon l'abondance de mes richesses. » Celle-ci reprit : « Combien d'âmes votre clémence accorde-t-elle aux prières de chaque personne? » Le Seigneur dit : « Autant que leur amour en mérite »; et il ajouta : « Mon infinie bonté me porte à délivrer un grand nombre d'âmes; cependant pour chaque verset de ce psautier, je délivrerai trois âmes. » Alors, celle-ci, que sa faiblesse avait empêchée de réciter le psautier qui lui était assigné, excitée par cette effusion de la bonté divine, se mit en devoir de le dire avec ferveur. Lorsqu'elle eut achevé un verset, elle demanda au Seigneur combien son excessive miséricorde daignerait délivrer d'âmes par ses prières. Le Seigneur répondit : « Je suis tellement subjugué par les prières d'une âme aimante, que je délivrerai autant de multitudes d'âmes que tu auras remué de fois la langue en récitant ce psautier. » Louange éternelle en soit à vous, ô très doux Jésus!


==le grand psautier ( les150) est pour les âmes du purgatoire. Il en ressort en allant voir ailleurs :

En une fois ou deux les150 psaumes avec après chaque verset la prière intercalée + 30 messes minimum ou aller soit même à 30 messes + 150 actes de charité (prières, bonne paroles etc.)



CHAPITRE XIX.

DUNE ÂME QUI FUT SECOURUE PAR LE GRAND PSAUTIER.

1Une autre fois, comme elle priait pour les défunts, elle vit l'âme d'un chevalier mort depuis environ quatorze ans, sous la forme d'une bête monstrueuse dont le corps était hérissé d'autant de cornes que les animaux ont ordinairement de poils. Cette bête semblait suspendue au-dessus de la gueule de l'enfer, soutenue seulement du côté gauche par une pièce de bois. L'enfer vomissait contre elle, sous forme de tourbillons de fumée, toutes sortes de souffrances et de peines qui lui causaient d'indicibles tourments. Elle ne recevait des suffrages de l'Église aucun soulagement. Celle-ci, étonnée devant la forme étrange de cette bête, comprit, à la lumière de Dieu, que pendant sa vie, cet homme s'était montré orgueilleux et ambitieux. C'est pourquoi ses péchés avaient poussé sur lui comme des cornes, tellement durcies qu'elles l'empêcheraient de recevoir aucun soulagement aussi longtemps que son âme resterait dans cette peau de bête. Le pieu qui seul le soutenait encore et l'empêchait de tomber dans l'abîme, signifiait que pendant sa vie il avait eu à de rares intervalles un mouvement de bonne volonté; c'est la seule chose qui, avec l'aide de la divine miséricorde, l'avait empêché d'être englouti dans les enfers.



EXPLICATION DU GRAND PSAUTIER ET DES SEPT MESSES GRÉGORIENNES 1 .

(1)Comme dans les chapitres précédents, on a parlé du grand psautier, le lecteur pourrait se demander ce qu'est ce grand psautier, et comment on doit le réciter. Voici donc la manière de le réciter, d'après les recherches que nous avons faites dans les livres et les exercices de cette vierge.

(2)D'abord, après avoir imploré le pardon de vos péchés, dites :
« En union de cette louange suprême par laquelle la très glorieuse Trinité est seule à elle-même sa propre louange, louange qui s'écoule ensuite sur votre Humanité bénie, très doux Seigneur Jésus-Christ, et de là sur votre glorieuse Mère, sur tous les anges et les saints, pour retourner dans l'abîme de votre Divinité, je vous offre ce psautier pour votre louange et votre gloire. Je vous adore, je vous salue, je vous bénis et vous rends grâces au nom de l'univers entier, pour l'amour avec lequel vous avez daigné prendre chair, naître ici-bas et y souffrir pour nous pendant trente-trois ans, la faim, la soif, les travaux et les douleurs, enfin rester vous-même avec nous dans le Sacrement. Je vous supplie d'unir aux mérites de votre très sainte vie la récitation de ce psautier, que je vous offre pour cette âme ou ces âmes (nommez ici les vivants ou les morts pour lesquels vous voulez prier). Je vous demande de suppléer, en puisant dans votre riche trésor, à ce qu'elles ont omis ou négligé dans la louange, l'action de grâce et l'amour qui vous sont dus, dans la prière, la pratique de la charité et des autres vertus, enfin de suppléer par votre grâce aux actions qu'elles n'ont pas accomplies, ou à leurs oeuvres imparfaites. »

 (3)Secondement, après avoir imploré le pardon de vos péchés, mettez-vous à genoux et dites :
 « Je vous adore, je vous salue, je vous bénis et vous rends grâces, très doux Seigneur Jésus-Christ, pour cet amour avec lequel vous avez daigné accepter, vous le Créateur de l'univers, d'être arrêté, lié, entraîné, foulé aux pieds, frappé, conspué, flagellé, couronné d'épines, immolé par le supplice le plus cruel et percé de la lance. En union avec cet amour, je vous offre mes indignes prières, vous conjurant, par les mérites de votre très sainte Passion et de votre mort, d'effacer complètement toutes les fautes que les âmes pour lesquelles je vous prie ont jamais commises contre vous, par pensée, par parole et par action. Je vous demande aussi d'offrir à Dieu le Père toutes les peines et les douleurs de votre corps meurtri et de votre âme abreuvée d'amertumes ; tous les mérites que vous avez acquis par l'un et l'autre, pour la rémission des peines que votre justice doit faire subir à ces âmes. »

(4)Troisièmement, vous tenant debout, dite avec dévotion :
« Je vous adore, je vous salue, je vous bénis et vous rends grâces, très doux Seigneur Jésus-Christ, pour l'amour et la confiance avec lesquels, après avoir vaincu la mort, vous avez glorifié votre chair par votre résurrection et l'avez ensuite placée à la droite du Père. Je vous conjure de donner part à votre victoire et à votre gloire aux âmes pour lesquelles je vous prie. »

(5)Quatrièmement, implorez le pardon en disant :
« Sauveur du monde, sauvez-nous tous, sainte Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, priez pour nous. Nous vous supplions aussi pour que les prières des saints Apôtres, Martyrs, Confesseurs et saintes Vierges nous délivrent du mal, et nous accordent de jouir de tous les biens, maintenant et toujours. Je vous adore, je vous salue, je vous bénis et je vous rends grâces, très doux Seigneur Jésus-Christ, pour tous les bienfaits que vous avez accordés à votre glorieuse Mère et à tous vos élus, en union de cette reconnaissance avec laquelle les saints se réjouissent d'avoir reçu la béatitude par votre Incarnation, votre Passion et votre Rédemption. Je vous conjure de daigner suppléer à ce qui manque à ces âmes, par les mérites de la glorieuse Vierge et des saints. »

(6)Cinquièmement, récitez dévotement et par ordre les cent cinquante psaumes, ajoutant après chaque verset du psautier cette courte prière :
« Je vous salue, Jésus-Christ, splendeur du Père, Prince de la paix, porte du ciel, pain vivant, fils de la Vierge, tabernacle de la Divinité. »
A la fin de chaque psaume dites à genoux : Requiem æternam, etc. Ensuite vous direz dévotement ou ferez dire cent cinquante, ou cinquante, ou tout au moins trente messes.
Si vous ne pouvez faire dire ces messes, vous communierez un même nombre de fois. Vous ferez aussi cent cinquante aumônes, ou bien vous les remplacerez par autant de Pater suivis de l'oraison: « Deus cui proprium est, etc., suscipe deprecationem nostram, et quos delictorum, etc. 2 : Dieu, dont le propre, etc., recevez ma prière... et ceux que la chaîne du péché, etc. », pour la conversion des pécheurs, et vous ajouterez ensuite cent cinquante œuvres de charité. Par acte de charité il faut entendre tout ce qui se fait pour le prochain par amour de Dieu: aumône, bonne parole, service rendu ou prière.

(7)Tel est le grand psautier, dont l'efficacité a été exposée plus haut (Chap. XVIII et XIX).

(8)Nous pensons qu'il n'est pas hors de propos de parler ici des sept messes qui, d'après une tradition de nos anciens, ont été divinement révélées au Pape saint Grégoire. Elles ont une grande efficacité pour délivrer les âmes de leurs peines, parce qu'elles sont appuyées sur les mérites de Jésus-Christ qui servent à acquitter toute dette. Pour chaque messe, vous devez, si vous en avez le moyen, allumer sept cierges en l'honneur de la Passion, et, pendant sept jours, dire quinze Pater et quinze Ave Maria, faire sept aumônes, et réciter un nocturne de l'office des morts.

(9)La première messe est la messe : Domine ne longe : Seigneur ne tarde pas, avec le récit de la Passion, comme au dimanche des Rameaux. On doit y prier le Seigneur afin qu'il daigne, lui qui s'est livré volontairement aux mains des pécheurs, délivrer l'âme de la captivité qu'elle subit pour ses fautes.
- La seconde messe est : Nos autem gloriari : Nous mettons notre fierté dans la Croix,avec le récit se la Passion, comme en la troisième férie après les Rameaux. On demande au Seigneur de délivrer l'âme, par son injuste condamnation à mort, de la juste condamnation qu'elle a encourue par sa propre faute.
-
La troisième messe : In nomine Domini : Au nom de Jésus, que tout genou fléchisse, avec le chant de la Passion comme en la quatrième férie après les Rameaux. On doit y demander au Seigneur, par son crucifiement et la douloureuse suspension à la croix, de délivrer l'âme des peines auxquelles elle s'est pour ainsi dire rivée elle-même.
-
La quatrième est : Nos autem gloriari : Nous mettons notre fierté dans la Croix, comme au Jeudi saint, avec la Passion : Egressus Jesus : Jésus sortant du Cénacle, comme au Vendredi Saint. On y demande au Seigneur, par sa mort très amère et l'ouverture de son Cœur sacré, de guérir l'âme des blessures de ses péchés et des peines qui en sont la conséquence.
-
La cinquième messe est : Requiem æternam,(messe des morts). On demande au Seigneur que par la sépulture qu'il a voulu subir, lui, le Créateur du ciel et de la terre, il retire l’âme de la fosse profonde où ses péchés l'ont fait volontairement tomber.
-
La sixième messe est : Resurrexi, comme au jour de Pâques,  afin que le Seigneur, par la gloire de sa très joyeuse résurrection, daigne purifier l'âme de toutes les taches du péché et lui donner part à sa gloire.
-
La septième messe enfin est Gaudeamus, comme au jour de l'Assomption. On y prie le Seigneur et on demande à la Mère des miséricordes, par ses mérites et ses prières et au nom des joies qu'elle reçut au jour de son triomphe, que l'âme, affranchie de tout obstacle, soit unie à l'Époux céleste.

(10)Si vous accomplissez ces exercices pour d'autres personnes à l'heure de leur mort, votre prière retournera vers vous avec un double mérite. Si vous les pratiquez pour vous-même pendant votre vie, ce sera beaucoup mieux que de l'attendre d'autrui après votre mort. Le Seigneur, qui est fidèle et cherche l'occasion de nous faire du bien, gardera ces prières et vous les rendra au temps voulu, par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, avec lesquelles est venu nous visiter d'en haut ce soleil levant. » (Luc I. 78.)

1.Cette explication du grand psautier, qui ne se trouve pas dans le manuscrit de Vienne, a été placée à cet endroit dans l'édition de Lansperg, comme elle l'avait été par l'écrivain de ce livre. (Note de l'édition latine.)
2. Oraison incluse dans les prières qui suivent les litanies des Saints : Dieu, à qui seul appartiennent la miséricorde et le pardon, accueillez notre prière, et que votre amour plein de pitié nous délivre, nous et tous vos serviteurs enchaînés par les liens du péché.




CHAPITRE XX.

COMMENT S'ACCROIT LE MÉRITE OFFERT.



Comme elle offrait à Dieu pour l'âme d'un défunt tout le bien que la bonté du Seigneur avait jamais daigné opérer en elle et par elle,



CHAPITRE XXI.

DU MÉRITE DE LA BONNE VOLONTÉ.

Comme on célébrait la messe pour l'âme d'une  pauvre femme qu'on devait enterrer ensuite, celle-ci, émue de compassion, récita pour son soulagement cinq Pater en l'honneur des cinq plaies du Seigneur. Alors, inspirée d'en haut, elle offrit encore avec charité pour cette pauvre femme le bien que la bonté divine avait daigné opérer en elle et par elle



CHAPITRE XXII.

DE LA PUNITION DES DÉSOBÉISSANTS ET DES MURMURATEURS.

(1)Une personne vint à mourir, après avoir fidèlement  prié toute sa vie pour les âmes du purgatoire. Mais comme, par suite de la fragilité humaine, elle n'avait pas toujours été parfaite dans la vertu d'obéissance, préférant quelquefois la rigueur du jeûne et des veilles, ou autres choses semblables, à la soumission due aux supérieurs, elle parut ornée de diverses parures sous lesquelles se trouvaient cachées des pierres d'un si grand poids, qu'il fallait plusieurs personnes pour la conduire vers le Seigneur. Comme celle-ci témoignait de l'étonnement, elle apprit que ces conductrices étaient les âmes délivrées par les prières de la défunte ; ces parures, les prières que la défunte avait récitées pour les âmes du purgatoire, et les pierres si pesantes, les désobéissances qu'elle avait commises. Le Seigneur dit alors : « Ces âmes, excitées par la reconnaissance, ne me permettent pas de la faire passer par un purgatoire ordinaire, pour la montrer ensuite dans toute sa beauté : cependant il faut qu'elle expie ses désobéissances et les attaches qu'elle a eues à son propre sens. - N'a-t-elle pas reconnu ses fautes au dernier moment, objecta celle-ci, et ne s'en est-elle pas vivement repentie? Or il est écrit: « Si l'homme reconnaît sa faute, Dieu la lui pardonne. » Le Seigneur répondit: « Oui, et si elle n'avait pas reconnu ses fautes, le poids en eût été si accablant, qu'elle ne serait peut-être jamais arrivée jusqu'à moi. » Celle-ci vit alors que l'âme semblait cacher sous sa parure une chaudière bouillante destinée à fondre les pierres et à les dissoudre entièrement. Les prières des personnes pour lesquelles elle avait jadis prié et les suffrages des fidèles devaient lui venir en aide dans cette opération, comme de bons serviteurs.

(2) ce qui signifiait qu'il faut aider les âmes par nos bonnes œuvres.

(2)Les âmes qui s'étaient volontiers soumises à l'obéissance, marchaient avec sécurité en se tenant à la rampe, et les saints anges venaient à leur aide pour écarter tous les obstacles du chemin

(3)…elle expiait ainsi les fautes commises en écoutant les paroles de murmure et de médisance. De plus, sa bouche était couverte intérieurement d'une peau épaisse qui l'empêchait de goûter les douceurs divines, et cela parce qu'elle-même avait parfois médit du prochain. Le Seigneur expliqua alors à celle-ci que si l'âme de la défunte souffrait de telles peines pour des fautes commises par une sorte de simplicité dont elle s'était souvent repentie, ceux qui ont eu l'habitude de commettre ces mêmes fautes subissent un plus grand châtiment. Non seulement leur bouche est garnie d'une peau épaisse, mais cette peau est hérissée de pointes qui, remontant de la langue au palais et descendant du palais à la langue, les blessent douloureusement et font suinter une matière dégoûtante : aussi ne peuvent-ils être admis à jouir de sa divine présence parce qu'ils sont odieux aux habitants du ciel. Celle-ci dit alors avec gémissement au Seigneur: « Hélas! Seigneur, vous aviez coutume autrefois de me révéler les mérites des âmes; maintenant vous me montrez davantage les souffrances de leur purgatoire. »



CHAPITRE XXIII.

DU DÉSIR DE LA MORT QUE LE SEIGNEUR EXCITA EN ELLE.

(1)Le Seigneur ajouta: « Pendant le temps que tu dois encore passer sur la terre, ne vis plus pour toi-même, mais efforce-toi de procurer ma gloire suivant l'attrait de ton désir. » Cependant sa mort fut différée; il nous est donc permis de croire que le Seigneur ne voulut pas l'enlever de ce monde sans qu'elle ait acquis le mérite du désir et de la préparation, à laquelle il l'avait excitée par ses paroles. Il est écrit en effet que les mérites s'accroissent dans la même proportion que les désirs.

(3)Plus tard, son désir se réveilla, et elle demanda au Seigneur d'aller bientôt vers lui. II répondit : «Quelle véritable épouse peut avoir un si grand désir d'arriver dans un lieu où elle sait que son Epoux n'ajoutera plus rien à sa parure, et où elle ne pourra plus offrir de présents à son Bien-Aimé ? » En effet, l'âme après la mort ne croît plus en mérites, et ne travaille plus pour Dieu.



CHAPITRE XXIV.

DES PRÉPARATIFS DE SON DÉPART.

(2)« Sur quel siège pourrai-je m'asseoir? -- La confiance pleine et entière qui te fera tout espérer de ma bonté, sera ton siège pour ce voyage. -- Et qu'est-ce qui servira de rênes? -- Ce sera l'amour très ardent qui te fait désirer mes embrassements. »





CHAPITRE XXV.

DE LA FLÈCHE D'AMOUR.

(3)Lorsque tu auras payé la dette de la mort,



CHAPITRE XXVI.

AVEC QUELLE FIDÉLITÉ DIEU GARDE LES PRÉPARATIONS D'UNE AME.



C'est ainsi que Dieu inspire parfois à ses élus de se préparer à la mort, bien que leur heure doive être encore longue à venir

(1)Elle reprit : « O Seigneur, si vous m'aviez enlevée de ce monde lorsque, d'après vos paroles, je m'attendais à mourir, je crois que, votre grâce aidant, vous m'eussiez trouvée mieux disposée. Mais il est à craindre que, par suite de vos délais, je sois devenue négligente et tiède » Le Seigneur répondit: « Toutes choses ont leur temps dans les sages dispositions de ma providence. Aussi, tout ce que tu as déjà fait pour te préparer à mourir sera fidèlement gardé par ma bonté, et rien de ce que tu y ajouteras dans la suite ne sera perdu pour toi. »



CHAPITRE XXVII.

PRÉPARATION A LA MORT.



au moins une fois l'année





CHAPITRE XXVIII.

DE LA CONSOLATION DONNÉE PAR LE SEIGNEUR ET LES SAINTS.



(1)A l'heure de ta mort, au moment où les hommes ressentent les plus grandes angoisses, ils te combleront de consolations.



CHAPITRE XXIX.

FIDÈLES PROMESSES DE DIEU ET PRIVILÈGES.



I. - Comment le Seigneur promit à celle-ci de nous exaucer.

Nous serons jugés tels que nous serons trouvés à notre dernier moment ; aussi, rien ne nous est plus nécessaire que de prier Dieu pour obtenir une bonne mort. Mais nous sommes tellement chargés du poids de nos péchés que Dieu ne nous exauce pas; c'est pourquoi, si nous voulons avoir une heureuse fin, nous devons prier le Seigneur de nous accorder par son épouse bien-aimée une mort plus sainte que celle que nous aurions pu obtenir par nous-mêmes. En effet le Seigneur lui a juré, par les saintes douleurs de sa Passion (et il a scellé sa promesse par sa mort innocente) que celui qui s'adresserait à elle durant sa vie soit au moment de sa mort, soit dans la suite des âges afin d'obtenir une heureuse fin, serait exaucé au delà de ses désirs.


  1. - Comment tu dois demander une bonne mort pour celle-ci afin que Dieu te l'accorde à toi-même.



III.Celui qui rend grâces â Dieu pour les cinq motifs suivants, obtiendra ce à quoi Dieu s'est engagé envers celle-ci par promesse, par vœu et enfin par serment.

Seigneur, je vous rends grâces et je vous loue, je vous rappelle l'amour par lequel vous avez voulu de toute éternité élever celle-ci à une grâce spéciale, et je vous prie par ce même amour de daigner m'exaucer.

Jesu nostra redemptio, etc. Je vous loue et vous rends grâces d'avoir attiré cette âme avec tant de douceur, et je vous prie par ce même amour de daigner m'exaucer.

Jesu nostra redemptio… Je vous loue et vous rends grâces d'avoir daigné vous unir à elle comme en secret; je vous prie, par cette même grâce et par cet amour, de daigner m'exaucer.
- Jesu, etc. Je vous prie, je vous loue, et je vous rends grâces, ô Jésus-Christ, très aimant Seigneur, pour l'amour par lequel vous vous êtes livré à sa volonté afin qu'elle pût jouir de vous à son gré; je vous prie, par cette même grâce et ce même amour. de daigner m'exaucer,

Jesu, etc. Je vous loue, ô Jésus-Christ, Seigneur plein de tendresse, et je vous rends grâces pour la grande bonté qui vous a poussé à mettre tous vos biens en commun avec elle, comme si vous y trouviez votre bonheur; je vous prie, par ce même amour, de daigner m'exaucer




CHAPITRE XXXI.

SATISFACTION OFFERTE A LA BIENHEUREUSE VIERGE.

(1)Lors donc qu'elle s'efforçait, comme nous l'avons dit, de réparer par des prières spéciales les négligences qu'elle avait commises dans son culte envers la bienheureuse Vierge, elle demanda un jour au Fils de Dieu d'offrir lui-même à sa glorieuse Mère ces amendes honorables. Aussitôt, le Roi de gloire se leva et offrit son Cœur divin à sa Mère en lui disant :
 « Voici, ô Mère très aimante, que je vous offre mon Cœur rempli de toute béatitude.
- Je vous présente en lui cet amour divin par lequel, de toute éternité, je vous ai créée, sanctifiée et choisie pour Mère avec une tendresse spéciale, de préférence à toute créature.
- Je vous offre cette douce affection que je vous témoignai sur la terre, lorsque j'étais petit enfant, et que vous me réchauffiez sur votre sein et me nourrissiez.
- Recevez cet amour filial que je vous ai montré dans le cours de ma vie, vous étant soumis comme un fils l'est à sa mère, quoique je fusse le souverain des cieux. Cet amour, je vous le témoignai surtout à l'heure de ma mort, lorsque j'oubliai mes propres souffrances pour compatir à votre douleur et à votre désolation, et vous donnai à ma place un autre fils afin qu'il prît soin de vous.
- Recevez encore le sentiment d'ineffable amour avec lequel, au jour de votre joyeuse Assomption, je vous ai élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et des saints, et vous ai établie Dame et Reine du ciel et de la terre.


- Je vous offre toutes ces faveurs renouvelées et redoublées, en réparation des négligences que cette âme, ma bien-aimée, a pu apporter à votre service, afin qu'à l'heure de sa mort vous alliez au-devant d'elle avec cet accroissement de félicité, et que vous la receviez dans votre maternelle tendresse comme ma fidèle épouse. »

(2)La Mère très aimante reçut avec joie cette offrande, se déclara prête à tout ce qu'on demandait de sa tendresse, et dit : « Accordez-moi aussi cette faveur, ô Fils bien-aimé : lorsque j'irai au-devant de cette élue, que toutes les grâces dont vous m'avez comblée répandent en elle une divine suavité plus parfumée que le baume et lui communiquent les joies de la béatitude éternelle. »

(3)Cette âme bienheureuse admira la condescendance de la bonté divine et dit au Seigneur : « O Dieu très bon, puisque votre tendresse infinie a tant ennobli les faibles efforts de mon amour, combien je regrette de ne vous avoir pas offert avec la même dévotion la réparation (si faible il est vrai), destinée à couvrir mes négligences dans la célébration des heures canoniales et des autres parties de votre culte. » Le Seigneur répondit :  « Ne t'inquiète pas, ma bien-aimée : j'ai accepté toutes ces œuvres en union de l'amour qui t'a donné la grâce de les accomplir, lorsque, de toute éternité, elles étaient déjà ennoblies et doucement préparées dans mon divin Cœur. J'y ai joint toute la dévotion et la ferveur qu'a jamais ressenties un cœur d'homme sous ma douce influence ; et les ayant ainsi parfaitement sanctifiées, je les ai offertes à Dieu mon Père comme une réparation et un holocauste très agréables. Pleinement satisfait alors, il s'est incliné vers toi dans sa divine et paternelle tendresse. »


RECOMMANDATION DE CE LIVRE.

(1)Lorsque cet ouvrage fut terminé, le Seigneur Jésus  apparut à celle-ci : il tenait le livre serré contre lui et disait : « Je presse mon livre contre ma poitrine sacrée, afin que tous les mots qu'il contient soient pénétrés jusqu'aux moelles par la douceur de ma Divinité, comme une bouchée de pain frais est pénétrée par l'hydromel. Celui qui lira ce livre avec une humble dévotion y trouvera le fruit du salut éternel. »

(2)« Comme, à la messe, j'ai opéré la transsubstantiation1 du pain et du vin pour le salut des hommes, ainsi je sanctifie en ce moment par ma céleste bénédiction tout ce qui est écrit ici, afin que tous ceux qui liront trouvent le salut. » Et il ajouta: « La personne qui a écrit mon livre a fait un travail aussi agréable pour moi que si elle m'avait environné de flacons de parfums aussi nombreux que les lettres ici tracées. Trois choses me plaisent spécialement dans ce livre :
j'y goûte l'inexprimable douceur de mon divin amour, source véritable de tout ce qu'il contient ;

(2) j'y respire l'agréable parfum que dégage la volonté bonne de la personne qui l'a écrit;

(2)…enfin je me réjouis d'y voir retracés presque à chaque page les effets de ma bonté infinie.


(2)
Comme mon amour t'a inspiré les choses écrites dans ce livre, de même il les a gardées dans la mémoire de celle à qui tu en as fait le récit ; elle les a rassemblées, disposées et écrites selon mon désir. Aussi je veux que mon livre ait pour couverture ma très sainte vie, pour ornements les joyaux vermeils de mes cinq plaies. De plus ma bonté divine le scellera par les dons du Saint-Esprit comme par sept sceaux, en sorte que nul ne puisse l'arracher de mes mains. »



OFFRANDE DE CE LIVRE.



O Christ Jésus, Lumière qui êtes la source des lumières éternelles, je vous offre dans ce livre le nectar précieux de votre bonté infinie, que la douceur efficace de votre insondable Divinité a fait jaillir des sources profondes de votre Cœur si rempli d'amour, pour qu'il arrose, féconde, béatifie, attire et unisse inséparablement à vous le cœur et l'âme de votre élue.
 Je vous l'offre avec l'amour de l'univers entier, m'unissant à cette charité suprême par laquelle, ô Fils du Père éternel, vous avez fait rejaillir avec une parfaite reconnaissance vers la source de son origine les flots de la Divinité qui s'étaient répandus dans votre Humanité déifiée.

 Je vous prie, avec le désir et l'affection de toutes les créatures, d'attirer en vous ce livre par l'amour de votre Esprit très suave.
 Recevez par lui le tribut de cette louange éternelle, immense et immuable dont votre insondable sagesse connaît seule les harmonies avec la toute-puissance suprême de Dieu le Père, ainsi qu'avec l'ineffable bienveillance de l'Esprit Paraclet.
 Je vous l'offre comme une action de grâces suffisante pour toute la félicité que vous avez donnée, que vous donnez encore et que vous donnerez dans l'avenir à ceux qui liront ces pages, et qui, selon votre promesse, y puiseront consolation, inspiration, instruction, et même à ceux qui y trouveraient tous ces biens, si votre bonté, ô mon Dieu, voyait en eux quelque disposition à les recevoir.
 Je vous l'offre comme une digne satisfaction pour toutes les fautes que l'étroitesse de mon intelligence, mon peu de zèle et mon inexpérience m'ont fait commettre dans cette exposition si imparfaite des trésors cachés que vous m'aviez confiés afin que je les révélasse pour le bien du prochain.

 Je vous l'offre en expiation des outrages et des mépris que, par suite de la fragilité humaine, ou par une instigation du diable, on déversera (ce dont votre miséricorde nous préserve) sur votre bonté infinie, qui se montre si clairement dans ces pages et s'y fait goûter avec tant de douceur.

Je vous l'offre, afin d'obtenir toutes les grâces que l'amour et la gratitude de votre Cœur divin peuvent donner à tous ceux qui, pour l'amour de votre amour, reliront ce livre avec humble dévotion et tendre reconnaissance, et s'efforceront de pratiquer les enseignements qu'il contient, par révérence pour le Dieu dont tous les biens émanent.

En voyant que votre bonté infinie, ô Dieu de mon cœur, a daigné me choisir pour faire connaître des grâces si sublimes, moi, vil atome, ou pour parler plus exactement, vrai rebut de tout l'univers, et considérant aussi que, dans ma pauvreté, je ne puis rien vous rendre en retour, je vous offre votre Cœur très doux, seul don infiniment précieux, avec toute la richesse qu'il contient, la divine reconnaissance et la suprême perfection de la béatitude.